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Qui était vraiment Charles Lancelin ?
Portrait photographique authentique de Charles Lancelin au début du 20ème siècle — Aeternum, blog & boutique ésotérique

Les Carnets d'Aeternum

Qui était vraiment Charles Lancelin ?

15 min de lecture

Charles Lancelin, de son nom complet Marie Charles Eugène Lancelin, est l’une des grandes figures françaises de l’occultisme expérimental du début du 20ème siècle. Né à Dreux le 4 janvier 1852 et mort à Paris le 5 janvier 1941, il fut auteur de théâtre, médecin selon la notice du Catalogue collectif de France, spirite, magnétiseur, essayiste et rédacteur en chef d’une revue consacrée aux phénomènes psychiques. Son œuvre cherche à étudier avec des méthodes qu’il veut contrôlées des sujets comme l’hypnose, le dédoublement, la médiumnité, la réincarnation, l’évocation des morts et les traditions de sorcellerie.

Cette ambition explique sa place particulière dans l’histoire de l’ésotérisme français. Lancelin ne veut pas seulement raconter l’invisible : il veut le mesurer, le comparer, éliminer la fraude et construire des protocoles. Pour lui, les vies antérieures, le « corps psychique » ou les sorties hors du corps ne sont pas de simples croyances, mais des réalités à approcher par l’expérience. C’est précisément cette volonté de faire dialoguer occultisme et expérimentation qui donne à son œuvre sa tonalité si singulière.

Sa biographie permet aussi de corriger plusieurs raccourcis. Il ne commence pas comme occultiste professionnel, mais comme homme de lettres et auteur dramatique. Sa carrière spirite prend réellement forme au tournant du 20ème siècle. Et ses livres doivent être lus comme des documents majeurs de la culture psychique de leur époque, non comme des preuves établies des phénomènes qu’ils décrivent.

Naissance à Dreux en 1852

Marie Charles Eugène Lancelin naît à Dreux le 4 janvier 1852, au domicile de son grand-père maternel. Son père, Charles Jules Lancelin, est notaire. Sa mère, Eugénie Estelle Brochard, appartient à une famille bourgeoise locale.

Les actes d’état civil utilisés dans les notices biographiques modernes confirment cette naissance à Dreux ainsi que son identité complète. Lancelin naît sous la Deuxième République, grandit sous le Second Empire, travaille sous la Troisième République et meurt pendant l’Occupation.

Cette durée compte pour comprendre son œuvre. Il voit se succéder l’essor du spiritisme kardéciste, l’âge du magnétisme, la naissance de la psychologie expérimentale, les recherches métapsychiques et les débuts de ce que l’on appellera plus tard la parapsychologie.

Son langage évolue avec ces changements : « fluide », « neuricité », « corps astral », « psychisme expérimental » et « psychologie occulte » appartiennent à une époque précise de l’histoire des idées.

Le Catalogue collectif de France décrit Charles Lancelin comme « médecin, occultiste spirite ». Les biographies plus populaires lui attribuent un doctorat et une pratique médicale, mais les détails universitaires de cette formation sont beaucoup moins faciles à documenter publiquement que pour d’autres figures comme Papus.

Il est donc plus rigoureux de retenir sa qualification médicale attestée par le CCFr sans inventer une carrière hospitalière ou universitaire détaillée qui ne serait pas suffisamment sourcée.

Le théâtre avant l’occultisme

Avant ses grands livres spirites, Lancelin écrit pour la scène. Entre la fin des années 1880 et le début des années 1900, son nom apparaît sur plusieurs pièces, vaudevilles, opéras-comiques et livrets.

Parmi ces titres figurent Naturalisme !, folie-vaudeville en un acte, 1010, Le Père Bidard, L’Anniversaire, Les Cambrioleurs et Dzaëmma. Cette première carrière explique son aisance littéraire et la forme narrative de plusieurs ouvrages ultérieurs.

Lancelin possède une culture médicale et cherche à construire des expériences, mais son parcours reste celui d’un écrivain et d’un chercheur indépendant. Il n’occupe pas une chaire universitaire de psychologie ni un poste dans un laboratoire officiel.

Cette distinction est importante lorsqu’il emploie le mot « expérimental ». Pour lui, ce terme signifie surtout observer, répéter, comparer les témoignages et essayer de contrôler les conditions.

