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Qui était vraiment Allan Kardec ?
Portrait authentique d’Allan Kardec publié dans L’Illustration en 1869 — Aeternum, blog & boutique ésotérique

Les Carnets d'Aeternum

Qui était vraiment Allan Kardec ?

18 min de lecture

Allan Kardec, pseudonyme d’Hippolyte Léon Denizard Rivail, est la figure centrale du spiritisme français du 19ème siècle. Né à Lyon en 1804, formé à la pédagogie avant de devenir auteur, éditeur et organisateur d’un mouvement religieux et philosophique nouveau, il transforme la vogue des tables tournantes en un système doctrinal structuré fondé sur la survivance de l’âme, la communication avec les morts, la réincarnation et le progrès moral des esprits.

Le spiritisme de Kardec s’inscrit dans une vague plus vaste qui prend son essor aux États-Unis dans les années 1840 avant que les tables tournantes ne gagnent l’Europe. Son rôle est cependant décisif : Rivail ne se contente pas d’assister aux phénomènes, il cherche à leur donner doctrine, vocabulaire, méthode de classement et véritable architecture spirituelle. C’est dans ce cadre qu’il adopte le nom Allan Kardec et publie en 1857 Le Livre des Esprits.

Sa biographie demande aussi de distinguer faits historiques et affirmations internes au spiritisme. Kardec ne se présente pas comme médium principal de ses livres : il travaille à partir de communications produites par plusieurs médiums, compare les réponses, formule des questions, classe les matériaux et ajoute ses propres commentaires. Selon la tradition spirite, le nom « Allan Kardec » lui aurait été révélé comme celui qu’il portait lors d’une ancienne incarnation druidique. Cet épisode appartient au versant le plus initiatique de sa biographie : il n’est pas une donnée d’état civil, mais il explique pourquoi Rivail choisit de séparer son œuvre spirite de sa carrière pédagogique.

Hippolyte Léon Denizard Rivail avant Allan Kardec

Hippolyte Léon Denizard Rivail naît à Lyon le 3 octobre 1804. La Bibliothèque nationale de France confirme cette date et retient Allan Kardec comme pseudonyme de Rivail. Sa famille appartient à la bourgeoisie lyonnaise. Plusieurs de ses proches sont liés au droit et à l’administration. Cette origine n’en fait pas un savant institutionnel, mais elle lui donne accès à une formation solide.

Très jeune, il est envoyé en Suisse pour étudier à Yverdon auprès de Johann Heinrich Pestalozzi, l’un des grands réformateurs pédagogiques européens. Pestalozzi défend une éducation fondée sur l’observation, l’activité de l’élève et le développement progressif des facultés plutôt que sur la seule récitation. Cette formation laissera une marque durable sur Rivail. Toute sa carrière avant le spiritisme est consacrée à l’enseignement, aux méthodes pédagogiques et à la production de manuels.

L’institut d’Yverdon attire au début du 19ème siècle des élèves venus de plusieurs pays. Rivail y découvre un environnement international et une méthode qui cherche à développer simultanément intelligence, observation et autonomie.

Les biographies spirites ont beaucoup insisté sur le fait qu’il aurait été l’un des disciples les plus brillants de Pestalozzi. Il est plus prudent de retenir ce qui est bien établi : Rivail a réellement été formé dans l’environnement pestalozzien et réutilisera ensuite plusieurs de ses principes en France.

Cette expérience explique aussi son goût ultérieur pour les classifications méthodiques. Ses livres spirites seront construits comme des ouvrages pédagogiques : définitions, questions, réponses, divisions thématiques et progression ordonnée. Après sa formation suisse, Rivail s’installe à Paris et travaille dans l’enseignement. Il ouvre des cours et participe à plusieurs projets éducatifs privés.

En 1828, il publie le Plan proposé pour l’amélioration de l’éducation publique. La Bibliothèque nationale de France conserve cette édition sous son nom civil H.-L.-D. Rivail. Il rédige également des manuels consacrés à l’arithmétique, à la grammaire et à l’enseignement. Son ambition est alors nettement pédagogique : améliorer les méthodes, clarifier les programmes et rendre les apprentissages plus rationnels.

