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Qui était vraiment Scott Cunningham ?
Portrait photographique authentique de Scott Cunningham — Aeternum, blog & boutique ésotérique

Les Carnets d'Aeternum

Qui était vraiment Scott Cunningham ?

18 min de lecture

Scott Douglas Cunningham est l’une des figures les plus influentes de la Wicca américaine de la fin du 20ème siècle. Né en 1956 et mort en 1993, il n’a ni fondé la Wicca moderne ni introduit cette religion aux États-Unis. Son apport se situe ailleurs : il a contribué à rendre la Wicca accessible à des personnes qui ne disposaient d’aucun coven, d’aucune lignée initiatique et d’aucun contact avec les traditions britanniques. Son livre de 1988, Wicca: A Guide for the Solitary Practitioner, devient l’un des grands textes d’entrée vers une Wicca individuelle.

Son influence dépasse la seule Wicca solitaire. Cunningham écrit également sur les plantes, les pierres, les encens, les huiles, la magie domestique, les éléments et la cuisine. Ses encyclopédies ont profondément marqué la culture magique contemporaine anglophone. Elles continuent à être rééditées plusieurs décennies après sa mort.

Sa biographie a longtemps été moins connue que ses livres. La publication en 2023 de Scott Cunningham—The Path Taken, écrite par sa sœur Christine Cunningham Ashworth, a renouvelé l’accès à sa vie personnelle, tandis que les archives LGBTQ consacrées à l’histoire religieuse ont replacé sa trajectoire dans celle d’un auteur gay qui cherchait aussi une manière de vivre la Wicca hors de cadres où la polarité homme-femme occupait une place très forte.

Naissance dans le Michigan

Scott Douglas Cunningham naît le 27 juin 1956 à Royal Oak, dans le Michigan. Son père, Chester Grant « Chet » Cunningham, est écrivain professionnel et publie un très grand nombre de romans et d’ouvrages populaires. Sa mère se nomme Rose Marie Cunningham.

Scott grandit avec un frère aîné, Greg, et une sœur cadette, Christine. La famille quitte le Michigan pour la Californie lorsque Scott est encore enfant. Les biographies divergent légèrement sur l’année exacte, mais toutes s’accordent sur un point : San Diego devient le véritable cadre de sa vie.

Scott passe la majeure partie de son enfance, de son adolescence et de sa vie adulte dans la région de San Diego. La Californie du Sud des années 1960 et 1970 constitue un environnement favorable aux nouvelles formes religieuses, à l’ésotérisme, à l’écologie, au développement personnel et aux mouvements issus de la contre-culture.

La famille Cunningham aime également voyager. Les séjours dans la nature et les voyages vers Hawaï joueront un rôle important dans l’imaginaire religieux de Scott. La biographie écrite par Christine Cunningham Ashworth insiste sur une enfance familiale très marquée par les excursions, les paysages et le contact avec l’extérieur. Cette proximité avec la nature deviendra l’un des traits les plus constants de ses livres.

Le métier de son père joue un rôle déterminant dans son orientation professionnelle. Chet Cunningham traite l’écriture comme un travail quotidien. Scott grandit donc dans une maison où publier des livres n’est pas une abstraction, mais une activité concrète faite de discipline, de délais, de manuscrits et d’éditeurs.

Cette influence explique en partie la vitesse avec laquelle il passe de ses intérêts religieux à l’écriture professionnelle. Scott ne deviendra pas seulement un auteur wiccan : il écrira aussi de la fiction populaire, des textes de commande et des articles techniques.

Les premières lectures occultes

Au début des années 1970, Cunningham découvre des livres consacrés au paranormal, à la magie et à la sorcellerie. Des sources biographiques citent notamment The Supernatural de Douglas Hill et Pat Williams parmi les ouvrages qui éveillent fortement son intérêt.

Il rencontre également au lycée une camarade déjà impliquée dans un petit groupe d’étude occulte. Cunningham racontera plus tard que cette rencontre ouvre pour lui une porte vers la Wicca et la magie.

Dans un texte publié par Llewellyn, il se souvient d’avoir reçu vers l’âge de quinze ans une véritable « invitation » à explorer la magie grâce à une jeune femme nommée Dorothy. Il évoque des rites sur la plage, la cueillette de plantes, les bougies, la divination et l’observation des étoiles.