Ses expériences appartiennent à une autre époque de la recherche psychique, où l’on tente encore de rendre visibles les fluides, le double et les phénomènes de médiumnité par l’observation répétée, les témoignages croisés et des dispositifs matériels parfois ingénieux.

L’essor du spiritisme en toile de fond

Lancelin naît cinq ans avant la publication du Livre des Esprits d’Allan Kardec. Au moment où il atteint l’âge adulte, la France possède déjà un vaste réseau spirite de revues, groupes, médiums et sociétés d’étude.

Ce contexte facilite son passage de la littérature vers les recherches psychiques. Il rejoint un milieu où la survie de l’âme, la médiumnité, le magnétisme et l’hypnose sont discutés avec une grande intensité.

Albert de Rochas d’Aiglun devient l’une des références majeures de Lancelin. Ancien officier, administrateur de l’École Polytechnique et auteur de recherches sur le magnétisme, de Rochas étudie l’« extériorisation de la sensibilité » et la régression hypnotique.

Lancelin reprend plusieurs de ses hypothèses et cite ses expériences comme point de départ de ses propres travaux. Il se présente donc moins comme inventeur isolé que comme continuateur d’une école française de magnétisme expérimental.

Hector Durville joue lui aussi un rôle important. Les éditions Durville publient plusieurs livres de Lancelin et participent à leur diffusion. Le magnétisme français de cette période cherche à conserver l’héritage de Mesmer tout en l’adaptant à l’hypnose et aux théories des fluides. Notre article Qu’est-ce que le magnétisme, exactement ? permet de replacer ces doctrines dans leur histoire.

Lancelin connaît aussi les travaux de Papus et du docteur Hippolyte Baraduc. Baraduc cherche notamment à photographier des « fluides » ou des effets psychiques invisibles. Lancelin s’intéresse à ces tentatives parce qu’elles promettent de faire passer l’invisible du témoignage à la trace matérielle. Cette fascination pour l’enregistrement est centrale dans l’occultisme expérimental de son époque : photographie, cadrans, balances et appareils sont censés donner une preuve objective à des phénomènes subtils.

1903, L’Humanité posthume et le Monde angélique

En 1903 paraît L’Humanité posthume et le Monde angélique. Lancelin y développe une représentation organisée de la survie après la mort. Il tente de décrire des degrés d’existence, des enveloppes psychiques et des relations entre morts et vivants. Ce livre montre que sa pensée est déjà nettement spiritualiste avant la création de ses structures expérimentales des années 1910.

La même période voit paraître Histoire mythique de Shatan. Lancelin y étudie la formation de la figure de Satan et son évolution à travers traditions religieuses, démonologie et occultisme.

L’ouvrage n’est pas un livre de culte sataniste. Il appartient à une entreprise historique et comparatiste propre à son époque, où textes religieux, mythologie et traditions occultes sont mis sur un même plan explicatif. Ses conclusions doivent aujourd’hui être confrontées aux travaux modernes d’histoire des religions.

Lancelin prolonge ensuite ce travail avec des volumes consacrés à l’envoûtement, à l’incubation et au vampirisme. Ces livres forment une partie de l’ensemble connu sous le titre Le Ternaire magique de Shatan.

Ils montrent sa volonté de traiter des phénomènes réputés démoniaques en cherchant des mécanismes psychiques ou magnétiques derrière les récits. La démarche n’est donc pas celle d’un démonologue ecclésiastique traditionnel.

En 1911, Lancelin publie La Sorcellerie des campagnes. L’édition originale conservée par la Bibliothèque Sainte-Geneviève compte près de cinq cents pages et plusieurs illustrations. Lancelin y rassemble témoignages, récits de sorcellerie rurale, envoûtements, mauvais œil, pactes, fantômes et traditions protectrices. La réédition Ars Vetus de cet ouvrage permet aujourd’hui de retrouver directement un texte central de cette première psychologie occultiste du monde rural.

La Sorcellerie des campagnes contient une masse de matériaux historiques et populaires. Mais Lancelin ne les traite pas comme le ferait aujourd’hui un ethnologue. Il cherche derrière les récits des phénomènes réels de magnétisme, de suggestion, d’extériorisation ou de corps subtil. Son cadre interprétatif est donc occultiste.

Notre article Introduction à la sorcellerie des campagnes permet de confronter cette lecture ancienne aux recherches historiques actuelles.

