Ignorer et passer au contenu
AeternumAeternum
0
Qui était vraiment Nostradamus ?
Portrait authentique de Nostradamus peint par son fils César de Nostredame vers 1614 — Aeternum, blog & boutique ésotérique

Les Carnets d'Aeternum

Qui était vraiment Nostradamus ?

17 min de lecture

Michel de Nostredame, dit Nostradamus, est l’une des figures les plus célèbres de la Renaissance française. Né à Saint-Rémy-de-Provence en 1503 et mort à Salon-de-Provence en 1566, il fut apothicaire, auteur de recettes, astrologue, rédacteur d’almanachs et auteur des Prophéties. Sa renommée posthume repose presque entièrement sur ses quatrains, mais l’homme réel est beaucoup plus intéressant que le prophète omniscient fabriqué par quatre siècles de commentaires.

Son époque explique une grande partie de son succès. Au 16ème siècle, astrologie, médecine, pronostication et observation du ciel ne sont pas encore séparées selon les catégories modernes. Les almanachs astrologiques sont très lus, les guerres et épidémies entretiennent un climat d’incertitude, et les textes prophétiques circulent largement. Pierre Brind’Amour a replacé Nostradamus dans ce monde : non comme un voyant isolé hors de son temps, mais comme un astrologue de la Renaissance possédant une culture littéraire importante et une remarquable aptitude à écrire des formulations assez denses pour supporter de nombreuses lectures.

Cette biographie doit donc distinguer trois Nostradamus : Michel de Nostredame, personnage historique ; l’auteur des almanachs et des Centuries ; puis le Nostradamus reconstruit après sa mort, auquel seront attribuées des prédictions sur Henri II, Napoléon, Hitler, Londres, les guerres mondiales ou les attentats contemporains.

Naissance à Saint-Rémy-de-Provence

Michel de Nostredame naît à Saint-Rémy-de-Provence le 14 décembre 1503. Cette date apparaît dans les travaux historiques consacrés à sa famille et dans la tradition biographique ancienne. Son père, Jaume de Nostredame, appartient à une famille de notaires et de marchands. Sa mère, Reynière de Saint-Rémy, vient elle aussi d’un milieu établi en Provence.

La Bibliothèque nationale de France le décrit comme médecin, botaniste et astrologue. Le mot « Nostradamus » correspond à la forme latinisée de son nom, usage banal chez les hommes de lettres de la Renaissance. La famille paternelle de Nostradamus possède bien des origines juives converties au christianisme.

Les recherches d’E. P. E. Lhez dans les archives provençales montrent que le père et l’oncle de Michel apparaissent parmi des chrétiens issus de familles juives converties depuis moins de cinquante ans. Cette ascendance est historique. La tradition qui le fait descendre de la tribu biblique d’Issachar apparaît plus tard et appartient à la lecture ésotérique de sa lignée.

Pierre-Joseph de Haitze l’affirme en 1712, près d’un siècle et demi après la mort de Nostradamus, en s’appuyant sur des sources qu’il ne documente pas précisément. Elle reste néanmoins révélatrice de la manière dont la postérité a associé son don prophétique à une lignée biblique réputée capable de discerner les temps et les signes. Jean-Aimé de Chavigny, secrétaire et premier grand biographe de Nostradamus, affirme que l’un de ses ancêtres maternels lui aurait donné très jeune un premier goût pour les « sciences célestes ».

Ce témoignage est publié en 1594, vingt-huit ans après la mort de Nostradamus. Il peut conserver un souvenir familial, mais il participe aussi à la construction d’une généalogie savante destinée à présenter le prophète comme héritier naturel d’un savoir ancien. Il est donc prudent de ne pas transformer le grand-père maternel en maître incontestable de médecine, d’hébreu, de grec et d’astrologie sans documentation contemporaine plus solide.

Études à Avignon

Nostradamus part adolescent étudier à Avignon. Il y suit les arts libéraux, c’est-à-dire principalement grammaire, rhétorique, logique et philosophie. Une épidémie interrompt les activités universitaires et l’oblige à quitter la ville avant d’avoir mené ce cycle à son terme. Ses années suivantes sont moins bien documentées. Dans ses propres textes, il affirme avoir parcouru des régions françaises à la recherche de plantes et de remèdes.