Cette première carrière est capitale pour comprendre Allan Kardec. Le futur fondateur du spiritisme ne sort pas d’un milieu de magie cérémonielle ou de sociétés initiatiques. Son identité intellectuelle est d’abord celle d’un enseignant. En 1832, Rivail épouse Amélie-Gabrielle Boudet, institutrice et femme instruite qui jouera ensuite un rôle important dans sa vie matérielle et dans la continuité de son œuvre.

Le couple n’a pas d’enfant. Amélie accompagne les activités pédagogiques de son mari puis soutient son engagement spirite. Après la mort de Kardec, elle restera liée à la gestion de ses papiers, de ses publications et de la continuité institutionnelle du mouvement.

Les biographies spirites lui donnent une place variable, mais son rôle est loin d’être secondaire : l’entreprise éditoriale et doctrinale de Kardec s’inscrit dans une vie de couple longue de plusieurs décennies. Rivail n’est pas un savant de laboratoire au sens moderne, mais il se pense profondément comme un homme de méthode.

Pédagogue cultivé, il s’intéresse à la physique, à la chimie, à l’anatomie, à l’astronomie et aux débats intellectuels de son temps. Cette formation explique pourquoi il cherchera ensuite à examiner les communications spirites avec séries de questions, comparaisons et contrôle des réponses.

Cette nuance est importante pour la suite. Lorsque Kardec revendique une méthode « expérimentale » appliquée aux phénomènes spirites, il emploie le vocabulaire de la science positive du 19ème siècle, mais il le transpose à un objet que les sciences contemporaines ne reconnaissent pas comme démontré.

Le mouvement spiritualiste moderne prend forme aux États-Unis dans les années 1840, notamment autour des fameuses manifestations attribuées aux sœurs Fox à Hydesville. La mode des communications avec les morts gagne ensuite l’Europe. En France, les « tables tournantes » deviennent un véritable phénomène social à partir de 1853.

Les participants se réunissent autour d’une table et interprètent ses déplacements, coups ou inclinaisons comme des réponses. On met rapidement au point des alphabets permettant d’associer un nombre de coups à des lettres.

Il ne s’agit donc pas d’une table montée sur un disque gravé de réponses, comme certaines descriptions modernes le laissent entendre. Les dispositifs varient, mais le principe initial repose surtout sur les mouvements de la table et sur des codes convenus.

Rivail entend parler des tables tournantes vers 1854. Il se montre d’abord sceptique devant ce qu’il considère comme une curiosité de salon. En 1855, il assiste à des séances et estime que certains messages semblent dépasser le simple mouvement mécanique. Selon son propre récit, c’est à ce moment qu’il commence à envisager l’hypothèse d’une intelligence extérieure aux participants.

Ce passage doit être formulé avec précision. L’histoire peut établir qu’il participe à des séances, recueille des messages et change progressivement d’interprétation. Elle ne peut pas établir que les auteurs de ces messages étaient effectivement des esprits désincarnés.

Les médiums derrière Le Livre des Esprits

Rivail travaille avec plusieurs médiums. Les sœurs Caroline et Julie Baudin jouent un rôle important dans les premières phases de son travail. Mademoiselle Japhet intervient également dans les contrôles et compléments. Le dispositif varie selon les séances : corbeilles à crayon, écriture médiumnique ou autres formes de communication.

Kardec affirme avoir soumis certaines questions à plusieurs médiums indépendants afin de comparer les réponses. Cette démarche constitue ce qu’il appellera plus tard le contrôle universel de l’enseignement des esprits.

Kardec conçoit cette procédure comme une véritable enquête sur l’invisible : multiplier les médiums, comparer les communications, écarter les contradictions et retenir ce qui revient de manière concordante. Sa méthode appartient au 19ème siècle, mais elle révèle une ambition forte : ne pas recevoir passivement les messages et chercher une cohérence au-delà d’un seul médium.

La tradition spirite emploie fréquemment le mot « codificateur » pour décrire Kardec. Le terme vise à souligner qu’il aurait organisé un enseignement venant des esprits plutôt qu’inventé personnellement la doctrine.

Historiquement, son rôle est plus actif que celui d’un simple copiste. Il choisit les questions, compare les réponses, décide de l’ordre, rédige les introductions et commentaires, élimine des matériaux, ajoute des développements et révise fortement les éditions successives.