1911, l’Institut de recherches psychiques de France

En 1911 apparaît à Paris l’Institut de recherches psychiques de France. Son périodique, Le Monde psychique, se présente comme un organe consacré à « l’étude expérimentale des phénomènes spirites, magnétiques, hypnotiques et occultistes ». Louis Lefranc en est directeur et Charles Lancelin rédacteur en chef. La BnF conserve la collection de cette revue pour 1911-1912.

La revue constitue une source remarquable sur la méthode revendiquée par Lancelin. Elle publie comptes rendus de séances, recherches sur les « corps fluidiques », réincarnation, magnétisme, médiumnité et phénomènes dits spirites.

Albert de Rochas est présenté comme président d’honneur de l’Institut. Les numéros montrent que Lancelin ne travaille pas seul : il appartient à un collectif qui cherche à accumuler des cas et à confronter les observations.

Les archives de la revue indiquent que l’Institut organise également une formation de médiums. Ce détail est important parce qu’il révèle une tension dans la démarche. Le groupe veut étudier les médiums expérimentalement tout en participant lui-même à leur formation. Cette proximité entre observateur et sujet constitue l’une des limites méthodologiques de ce type de recherche.

En 1912, Lancelin publie La Fraude dans la production des phénomènes médiumniques. Le livre examine les procédés permettant de simuler apparitions, mouvements d’objets, messages et manifestations matérielles.

Cette publication montre qu’il connaît très bien le problème de la fraude. Il n’en conclut toutefois pas que tous les phénomènes médiumniques sont faux. Son objectif est au contraire d’éliminer les trucages pour protéger ce qu’il considère comme les cas authentiques.

Lancelin n’est donc pas un sceptique extérieur au mouvement. Il accepte la survie de l’âme et plusieurs hypothèses spirites. Mais il estime qu’une pratique sérieuse doit pouvoir détecter la tromperie. Cette position le rapproche d’autres chercheurs psychiques de l’époque, qui considèrent la chasse aux fraudes comme une condition nécessaire pour défendre les phénomènes qu’ils jugent réels.

En 1912 paraît également Introduction à quelques points de l’occultisme expérimental. Le titre résume parfaitement son programme. Lancelin veut établir des procédés pour observer les fluides, les états hypnotiques, le dédoublement et les manifestations psychiques. L’ouvrage appartient à une période où la frontière entre psychologie, magnétisme, recherches psychiques et occultisme reste très mobile.

Méthode de dédoublement personnel

Le livre le plus célèbre de Lancelin est probablement Méthode de dédoublement personnel. L’édition originale est publiée autour de 1912-1913 chez Durville. Il y expose une méthode visant à « extérioriser » une partie du sujet et à produire ce qu’il appelle une sortie en astral. Lancelin reprend ici des théories de Rochas, Durville et du magnétisme français.

Pour Lancelin, l’être humain ne se réduit pas au corps physique. Il suppose l’existence d’une organisation psychique capable de se détacher temporairement et de percevoir à distance. Il emploie des notions comme « neuricité », corps fluidique ou double. Ces termes appartiennent à son système et à celui de ses contemporains ; ils ne correspondent pas à des structures reconnues par l’anatomie ou la neurologie actuelles.

Lancelin cherche moins à produire une preuve au sens contemporain qu’à accumuler des observations capables, selon lui, de rendre le dédoublement perceptible et reproductible. Il rapporte des expériences, impressions à distance et concordances qu’il interprète en faveur du dédoublement.

Les protocoles présentent cependant de nombreuses difficultés : suggestion, attentes des sujets, absence d’aveuglement complet, sélection des résultats et interprétation après l’expérience. Son travail reste majeur pour l’histoire de la notion moderne de projection astrale en France.

En 1912, Lancelin publie également Comment on meurt, comment on naît. Il y relie les deux extrémités de l’existence à sa théorie des enveloppes psychiques et de la réincarnation. La naissance devient dans ce système une incarnation progressive, tandis que la mort correspond à une séparation du principe psychique et du corps. Cette conception appartient à son spiritualisme et ne doit pas être présentée comme un modèle biologique.

En 1914 paraît L’Au-delà et ses problèmes. Le livre poursuit son effort de synthèse sur la survie, les communications avec les morts et les structures invisibles. Il traite aussi de thèmes magiques et de clavicules. La Première Guerre mondiale interrompt ensuite une partie des échanges internationaux qui alimentaient ces recherches.

Lancelin cherche à construire une véritable anatomie invisible de l’être humain. Il distingue plusieurs niveaux ou enveloppes entre le corps physique et l’esprit. Cette conception emprunte au magnétisme, au spiritisme, à la théosophie et à d’autres systèmes occultistes. Il cherche néanmoins à les présenter comme des objets susceptibles d’observation expérimentale.