Durant les années 1520, Nostradamus travaille comme apothicaire. Cette activité consiste à préparer et vendre des médicaments, des composés, des parfums et différentes substances. Elle exige une réelle connaissance des simples, des matières premières et des procédés de préparation. L’apothicaire n’est cependant pas un docteur en médecine universitaire. Cette différence devient décisive lorsqu’il se présente à Montpellier.

Le 3 octobre 1529, Michel de Nostredame s’inscrit à la faculté de médecine de Montpellier. Le registre universitaire conserve un document exceptionnel : Guillaume Rondelet, alors procureur des étudiants, raye son inscription après avoir appris qu’il avait exercé le métier d’apothicaire, activité manuelle interdite par les statuts aux candidats de ce cursus. Le document mentionne également des propos hostiles aux docteurs. Cette radiation est l’un des rares faits universitaires directement documentés de sa jeunesse. La réponse reste incertaine. Nostradamus sera ensuite qualifié de « docteur en médecine » dans plusieurs publications et par ses contemporains. Son Opuscule de 1555 le présente lui-même ainsi.

Mais aucun diplôme de doctorat clairement conservé ne permet de démontrer qu’il ait achevé le cursus de Montpellier après sa radiation. Les historiens ont proposé plusieurs scénarios : exclusion temporaire, retour ultérieur, diplôme obtenu ailleurs ou simple usage social d’un titre médical. Une biographie rigoureuse doit maintenir cette incertitude.

Nostradamus face aux épidémies de peste

La carrière médicale de Nostradamus est fortement associée aux épidémies. Il travaille dans plusieurs villes touchées par des maladies contagieuses, notamment en Provence. Sa réputation posthume en a fait un médecin extraordinairement moderne qui aurait compris l’hygiène, interdit les saignées, imposé l’eau propre et sauvé des milliers de personnes. Les sources ne permettent pas d’aller aussi loin.

La peste reste incomprise au 16ème siècle. La bactérie responsable ne sera identifiée qu’à la fin du 19ème siècle. Les médecins de la Renaissance travaillent encore avec des théories humorales, des conceptions miasmatiques et des remèdes végétaux ou composés. Nostradamus appartient à cet univers. Il prépare des médicaments, parfums, poudres et pastilles, mais rien ne permet de démontrer que ses traitements protégeaient efficacement contre la peste.

Des travaux récents d’histoire médicale lui reconnaissent une place dans l’histoire des pratiques sanitaires, tout en rappelant qu’il reste un médecin de son époque et non un précurseur disposant d’une compréhension microbiologique de la contagion. Une préparation à base de rose est fréquemment associée à Nostradamus. Elle appartient à l’univers des remèdes aromatiques et des substances réputées purifier ou protéger contre les miasmes.

Son intérêt historique est réel : elle montre la place des parfums, plantes et préparations odorantes dans la médecine de la peste. Elle ne doit pas être présentée comme un médicament dont l’efficacité contre Yersinia pestis aurait été démontrée.

Au début des années 1530, Nostradamus séjourne à Agen, où vit l’humaniste et médecin Jules-César Scaliger. Leur relation a été embellie par plusieurs biographies, qui font de Scaliger un maître direct ou un protecteur durable.

Ce qui est certain est que Nostradamus évolue alors dans un milieu humaniste où médecine, philologie et culture antique se croisent. La relation entre les deux hommes se détériore ensuite. Nostradamus se marie à Agen et a deux enfants. Le nom de sa première épouse reste discuté. « Henriette d’Encausse » apparaît dans plusieurs biographies, mais la documentation ne permet pas de traiter ce nom comme définitivement établi.

Sa femme et ses deux enfants meurent dans les années 1530. La peste est régulièrement donnée comme cause, mais les sources contemporaines ne permettent pas de l’établir avec certitude. Après cette perte familiale, Nostradamus quitte Agen. Il voyage en France et, selon plusieurs traditions, en Italie. Tous les itinéraires proposés par les biographies ne disposent pas du même niveau de preuve. Cette période contribue à construire l’image du médecin itinérant accumulant plantes, recettes, observations astrologiques et savoirs locaux. Elle précède surtout son installation durable en Provence.