Cette première phase explique déjà ce qui distinguera Cunningham de nombreux auteurs issus de la magie cérémonielle. Son entrée dans la magie passe par le paysage, les plantes, les plages, le ciel et les gestes simples.

Il lit ensuite davantage, rencontre d’autres enseignants et découvre des traditions plus structurées. Mais il conservera toujours cette idée : la magie peut être vécue directement dans la relation avec la nature, sans dépendre d’un appareil rituel très lourd.

Études de création littéraire

Cunningham s’inscrit à la San Diego State University pour étudier l’écriture créative au milieu des années 1970. Les sources donnent des dates différentes pour son inscription, entre 1974 et 1978. Le LGBTQ Religious Archives Network retient l’automne 1974, tandis que plusieurs biographies plus anciennes indiquent 1978. Faute d’un document universitaire publié permettant de trancher facilement, le plus prudent est de retenir qu’il étudie l’écriture créative à San Diego State durant cette période.

Il quitte l’université sans diplôme pour se consacrer à l’écriture. Cette décision n’est pas un échec académique : à ce moment, il publie déjà suffisamment pour envisager une carrière professionnelle.

Avant de devenir connu pour ses livres de magie, Cunningham travaille comme rédacteur indépendant. Il écrit pour des publications commerciales et techniques, notamment dans des domaines liés aux véhicules et à la mécanique.

Ce travail développe un style très direct : explication claire, organisation pratique, instructions courtes et vocabulaire accessible. On retrouve cette méthode dans ses futurs livres ésotériques. Même lorsqu’il traite de correspondances planétaires, d’herbes ou de rituels, il écrit comme quelqu’un qui veut être compris dès la première lecture.

Son premier livre connu n’est pas Magical Herbalism. En 1980 paraît The Cliffside Horrors, roman de fiction. Au début des années 1980, Cunningham écrit plusieurs romans dans des genres très différents.

Il utilise également des pseudonymes. Des romans paraissent notamment sous les noms Cathy Cunningham et Dirk Fletcher. Cette production explique la différence entre les nombres que l’on rencontre dans les biographies : Llewellyn rappelle qu’il a écrit plus de cinquante livres si l’on compte fiction, non-fiction et travaux publiés sous plusieurs noms, tandis qu’une vingtaine d’ouvrages sont directement associés à son œuvre magique et wiccane.

Donald Michael Kraig et le milieu magique californien

Au début des années 1980, Cunningham partage un logement avec Donald Michael Kraig, futur auteur de Modern Magick. Kraig témoignera ensuite de leur amitié et de la vie quotidienne de Scott.

Le contraste entre leurs œuvres est instructif. Kraig se spécialise davantage dans la magie cérémonielle occidentale, tandis que Cunningham privilégie progressivement la Wicca, les éléments et la magie naturelle. Les deux hommes appartiennent pourtant au même milieu californien où circulent tarot, magie, paganisme, occultisme et religions alternatives.

Cunningham fréquente également Raymond Buckland, autre grande figure de la Wicca américaine. Buckland avait joué un rôle important dans la diffusion de la Wicca gardnérienne aux États-Unis avant de publier lui-même des formes plus accessibles de sorcellerie et de pratique individuelle.

La proximité entre les deux hommes rappelle que la Wicca solitaire ne naît pas d’un seul livre en 1988. Avant Cunningham, plusieurs auteurs américains avaient déjà commencé à ouvrir la pratique au-delà des petites lignées initiatiques. L’importance de Cunningham tient à l’ampleur de la diffusion et à la cohérence du modèle qu’il propose.

Durant les années 1970 et le début des années 1980, Cunningham étudie avec plusieurs personnes et groupes. Les biographies secondaires mentionnent une période d’apprentissage auprès de Raven Grimassi autour de 1980. Cunningham semble avoir travaillé avec plusieurs courants avant de se détacher progressivement du fonctionnement en coven.

Il est donc faux de présenter sa pratique solitaire comme le résultat d’un homme n’ayant jamais rencontré de tradition initiatique. Il connaît les covens de l’intérieur avant de conclure qu’une vie religieuse valable peut également être menée seul.

Une affirmation très répandue présente Cunningham comme initié au troisième degré dans la « Serpent Stone Family » ou « Serpentstone ». Cette information circule largement mais la chaîne initiatique exacte reste difficile à reconstituer : les sources accessibles ne donnent pas clairement l’initiateur, la date et la lignée. Cette part d’ombre correspond assez bien à une période où beaucoup de transmissions wiccanes restent encore privées.