Le Livre des Esprits est donc bien un ouvrage construit par Rivail à partir de communications médiumniques qu’il considère comme extérieures à lui. Cette distinction permet de respecter le point de vue spirite sans effacer le travail intellectuel concret de l’auteur.

Rivail adopte le pseudonyme Allan Kardec au moment de publier son œuvre spirite. Selon le récit transmis par le mouvement, une communication médiumnique lui aurait indiqué qu’il avait porté ce nom dans une incarnation antérieure comme druide en Gaule.

Cette histoire appartient à la doctrine de la réincarnation défendue par Kardec. Elle explique le choix du pseudonyme dans son propre système. Elle appartient à la mémoire initiatique du spiritisme et à la manière dont Kardec comprenait lui-même la continuité de l’âme à travers plusieurs existences. Historiquement, on peut seulement dire que Rivail choisit ce nom pour séparer ses publications spirites de ses ouvrages pédagogiques.

1857, publication du Livre des Esprits

Le Livre des Esprits paraît à Paris chez E. Dentu en 1857. La Bibliothèque nationale de France conserve la notice de cette première édition. Le titre complet présente l’ouvrage comme un exposé des principes de la doctrine spirite concernant l’immortalité de l’âme, la nature des esprits, leurs rapports avec les hommes, les lois morales et la vie future.

La première édition contient 501 questions. Kardec reprend ensuite le livre en profondeur. La seconde édition de 1860 est entièrement refondue et considérablement augmentée. Elle passe à plus de mille questions et fixe la structure générale sous laquelle le livre sera largement diffusé.

Kardec distingue volontairement son système du spiritualisme philosophique déjà existant. Il emploie le terme « spiritisme » pour désigner une doctrine portant spécifiquement sur les esprits et leurs relations avec le monde corporel.

Cette distinction est historiquement importante. Dans le monde anglophone, le mot Spiritualism reste le terme principal pour les mouvements de médiumnité issus du milieu du 19ème siècle. Dans l’espace francophone et surtout dans les pays influencés par Kardec, « spiritisme » désigne un système doctrinal beaucoup plus structuré.

Le système de Kardec repose sur plusieurs idées liées entre elles : survivance de l’âme après la mort, existence d’esprits désincarnés, possibilité de communication entre vivants et morts, réincarnation et progression morale des esprits.

La réincarnation distingue nettement le spiritisme kardéciste d’une grande partie du Spiritualism anglo-américain. Kardec défend aussi une vision morale du progrès. Les esprits évoluent à travers plusieurs existences et les conséquences de leurs actes participent à leur éducation.

Cette doctrine se veut compatible avec une lecture morale du christianisme mais s’éloigne fortement du catholicisme doctrinal sur la résurrection, le jugement, le purgatoire et la réincarnation. Kardec place Jésus au centre de sa morale, mais il distingue les enseignements éthiques du Christ des dogmes institutionnels développés par les Églises.

Dans L’Évangile selon le Spiritisme, il interprète plusieurs passages évangéliques à travers la réincarnation, la charité et le progrès de l’esprit. Le spiritisme se présente ainsi comme une forme de christianisme rationalisé, débarrassé de ce que Kardec juge incompatible avec la raison ou les communications spirites.

Cette position explique à la fois son succès auprès de lecteurs chrétiens indépendants et l’opposition de l’Église catholique.

1858, naissance de la Revue spirite

En janvier 1858, Kardec lance la Revue spirite, journal d’études psychologiques. La BnF conserve la collection qui commence en 1858. La revue devient son principal laboratoire éditorial. Il y publie comptes rendus de séances, lettres de lecteurs, observations, réponses aux critiques et développements doctrinaux.

Elle joue aussi un rôle de réseau. Des correspondants français et étrangers envoient des témoignages, questions et communications. Kardec peut ainsi comparer les pratiques locales et construire progressivement l’idée d’un mouvement international.

Le 1er avril 1858 est fondée la Société Parisienne des Études Spirites. Une annonce publiée par Kardec dans la Revue spirite précise qu’elle est autorisée par arrêté du préfet de police en avril 1858. La société doit servir de centre régulier d’observation et de discussion.

Kardec veut éviter que le spiritisme soit réduit à un divertissement de salon. Il cherche à imposer des règles de séance, une discipline d’observation et un contrôle des communications. Cette volonté d’institutionnalisation est l’une de ses principales réussites.