1547, installation à Salon-de-Provence

En 1547, Nostradamus s’installe à Salon-de-Provence. La ville conserve encore sa maison, devenue musée municipal. La municipalité rappelle qu’il y fonde une nouvelle famille avec Anne Ponsarde. Le couple aura six enfants. Salon devient le centre de sa vie intellectuelle et professionnelle jusqu’à sa mort.

Anne Ponsarde appartient à une famille installée localement. Avec elle, Nostradamus construit une maison stable, loin de l’image du prophète solitaire enfermé dans sa tour. Leur fils César de Nostredame deviendra poète, historien et peintre. C’est César qui réalisera vers 1614 le portrait de son père aujourd’hui le plus connu.

En 1555 paraît à Lyon l’Excellent & moult utile opuscule, connu aujourd’hui sous le nom de Traité des fardements et confitures. La Bibliothèque nationale de France conserve un exemplaire de cette édition.

L’ouvrage réunit recettes de cosmétiques, senteurs, préparations alimentaires et confitures. Ce livre rappelle que Nostradamus n’écrit pas uniquement sur l’avenir. Il appartient pleinement à la culture pratique de la Renaissance, où médecine, cuisine, parfumerie et pharmacie se recoupent.

Les almanachs, véritable moteur de sa célébrité

Avant les Centuries, Nostradamus devient célèbre grâce aux almanachs et pronostications annuelles. Il en publie à partir de 1550 et poursuit cette activité presque jusqu’à sa mort. Ces ouvrages contiennent prévisions météorologiques, considérations politiques, configurations astrologiques et présages pour l’année. Ils touchent un public beaucoup plus large que les lecteurs de ses quatrains les plus obscurs.

Nostradamus travaille également pour des clients individuels. Une partie de sa correspondance astrologique a été conservée. Elle montre qu’il calcule des nativités et interprète des thèmes pour des personnages de rang élevé.

Dans une lettre, il mentionne par exemple le travail effectué pour la nativité de Charles IX. Il est donc plus juste de le présenter comme astrologue professionnel que comme prophète isolé recevant seulement des visions.

Pierre Brind’Amour a étudié en détail les calculs astrologiques de Nostradamus. Son analyse montre que l’homme connaît bien le vocabulaire et les méthodes de l’astrologie de son temps, mais qu’il commet aussi des erreurs de coordonnées, de domification et de calcul astronomique.

Sa réussite ne tient donc pas à une perfection mathématique exceptionnelle. Elle vient en grande partie de son écriture, de son sens des images et de sa capacité à exprimer l’inquiétude collective de son époque. Le lien entre médecine et astrologie n’a alors rien d’exceptionnel. De nombreux médecins tiennent compte des configurations célestes pour choisir des dates de traitement, interpréter les crises ou réfléchir aux épidémies.

Le compte rendu universitaire de Nostradamus astrophile rappelle qu’à la mort de Nostradamus l’astronomie, l’astrologie et la médecine sont encore étroitement associées. Notre article Comprendre la divination à travers les âges replace l’astrologie judiciaire dans cette histoire.

1555, les premières Centuries

En 1555, l’imprimeur lyonnais Macé Bonhomme publie la première édition des Prophéties. Contrairement à l’image actuelle d’un livre contenant immédiatement dix centuries complètes, cette première édition contient 353 quatrains. Pierre Brind’Amour en a établi l’édition critique moderne. Les textes sont précédés d’une épître adressée à César, le jeune fils de Nostradamus.

Une nouvelle édition paraît en 1557 chez Antoine du Rosne. Les exemplaires conservés comportent 639 ou 642 quatrains selon le tirage. La transmission du texte est donc complexe dès les premières années. Les éditions postérieures ajoutent encore de nouveaux ensembles.

L’édition de 1568 publiée par Benoist Rigaud, deux ans après la mort de Nostradamus, contient 942 quatrains. C’est elle qui correspond le mieux à l’image moderne des dix Centuries. Même ainsi, toutes les centuries ne contiennent pas cent quatrains. Parler de « mille prophéties » est donc une simplification.

Les quatrains combinent français de la Renaissance, latinismes, noms géographiques, références antiques, images guerrières et formulations volontairement compactes. Anna Carlstedt a montré que leur intérêt ne se réduit pas à la recherche d’une « clé » prophétique : il faut aussi les lire comme une forme de poésie oraculaire du 16ème siècle. Cette langue dense produit un texte qui résiste à une interprétation univoque. C’est précisément cette résistance qui permettra aux générations suivantes d’y projeter des événements très éloignés.