Des membres de la famille Serpentstone interrogés récemment ont eux-mêmes indiqué ne pas disposer de preuve claire d’une telle initiation formelle. Ce que l’on peut retenir avec assurance est que Cunningham connaissait plusieurs traditions et travailla avec des covens avant d’assumer pleinement une voie solitaire. Sa pratique individuelle n’est donc pas née d’un isolement complet, mais d’un passage par des milieux initiatiques qu’il choisira ensuite de rendre plus accessibles.

Pourquoi choisit-il la pratique solitaire ?

Le choix de Cunningham repose sur plusieurs facteurs. Il estime d’abord que l’expérience religieuse ne devrait pas dépendre d’une géographie favorable. Dans les années 1980, une personne intéressée par la Wicca peut vivre à des centaines de kilomètres du moindre coven.

Il refuse aussi l’idée qu’une autorité humaine doive nécessairement valider la relation d’un individu avec les dieux. Enfin, sa propre orientation sexuelle compte dans cette évolution. En tant qu’homme gay, il se sent mal à l’aise avec certains environnements où la polarité rituelle entre homme et femme est présentée comme absolument normative.

Les archives LGBTQ consacrées aux traditions religieuses présentent Cunningham comme un auteur gay dont l’expérience a contribué à sa recherche d’une Wicca plus accueillante. La Wicca britannique traditionnelle place une grande valeur symbolique dans le couple Déesse-Dieu et dans la polarité entre prêtresse et prêtre.

Cunningham ne supprime pas cette théologie. Ses livres parlent encore de la Déesse et du Dieu. En revanche, il détache la validité de la pratique de l’obligation d’entrer dans une relation rituelle homme-femme ou de recevoir l’initiation d’une lignée.

Cette ouverture aura un impact particulier sur les lecteurs queer qui ne se reconnaissent pas dans les formes les plus rigides de polarité rituelle.

Magical Herbalism, premier grand livre occulte

En 1982, Llewellyn publie Magical Herbalism: The Secret Craft of the Wise. Il s’agit de son premier grand ouvrage consacré à la magie naturelle. Cunningham y présente les plantes comme des supports de correspondances, d’encens, de bains, de charmes et de rites. Le succès du livre l’installe durablement chez Llewellyn et ouvre une série de publications consacrées aux matières naturelles.

Pour replacer cet héritage dans une approche plus historique des plantes, notre Grimoire botanique distingue les correspondances occultistes modernes des usages attestés dans les herbiers et traditions plus anciennes. En 1983 paraît Earth Power: Techniques of Natural Magic.

Cunningham y propose des pratiques utilisant vent, mer, pluie, arbres, pierres, sable, neige et autres éléments du paysage. Cette conception évite les grandes cérémonies et privilégie les gestes courts, les symboles simples et l’observation de la nature.

Elle deviendra l’une des marques de son œuvre : la magie ne doit pas dépendre d’un temple parfaitement équipé pour être vécue. En 1985 paraît Cunningham’s Encyclopedia of Magical Herbs. Le livre devient l’un de ses ouvrages les plus connus. Il classe des centaines de plantes selon des correspondances planétaires, élémentaires et magiques. Cette encyclopédie exerce une influence immense sur les livres de sorcellerie publiés après elle.

Il faut néanmoins la lire pour ce qu’elle est : une synthèse occultiste moderne. Toutes les correspondances qu’elle contient ne remontent pas à une seule tradition ancienne, et plusieurs associations viennent de courants différents réunis dans un même système. En 1987 paraît Cunningham’s Encyclopedia of Crystal, Gem and Metal Magic.

L’ouvrage applique aux minéraux la même méthode de classement que son encyclopédie des plantes : planète, élément, pouvoir attribué et usages rituels. Cette publication joue un rôle majeur dans la diffusion contemporaine des correspondances magiques des pierres.

Elle ne doit pas être confondue avec la minéralogie scientifique ou la médecine. Les propriétés présentées relèvent de la tradition magique et symbolique. Notre article sur l’histoire et les usages des pierres permet de distinguer correspondances ésotériques, traditions historiques et affirmations thérapeutiques modernes.