Kardec affirme que le spiritisme doit être étudié comme un phénomène réel et observable. Il refuse, dans ses écrits, de le présenter comme simple foi imposée. L’historienne des sciences Françoise Parot a montré que cette ambition s’inscrit pleinement dans le climat intellectuel du 19ème siècle. Kardec emprunte le langage de la science positive et présente le spiritisme comme une enquête sur les pouvoirs de l’esprit séparé du corps.

Ce positionnement attire des lecteurs séduits par l’idée d’une preuve expérimentale de la survie. Il ne signifie pas que les conclusions de Kardec aient été validées par les sciences contemporaines. Les phénomènes médiumniques feront l’objet de débats, d’expériences, de fraudes mises au jour et d’interprétations concurrentes tout au long du 19ème et du 20ème siècle.

Le Livre des Médiums

En 1861, Kardec publie Le Livre des Médiums. L’ouvrage est consacré aux phénomènes médiumniques, à leurs formes, aux conditions des séances et aux risques d’erreur. Le livre montre que Kardec connaît la possibilité de fraude, d’autosuggestion et de communications contradictoires.

Il développe également une théorie de l’« obsession » spirite, terme par lequel il désigne l’influence supposée d’esprits sur des médiums ou sur des individus. Cette terminologie appartient au système kardéciste et ne doit pas être confondue avec un diagnostic médical ou psychiatrique moderne.

Un épisode spectaculaire contribue à la diffusion internationale du spiritisme. En 1861, environ trois cents volumes spirites envoyés à Barcelone sont saisis puis brûlés publiquement par ordre de l’autorité ecclésiastique locale. Kardec raconte l’événement dans la Revue spirite de novembre 1861.

Parmi les ouvrages détruits figurent Le Livre des Esprits, Le Livre des Médiums, des numéros de la Revue spirite et d’autres textes liés au mouvement. Pour Kardec, cette destruction produit l’effet inverse de celui recherché : elle attire l’attention de la presse et donne au spiritisme une visibilité nouvelle en Espagne et à l’étranger.

Les relations avec le catholicisme se tendent dans les années 1860. Le spiritisme contredit plusieurs doctrines catholiques, notamment en matière de réincarnation et de communication avec les morts.

En 1864, les principaux ouvrages spirites de Kardec sont mis à l’Index par l’Église catholique, selon les travaux historiques consacrés à la réaction ecclésiastique au mouvement. Kardec répond en insistant sur la morale chrétienne de sa doctrine et sur son refus du matérialisme.

L’Évangile selon le Spiritisme

L’Évangile selon le Spiritisme paraît en 1864. Kardec y sélectionne des passages évangéliques qu’il interprète à la lumière de la doctrine spirite. L’accent est mis sur la charité, le pardon, la responsabilité morale et le progrès de l’âme.

Le livre contribue à donner au spiritisme une dimension religieuse beaucoup plus visible. Cette évolution est importante pour sa postérité. Kardec lui-même insiste sur les dimensions philosophique et expérimentale de sa doctrine, mais ses lecteurs l’emploient aussi comme cadre religieux complet.

En 1865 paraît Le Ciel et l’Enfer. L’ouvrage compare les doctrines traditionnelles de l’au-delà avec les communications spirites recueillies par Kardec et ses correspondants. Il rejette l’idée d’un enfer éternel au profit d’un système où la souffrance résulte de l’état moral de l’esprit et peut être dépassée par le progrès. Cette vision s’accorde avec sa doctrine générale de réincarnation et de perfectibilité.

En 1868, Kardec publie La Genèse, les miracles et les prédictions selon le spiritisme. Il y tente de concilier cosmogonie, phénomènes bibliques et doctrine spirite à partir des connaissances scientifiques disponibles au 19ème siècle.

Le livre constitue la dernière grande synthèse publiée de son vivant. Certaines explications cosmologiques appartiennent naturellement aux connaissances de son époque. L’intérêt de l’ouvrage tient précisément à cette tentative audacieuse de faire dialoguer religion, science et monde des esprits dans une même architecture.

Kardec effectue plusieurs déplacements pour rencontrer des groupes spirites en France et dans les pays voisins. Ces voyages permettent de consolider les réseaux, d’unifier le vocabulaire et de répondre aux divergences entre groupes locaux.