Les recherches philologiques modernes ont identifié de nombreux emprunts ou parallèles avec des textes antiques, bibliques et historiques. Jean-Paul Clébert résume bien cette méthode : Nostradamus semble régulièrement recomposer des événements passés pour former des images susceptibles d’être lues comme avenir.

Cette pratique n’est pas une fraude exceptionnelle pour son époque. Les textes prophétiques de la Renaissance utilisent volontiers typologie biblique, répétition historique et analogie. L’avenir est alors pensé comme répétition ou transformation d’événements déjà inscrits dans l’histoire.

Le séjour à la cour en 1555

La publication des Prophéties et le succès des almanachs attirent l’attention de la cour. Nostradamus se rend en 1555 auprès d’Henri II et de Catherine de Médicis. Les récits postérieurs présentent volontiers cette rencontre comme un triomphe absolu du prophète. Les travaux de Brind’Amour et les études des présages invitent à davantage de prudence : la cour est intéressée par ses pronostications, mais également inquiète de certaines formulations politiques.

Catherine de Médicis est la grande protectrice associée à sa mémoire. Elle s’intéresse à l’astrologie et demande des travaux relatifs au destin de ses enfants. Nostradamus est reçu à plusieurs reprises dans l’environnement royal. Cette proximité contribue énormément à sa réputation : un astrologue consulté par la reine-mère gagne immédiatement une autorité que les almanachs seuls ne pourraient pas produire.

En 1564, le jeune Charles IX et Catherine de Médicis passent par Salon-de-Provence au cours du grand voyage royal à travers la France. Nostradamus est reçu dans ce contexte et s’entretient avec le roi.

Les sources de la cour le donnent ensuite comme conseiller et médecin ordinaire de Charles IX, fonction surtout honorifique à la fin de sa vie. Cette reconnaissance officielle marque le sommet de sa carrière.

A-t-il réellement prédit la mort d’Henri II ?

Le quatrain I, 35 est devenu la preuve la plus célèbre de son pouvoir prophétique. Il évoque un « lion jeune », un « vieux », un « singulier duel », une « cage d’or » et une mort cruelle. Henri II meurt en 1559 après avoir reçu dans l’œil un éclat de lance lors d’un tournoi contre Gabriel de Montgomery. Le rapprochement paraît spectaculaire lorsqu’on connaît déjà l’événement.

Le quatrain paraît bien avant la mort du roi, ce qui exclut une falsification écrite après 1559. Mais plusieurs détails de l’interprétation moderne sont reconstruits après coup. Rien ne prouve qu’Henri II et Montgomery aient été identifiés avant le tournoi comme « vieux lion » et « jeune lion ». Le casque royal n’est pas simplement une « cage d’or », et le sens de « deux classes une » reste discuté.

Surtout, aucune source contemporaine solide ne montre que le quatrain ait été publiquement reconnu avant l’accident comme une prédiction précise de la mort d’Henri II. Il s’agit donc d’un bon exemple de lecture rétrospective : un texte vague acquiert une précision nouvelle une fois l’événement connu.

Napoléon et la Révolution française

De nombreux quatrains ont été appliqués à la Révolution française puis à Napoléon. Le problème méthodologique reste le même : les rapprochements deviennent célèbres après les événements. Un quatrain décrivant un empereur proche de l’Italie peut sembler évoquer Napoléon pour un lecteur du 19ème siècle, mais l’Europe de Nostradamus connaît déjà guerres d’Italie, empereurs, princes et bouleversements dynastiques. La force du texte vient de la possibilité de réutiliser ses images dans de nouveaux contextes.

Un quatrain évoquant Londres, le feu et les nombres vingt-trois et six est régulièrement associé au grand incendie de 1666. Les interprètes ont cherché dans ces nombres des opérations permettant d’obtenir 1666. Mais le texte ne donne pas explicitement cette année sous une forme nette. Le lien devient convaincant principalement parce que le lecteur connaît déjà l’incendie.