La même année, Cunningham publie avec David Harrington The Magical Household. Le livre transpose la magie dans l’espace domestique : portes, fenêtres, cuisine, chambre, plantes, objets et gestes quotidiens.

Cette orientation correspond à une idée constante chez Cunningham : la vie magique ne doit pas être séparée artificiellement de la vie quotidienne. Le foyer devient un espace de protection, d’hospitalité et de rituel simple.

1988, Wicca: A Guide for the Solitary Practitioner

En 1988 paraît Wicca: A Guide for the Solitary Practitioner. Le livre est immédiatement important parce qu’il s’adresse explicitement à une personne qui pratique seule. Avant lui, la Wicca avait été principalement décrite comme une religion initiatique de coven. Gerald Gardner, Doreen Valiente et les traditions britanniques transmettaient généralement leurs rites par initiation.

Cunningham ne nie pas l’existence des covens. Il affirme qu’une personne peut cependant établir sa propre relation avec la Déesse, le Dieu et les cycles naturels sans attendre l’autorisation d’un groupe.

Le vocabulaire pose un problème important. Dans les traditions wiccanes de lignée, l’initiation signifie généralement être reçu dans une tradition par des initiés qui possèdent déjà cette transmission.

Cunningham propose plutôt un rite de dédication personnelle par lequel l’individu marque son engagement envers la Wicca. De nombreux lecteurs parleront ensuite d’« auto-initiation », tandis que les Wiccans britanniques traditionnels maintiendront qu’une initiation de lignée ne peut pas être auto-conférée. Les deux usages ne désignent donc pas exactement la même chose. Le succès de Cunningham participe à une transformation majeure de la religion.

Les premiers covens britanniques accordaient une grande importance au secret des rituels, des noms et des enseignements internes. Les livres américains des années 1980 rendent une quantité croissante d’informations accessibles en librairie.

Cunningham va plus loin : il construit une pratique qui n’a même plus besoin de reproduire l’intégralité des matériaux initiatiques. La Wicca devient alors, pour de nombreux lecteurs, une religion que l’on peut commencer par l’étude personnelle.

La rupture n’est cependant pas totale. Cunningham conserve une Déesse et un Dieu, les sabbats saisonniers, les esbats, le cercle, les quatre éléments, la magie rituelle et plusieurs outils issus de la Wicca britannique.

Son Guide for the Solitary Practitioner n’est donc pas une religion entièrement nouvelle. Il sélectionne et simplifie des éléments déjà présents dans la Wicca, puis les réorganise autour de la personne seule.

Cunningham évite de transformer la Wicca en dogme rigide. Il insiste sur l’expérience personnelle, la nature et la responsabilité individuelle. Il accepte que les noms divins, les formes rituelles et certains symboles varient. Cette souplesse facilitera l’émergence de ce que l’on appelle aujourd’hui Wicca éclectique, c’est-à-dire des formes qui utilisent des sources différentes sans revendiquer nécessairement une lignée initiatique précise.

La même année 1988, Cunningham publie The Truth About Witchcraft Today. Le livre répond aux représentations sensationnalistes de la sorcellerie et présente la Wicca comme une religion païenne contemporaine centrée sur la nature.

Il paraît dans un contexte où la peur du satanisme et les paniques morales restent fortes aux États-Unis. Cunningham cherche donc à distinguer la Wicca du satanisme, du crime et des caricatures médiatiques.

Encens, huiles et préparations

En 1989 paraît The Complete Book of Incense, Oils & Brews. Cunningham rassemble recettes d’encens, huiles, bains, poudres et préparations rituelles. Le livre aura une influence immense sur la magie populaire contemporaine en librairie ésotérique. Il faut cependant distinguer ces recettes des traditions historiques plus anciennes. Cunningham compile, adapte et crée selon un système personnel de correspondances.

Notre article Comment choisir son encens ? replace les fumigations dans une histoire plus large que le seul système de Cunningham. Magical Aromatherapy paraît également en 1989. Cunningham y étudie les parfums et les huiles dans une perspective rituelle. Il utilise le terme aromathérapie dans un sens magique qui ne doit pas être confondu avec une pratique médicale validée.

Cette distinction est importante aujourd’hui, car ses livres restent abondamment utilisés dans des contextes où magie, bien-être et santé peuvent facilement être mélangés. En 1991 paraît Earth, Air, Fire & Water, prolongement de Earth Power.