Le mouvement se diffuse particulièrement dans plusieurs villes françaises, en Belgique, en Suisse et en Espagne. Kardec cherche à maintenir un centre doctrinal parisien tout en laissant se former des sociétés autonomes.

Le spiritisme kardéciste ne développe pas un clergé comparable à celui des Églises chrétiennes. Les groupes reposent sur des présidents de sociétés, des médiums, des conférenciers et des organisateurs.

Kardec joue de fait un rôle central d’autorité doctrinale, mais il ne se présente pas comme prophète infaillible. Il insiste régulièrement sur l’idée que la doctrine doit pouvoir évoluer si des faits nouveaux contredisent certaines interprétations.

La réponse demande une nuance. Kardec participe à des séances, dit recevoir des communications et affirme avoir été guidé par des esprits. Mais son rôle principal n’est pas celui d’un médium de production continue comparable aux sœurs Baudin ou à d’autres personnes de son entourage.

Son activité est celle d’un organisateur, enquêteur, éditeur et théoricien. Cette distinction explique pourquoi son nom devient celui d’un système doctrinal : il ne se contente pas de produire des phénomènes, il leur donne une interprétation générale.

La mort d’Allan Kardec

Allan Kardec meurt subitement à Paris le 31 mars 1869, à l’âge de 64 ans. La tradition biographique spirite attribue généralement son décès à la rupture d’un anévrisme. Les avis contemporains insistent surtout sur le caractère brusque de la mort.

Au moment de son décès, il préparait encore des projets d’organisation et de publication. Sa disparition pose immédiatement la question de la succession, car aucun dirigeant ne possède exactement la même combinaison d’autorité doctrinale, éditoriale et institutionnelle.

Allan Kardec est inhumé au cimetière du Père-Lachaise à Paris. Son monument funéraire prend la forme d’un dolmen de pierre, rappelant la référence druidique associée à son pseudonyme. La tombe porte son nom et des inscriptions liées à la doctrine spirite. Elle devient rapidement un lieu de mémoire du mouvement.

Des visiteurs y déposent régulièrement des fleurs, notamment des spirites français et étrangers. Notre Guide des occultistes au Père-Lachaise replace sa sépulture parmi les grandes tombes liées à l’histoire de l’ésotérisme et du spiritisme parisien.

Plusieurs pratiques populaires se sont développées autour du monument : toucher le buste, déposer des fleurs, formuler un souhait ou revenir remercier après un événement favorable. Ces usages appartiennent à la dévotion populaire autour de la tombe.

Aucune source solide ne permet de faire de Kardec l’auteur d’une promesse selon laquelle son tombeau exaucerait les vœux. Après sa mort, une véritable mémoire kardéciste se construit autour de sa tombe, de ses textes et de son rôle fondateur. Cette dévotion prolonge son œuvre tout en lui ajoutant des formes de mémoire et de piété qui se développent chez ses disciples.

Après la mort de Kardec, la Revue spirite continue de paraître et plusieurs responsables tentent de maintenir l’unité du mouvement. Pierre-Gaëtan Leymarie devient l’une des figures majeures de cette continuité éditoriale.

Le spiritisme français connaît néanmoins des divisions doctrinales et institutionnelles dans les décennies suivantes. En 1890 paraît Œuvres posthumes, compilation de textes et documents attribués à Kardec. Comme toute publication posthume, elle doit être distinguée des livres qu’il a lui-même édités de son vivant.

Le spiritisme connaît une diffusion importante en France au 19ème siècle, mais il perd progressivement une partie de son influence institutionnelle au cours du 20ème siècle. Plusieurs facteurs se combinent : concurrence d’autres courants ésotériques, transformation des recherches psychiques, évolution des pratiques religieuses et fragmentation des organisations. Le nom de Kardec reste pourtant connu, notamment grâce aux rééditions de ses livres. Cette évolution contraste fortement avec ce qui se produit au Brésil.

Le spiritisme arrive au Brésil

Les ouvrages de Kardec circulent au Brésil dès la seconde moitié du 19ème siècle. Les premières traductions et les groupes francophones jouent un rôle dans cette diffusion. Le mouvement attire ensuite des médecins, juristes, militaires, journalistes et responsables politiques brésiliens.