Nostradamus n’écrit jamais le nom Hitler. Le mot « Hister » apparaît dans certains quatrains et a été rapproché d’Hitler au 20ème siècle. Or Hister est un ancien nom géographique du bas Danube utilisé dans les textes antiques et renaissants. Transformer chaque occurrence d’Hister en Adolf Hitler est donc une lecture anachronique.

La réputation de Nostradamus connaît une nouvelle expansion pendant la Seconde Guerre mondiale. Des propagandistes utilisent ou fabriquent des interprétations de ses quatrains afin de soutenir des récits politiques sur l’issue de la guerre.

Cette histoire montre combien une œuvre obscure peut être mobilisée lorsque les sociétés traversent une crise. Le phénomène n’est pas nouveau : les éditions et commentaires de Nostradamus connaissent régulièrement des reprises lors des périodes de guerre, révolution ou catastrophe.

À chaque grande crise contemporaine, des textes circulent sous son nom. Certains ne se trouvent dans aucune édition authentique des Prophéties. Le mécanisme est simple : quelques lignes écrites dans un style archaïsant sont attribuées à Nostradamus, puis partagées comme si elles venaient du 16ème siècle. Avant d’interpréter une prophétie, la première étape devrait donc toujours être de vérifier qu’elle existe réellement dans une édition ancienne. Nostradamus ne se présente pas simplement comme astrologue calculant mécaniquement l’avenir. Dans l’épître à César, il évoque les « nocturnes et célestes lumières » et l’« esprit de prophétie ».

Il combine ainsi astrologie naturelle, inspiration prophétique et références à la tradition antique. Cette ambiguïté constitue une partie de son succès : il est assez astrologue pour sembler savant et assez prophète pour dépasser les limites du calcul.

Nostradamus pratiquait-il la magie ?

Le mot demande lui aussi une nuance. Nostradamus connaît des textes antiques et des traditions divinatoires, mais son activité documentée se concentre surtout sur l’astrologie, les almanachs, les pronostications et les recettes.

Son œuvre conservée ne le montre pas pratiquant la magie cérémonielle à la manière d’un Cornelius Agrippa ; son occultisme passe surtout par l’astrologie, les calculs, les signes et l’inspiration prophétique. Cela n’efface pas son halo occulte : calcul astrologique, inspiration prophétique, symbolisme et langage volontairement obscur se rencontrent constamment chez Nostradamus.

Les almanachs et pronostications connaissent un succès considérable. Ils sont traduits, imités, contrefaits et publiés sous son nom, à plusieurs reprises sans son accord. La célébrité de Nostradamus ne commence donc pas après sa mort. Il possède déjà de son vivant une clientèle internationale et une marque éditoriale assez puissante pour attirer les faussaires.

Jean-Aimé de Chavigny travaille auprès de Nostradamus durant les dernières années de sa vie. Après sa mort, il devient l’un des premiers artisans de sa postérité. En 1594, Chavigny publie La première face du Janus françois, où il relie des textes nostradamiens à des événements historiques survenus depuis leur publication. Cette démarche inaugure une méthode qui deviendra centrale : rechercher après coup l’événement correspondant au quatrain.

Nostradamus souffre de goutte, maladie qui limite progressivement ses déplacements. Les dernières années le voient cependant continuer à écrire, correspondre et recevoir. Il rédige son testament en juin 1566. La mort approche dans un contexte de santé déjà dégradée depuis plusieurs années.

Mort le 2 juillet 1566

Michel de Nostredame meurt à Salon-de-Provence le 2 juillet 1566. La date est confirmée par plusieurs travaux historiques et par la documentation provençale. Il avait soixante-deux ans. La formule célèbre selon laquelle il aurait annoncé à son secrétaire qu’on ne le trouverait pas vivant au lever du soleil appartient à la tradition biographique et ne dispose pas du même niveau de preuve que son testament ou sa date de décès.

Plusieurs textes lui sont attribués après coup pour prouver qu’il connaissait précisément la date de sa mort. Comme pour Henri II, la difficulté vient de la sélection rétrospective. Un astrologue âgé, malade et atteint de goutte peut écrire sur sa mort ou prévoir une aggravation sans posséder une connaissance surnaturelle de l’heure exacte. La légende de la dernière prophétie appartient surtout à la construction posthume du personnage.