En 1921 paraît L’Âme humaine, études expérimentales de psycho-physiologie par un spiritualiste. Le sous-titre mérite attention. Lancelin se définit lui-même comme spiritualiste et revendique une « psycho-physiologie » capable d’étudier l’âme. Il ne cache donc pas le cadre doctrinal dans lequel il interprète ses expériences.

Mes cinq dernières vies antérieures

En 1922, Lancelin publie Mes cinq dernières vies antérieures ou Méthode de régression de la mémoire dans les vies passées. Il tente d’y reconstruire ses propres incarnations antérieures à partir de sujets hypnotisés.

Il compare plusieurs récits et cherche des concordances historiques. Le livre constitue l’un des témoignages précoces les plus développés sur la « régression » dans les vies antérieures en France.

Lancelin affirme ne pas se satisfaire d’un seul médium. Il confronte plusieurs sujets, relève divergences et concordances et cherche des confirmations documentaires. Cette volonté de contrôle est réelle. Elle ne suffit cependant pas à éliminer la suggestion hypnotique, la contamination entre participants ou la sélection rétrospective des éléments concordants.

Les connaissances psychologiques modernes ont montré que la mémoire est reconstructive. L’hypnose peut augmenter la confiance dans un souvenir sans garantir sa véracité. Des sujets peuvent produire des récits cohérents à partir de suggestions, connaissances acquises, imagination et attentes implicites. Les « vies antérieures » obtenues par Lancelin doivent donc être traitées comme expériences interprétées dans un cadre réincarnationniste, pas comme biographies historiques démontrées.

René Guénon critique sévèrement les milieux spirites et psychistes dans L’Erreur spirite. Lancelin fait partie des auteurs qu’il cite pour dénoncer ce qu’il considère comme une confusion entre phénomènes psychiques et connaissance spirituelle.

Guénon lui reproche notamment de partir d’une hypothèse réincarnationniste et de la lire ensuite dans les résultats expérimentaux. Cette critique vient de l’intérieur du monde ésotérique, mais depuis une conception très différente de celle de Lancelin.

Lancelin se disait-il spirite ?

La réponse est moins simple qu’il n’y paraît. Un article de la Revue scientifique et morale du spiritisme publié en 1923 rapporte que Lancelin se défendait d’être spirite tout en écrivant des conclusions très proches de celles du mouvement.

Il se présente plus volontiers comme spiritualiste, psychiste ou occultiste expérimental. Cette nuance montre qu’il ne voulait pas être enfermé dans une école particulière, même lorsque ses conclusions rejoignaient largement le spiritisme.

Au début des années 1920, Lancelin publie un ouvrage consacré à l’évocation des morts. Il y examine les procédés de communication et les dangers qu’il associe aux séances mal conduites. L’évocation n’est pas pour lui un simple rite de curiosité. Elle doit être replacée dans une théorie de la survie et dans une discipline destinée à éviter suggestion, fraude et obsession.

En 1926 paraît L’Occultisme et la science. Le livre constitue une synthèse tardive de son grand projet. Lancelin y compare sciences physiques, psychologie, occultisme et phénomènes psychiques. Il tente de montrer que plusieurs doctrines anciennes pourraient recevoir une explication naturelle à mesure que la science progresserait.

Cette confiance dans une future fusion entre occultisme et science était largement partagée dans certains milieux au début du 20ème siècle. Les découvertes de la radioactivité, des ondes et de l’inconscient semblaient ouvrir des mondes invisibles auparavant inimaginables.

Lancelin interprète ce mouvement comme le signe que d’autres phénomènes occultes pourraient eux aussi être reconnus. La science contemporaine n’a cependant pas validé les concepts de fluide vital, neuricité ou corps astral qu’il défendait.

En 1928, il publie L’Occultisme et la Vie. L’ouvrage élargit la réflexion aux conséquences morales et pratiques de ses doctrines. Après plusieurs décennies d’expériences, Lancelin cherche moins à présenter un phénomène isolé qu’à construire une vision générale de l’être humain. La fin de sa vie est marquée par l’accumulation d’une bibliothèque considérable. Il rassemble livres d’occultisme, religion, psychologie, magnétisme, pédagogie et recherches psychiques. Cette bibliothèque constituera l’un de ses héritages les plus durables.