Bezerra de Menezes devient l’une des grandes figures de cette implantation. La Fédération Spirite Brésilienne est fondée en 1884. Les recherches universitaires montrent que le spiritisme brésilien ne constitue pas une simple copie du modèle français : il se transforme au contact du catholicisme, des pratiques de guérison, de la vie associative et du paysage religieux local.

Au Brésil, l’héritage kardéciste s’institutionnalise fortement. Les centres spirites développent activités religieuses, conférences, études, œuvres caritatives et pratiques médiumniques. Des auteurs comme Chico Xavier deviennent des figures nationales.

Un article académique publié en 2024 souligne que l’aspect religieux du spiritisme s’est renforcé au Brésil au cours du 20ème siècle, alors que Kardec avait voulu maintenir une articulation entre philosophie, observation et morale. Cette histoire explique pourquoi Allan Kardec possède aujourd’hui une place culturelle beaucoup plus visible au Brésil que dans son pays natal.

Spiritisme, spiritualisme et occultisme

Le spiritisme kardéciste appartient à l’histoire des mouvements de communication avec les morts, mais il ne faut pas le confondre avec toutes les formes d’occultisme. Kardec se distingue des magiciens cérémoniels, des théosophes et des auteurs comme Éliphas Lévi.

Il cherche moins à produire des rituels magiques qu’à construire une doctrine sur les esprits, leur évolution et leurs relations avec les vivants. Notre article L’Occultisme, une histoire de France permet de replacer le spiritisme parmi les nombreux courants qui se développent au 19ème siècle sans les confondre.

La communication avec les morts conduit régulièrement à rapprocher le spiritisme de la nécromancie. Historiquement, les deux traditions ne sont pas identiques. La nécromancie européenne ancienne désigne des pratiques magiques de consultation ou de conjuration des morts, liées à des contextes religieux et rituels très différents.

Kardec rejette précisément l’idée d’une magie de contrainte. Dans son système, les esprits disposent de leur liberté et la communication doit répondre à des règles morales. Notre article sur l’histoire de la nécromancie permet de comprendre cette différence.

Ses livres doivent être lus sur plusieurs niveaux. Ils sont d’abord des documents majeurs de l’histoire religieuse du 19ème siècle. Ils montrent comment une pratique de salon peut devenir doctrine, institution et mouvement international.

Ils témoignent aussi de la volonté de rapprocher religion et langage scientifique dans une époque fascinée par l’électricité, le magnétisme, la psychologie naissante et la question de l’invisible. Enfin, ils restent des textes religieux vivants pour des millions de lecteurs spirites qui acceptent leur doctrine.

Une biographie historique doit donc pouvoir décrire cette importance sans transformer les communications spirites en faits démontrés, ni réduire le mouvement à une simple curiosité irrationnelle.

Sources et repères

La Bibliothèque nationale de France fournit la notice d’autorité principale : Allan Kardec est le pseudonyme d’Hippolyte Léon Denizard Rivail, né à Lyon le 3 octobre 1804 et mort à Paris le 31 mars 1869. La BnF le décrit comme théoricien du spiritisme.

La BnF conserve également le Plan proposé pour l’amélioration de l’éducation publique publié sous le nom H.-L.-D. Rivail en 1828, document indispensable pour comprendre sa première carrière de pédagogue.

La première édition du Livre des Esprits est enregistrée à Paris chez E. Dentu en 1857. La seconde édition de 1860 est entièrement remaniée et augmente fortement le nombre de questions, ce qui montre que le texte a continué à être construit après sa première publication.

Pour replacer Kardec dans l’histoire des sciences, Françoise Parot, « Honorer l’incertain : la science positive du 19ème enfante le spiritisme », Revue d’histoire des sciences, 2004, analyse la manière dont il emprunte le langage de la science positive afin de présenter le spiritisme comme discipline expérimentale. L’article est disponible sur Persée.

Pour l’histoire sociale et religieuse du mouvement, Guillaume Cuchet, Les voix d’outre-tombe. Tables tournantes, spiritisme et société au 19ème siècle, et Marion Aubrée avec François Laplantine, La Table, le Livre et les Esprits, restent des références majeures. Les travaux consacrés au Brésil montrent de leur côté comment le kardécisme français a été transformé en une tradition religieuse de très grande ampleur dans le contexte brésilien.

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