Nostradamus est d’abord enterré dans l’église du couvent des Cordeliers à Salon. Sa tombe devient rapidement un lieu associé à sa mémoire. Son fils César et ses admirateurs participent à entretenir l’image d’un homme hors du commun. La Révolution française touche directement sa sépulture.

La Ville de Salon-de-Provence confirme qu’en 1791 des gardes nationaux d’un bataillon marseillais profanent le tombeau du couvent des Cordeliers. Le maire Jean André David fait alors transférer les restes de Nostradamus, son portrait et celui de son fils César dans la collégiale Saint-Laurent.

Ce transfert est donc historique. Une légende célèbre affirme qu’au moment de l’ouverture de sa tombe en 1791, les soldats auraient découvert sur le squelette une plaque portant précisément l’année de la profanation. La ville confirme la profanation et le transfert des restes, mais pas cette prophétie spectaculaire. La plaque prédictive doit donc rester dans le registre de la légende.

Pourquoi ses quatrains restent-ils si efficaces ?

Leur puissance vient de plusieurs caractéristiques. Ils sont courts, imagés et peu datés. Ils utilisent guerres, pestes, incendies, princes, villes, fleuves, famines et renversements politiques : des événements récurrents dans l’histoire. Le lecteur peut donc facilement rapprocher une nouvelle catastrophe d’une image vieille de plusieurs siècles.

La réputation prophétique repose aussi sur un mécanisme simple : on retient les ressemblances et on oublie les milliers de lignes qui ne correspondent à aucun événement remarquable. Les interprètes peuvent également changer la traduction, le découpage des mots ou l’identité des personnages pour améliorer la correspondance. Une prédiction réellement précise devrait pouvoir être comprise avant l’événement et non uniquement après. Les Centuries résistent rarement à ce test.

Le meilleur moyen de le lire n’est pas de chercher dans chaque quatrain le prochain événement mondial. Ses textes sont des documents majeurs sur les peurs, les attentes et la culture astrologique de la Renaissance.

Ils révèlent aussi un auteur capable de condenser des références historiques et antiques en images poétiques extrêmement durables. Lire Nostradamus historiquement ne diminue pas son intérêt : cela permet au contraire de comprendre pourquoi ses textes ont survécu là où tant d’almanachs de son époque ont disparu.

Sources et repères

La Bibliothèque nationale de France confirme l’identité de Nostradamus, Michel de Nostredame, né en 1503 et mort en 1566, et le décrit comme médecin, botaniste et astrologue. Elle conserve un très grand nombre d’éditions de ses œuvres.

L’édition critique fondamentale des débuts des Centuries est Pierre Brind’Amour, Les premières centuries ou prophéties : édition Macé Bonhomme de 1555, Droz, 1996. La BnF confirme que cette première édition contient 353 quatrains.

Pierre Brind’Amour, Nostradamus astrophile, Presses de l’Université d’Ottawa / Klincksieck, 1993, reste la grande étude sur son astrologie. Un compte rendu publié dans Provence historique souligne la précision avec laquelle l’auteur replace Nostradamus dans le monde des astrologues de la Renaissance tout en montrant les erreurs de calcul de ses horoscopes.

Anna Carlstedt, La Poésie oraculaire de Nostradamus, étudie la langue, le style et le genre des Centuries. Ses travaux confirment les grandes étapes textuelles : 353 quatrains en 1555, environ 640 en 1557 et 942 dans l’édition de 1568.

Denis Crouzet, Nostradamus. Une médecine des âmes à la Renaissance, replace l’auteur dans la culture religieuse et politique du milieu du 16ème siècle. Les Presses universitaires de Provence rappellent que ses Prophéties doivent être comprises dans l’atmosphère inquiète d’un temps où les discours astrologiques et prophétiques connaissent une grande diffusion.

La Maison de Nostradamus de Salon-de-Provence conserve la mémoire matérielle de sa seconde vie familiale, de ses ouvrages et de sa maison achetée en 1547. La Ville documente également le transfert de ses restes après la profanation de son tombeau en 1791.

Laissez un commentaire

Votre adresse email ne sera pas publiée.

Rejoignez la communauté Aeternum sur notre groupe Facebook : conseils, astuces, rituels, savoirs, produits dans une ambiance bienveillante !
J’y vais !
Panier 0

Votre panier n'attend plus que vous

Découvrez nos produits
Paiement 3/4x sans frais