Le Catalogue collectif de France décrit aujourd’hui un fonds spécialisé de **12 692 notices** à la Bibliothèque municipale de Versailles. Le fonds est créé en 1941 à partir du don de Charles Lancelin.

Il couvre occultisme et ésotérisme, psychologie, psychanalyse, religions non chrétiennes et pédagogie. Cette masse documentaire donne une idée beaucoup plus concrète de son travail intellectuel que les portraits qui le réduisent au voyage astral.

Le fonds est intégré à la bibliothèque municipale de Versailles et reste consultable sous certaines conditions. Les ouvrages les plus anciens appartiennent au service patrimonial. Le CCFr décrit Lancelin comme donateur direct, ce qui confirme qu’il prépare lui-même la transmission de sa bibliothèque.

Charles Lancelin meurt le 5 janvier 1941 au 97 bis rue Notre-Dame-des-Champs, dans le 6ème arrondissement de Paris. Il venait d’avoir quatre-vingt-neuf ans la veille. L’acte de décès confirme sa date et son lieu de naissance. La même année voit la création du fonds portant son nom à Versailles.

Plusieurs portraits photographiques de Lancelin sont conservés. La photographie utilisée en couverture appartient au début du 20ème siècle et son auteur est inconnu. Wikimedia Commons la classe dans le domaine public en Europe et aux États-Unis. Une autre photographie le montre lors d’un congrès psychologique, ce qui correspond bien à sa volonté de placer ses recherches dans des cadres collectifs.

Pourquoi Charles Lancelin reste-t-il important ?

Il n’est pas important parce qu’il aurait démontré l’existence de l’astral ou de la réincarnation. Il l’est parce qu’il représente l’un des efforts les plus systématiques pour transformer ces thèmes en objets de recherche au début du 20ème siècle.

Il publie les protocoles, discute les fraudes, compare les cas et constitue des collections documentaires. Cette démarche permet d’étudier l’histoire de la frontière entre occultisme, spiritisme, magnétisme et psychologie.

Le mot doit être employé avec prudence. La parapsychologie institutionnelle du 20ème siècle développera plus tard ses propres méthodes statistiques et expérimentales. Lancelin appartient à une phase antérieure, celle du psychisme expérimental et de la métapsychique. Il peut donc être décrit comme un précurseur historique de certaines questions, mais pas comme un chercheur utilisant déjà les standards méthodologiques ultérieurs.

Lancelin joue un rôle important dans la diffusion française de l’idée de sortie hors du corps. Il ne l’invente pas : les traditions de double, somnambulisme et voyage de l’âme sont beaucoup plus anciennes. Son apport consiste à proposer une méthode systématique et un vocabulaire moderne pour ces expériences. Notre article sur la magie astrale permet de replacer ces notions dans leur histoire.

Pour lire Lancelin aujourd’hui, trois niveaux peuvent se superposer. Ses récits et classifications constituent des sources de première importance pour l’histoire de l’occultisme français. Ses protocoles montrent comment des chercheurs psychiques tentaient de contrôler les expériences avant l’établissement des standards actuels. Ses conclusions surnaturelles, enfin, doivent rester des interprétations historiques qui n’ont pas reçu de validation scientifique contemporaine.

Sources et repères

Le Catalogue collectif de France constitue une source majeure. Il décrit Charles Lancelin comme médecin, occultiste spirite et auteur de théâtre, et documente le fonds de Versailles créé en 1941 à partir de son don. Le fonds compte actuellement 12 692 notices.

La Bibliothèque nationale de France retient les dates 1852-1941 et conserve les éditions de ses principaux ouvrages, notamment Mes cinq dernières vies antérieures.

Le Monde psychique, organe de l’Institut de recherches psychiques de France, donne directement Louis Lefranc comme directeur et Charles Lancelin comme rédacteur en chef. La collection originale paraît en 1911-1912.

L’édition originale de La Sorcellerie des campagnes, publiée en 1911 chez Henri Durville fils et conservée par la Bibliothèque Sainte-Geneviève, est dans le domaine public.

L’édition de 1926 de L’Occultisme et la science, également conservée par la Bibliothèque Sainte-Geneviève, permet de suivre la synthèse tardive de son programme expérimental.

Enfin, le portrait utilisé en couverture est conservé sur Wikimedia Commons. Il s’agit d’une photographie anonyme publiée au début du 20ème siècle et aujourd’hui classée dans le domaine public.

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