Le livre développe des rites élémentaires et des pratiques liées au monde naturel. Cunningham y revient à ce qui avait marqué son adolescence : contact direct avec vent, mer, soleil, plantes et paysage.

Notre article sur l’histoire des quatre éléments permet de replacer ce langage dans une tradition beaucoup plus ancienne que la Wicca américaine. Cunningham s’intéresse aussi au repas comme acte rituel.

The Magic in Food puis Cunningham’s Encyclopedia of Wicca in the Kitchen associent aliments, correspondances et intentions magiques. Cette orientation participe à une tendance forte du paganisme contemporain : ramener le religieux dans les gestes ordinaires.

La cuisine, la maison et le jardin deviennent des lieux aussi importants que le cercle rituel. Les voyages de Cunningham à Hawaï nourrissent également plusieurs écrits. Un ouvrage consacré à la religion et à la magie hawaïennes est publié après sa mort. Cette partie de son œuvre doit aujourd’hui être lue avec un regard critique. Cunningham écrit en observateur américain extérieur aux traditions hawaïennes autochtones.

Ses livres témoignent de son intérêt réel, mais ils ne peuvent pas remplacer les sources produites par les communautés et chercheurs hawaïens eux-mêmes. Le succès de Cunningham tient aussi à sa manière d’écrire.

Ses livres évitent le ton d’autorité initiatique, les secrets dramatiques et le vocabulaire inutilement obscur. Il donne des instructions simples, explique ses choix et invite le lecteur à adapter. Cette écriture crée une relation très différente avec le public : Cunningham n’apparaît pas comme grand maître, mais comme guide.

Les critiques de la Wicca solitaire

Son influence suscite aussi des critiques. Des membres de traditions initiatiques estiment que le mot Wicca devrait rester attaché aux lignées issues de Gardner et Sanders. Ils reprochent à Cunningham d’avoir simplifié les rites, supprimé la nécessité de l’initiation et favorisé des formes éclectiques difficiles à relier à une tradition précise. D’autres considèrent au contraire cette ouverture comme l’une des grandes transformations du paganisme moderne.

Ces deux lectures appartiennent à l’histoire réelle de sa réception. Il n’est pas nécessaire de trancher pour constater que son livre a déplacé la frontière de ce que le public appelle Wicca. Non.

Des personnes pratiquaient seules avant 1988, et d’autres auteurs avaient déjà publié des méthodes accessibles hors des covens. Son importance tient au fait d’avoir donné à la pratique solitaire une formulation claire, positive et massivement diffusée.

Llewellyn considère encore Wicca: A Guide for the Solitary Practitioner comme l’un des livres les plus importants de son catalogue wiccan. La redécouverte biographique de Cunningham au 21ème siècle a donné davantage de place à son identité gay.

Cette dimension avait été beaucoup moins visible dans la réception de ses livres durant les années 1980 et 1990. Le LGBTQ Religious Archives Network souligne que la possibilité d’une Wicca pratiquée seul a été particulièrement importante pour les personnes queer qui se sentaient exclues de modèles rituels très hétérocentrés.

Son œuvre ne forme pas pour autant une « Wicca gay » séparée. Elle ouvre plutôt une structure qui permet à des personnes aux vies très différentes de ne pas dépendre d’un modèle de couple rituel imposé.

1983, le lymphome

Les biographies consacrées à Cunningham rapportent qu’un lymphome lui est diagnostiqué en 1983. Il reçoit un traitement et connaît une rémission. Cette maladie intervient au moment où sa carrière d’auteur magique prend véritablement son essor. Il continue pourtant à écrire, voyager et publier au cours de la décennie suivante.

En 1990, alors qu’il participe à une tournée de conférences, Cunningham tombe gravement malade. Le LGBTQ Religious Archives Network indique qu’il est hospitalisé et reçoit un diagnostic de méningite cryptococcique, complication sévère associée au VIH/sida. Il survit à cette crise et retourne écrire, mais sa santé reste très fragilisée. Les années qui suivent sont marquées par des infections et des périodes d’hospitalisation.

Scott Cunningham meurt le 28 mars 1993 à l’âge de trente-six ans. Les sources biographiques fiables donnent cette date, notamment Llewellyn et le LGBTQ Religious Archives Network. Il meurt entouré de sa famille après plusieurs années de maladie liée au VIH/sida. Sa disparition intervient au moment où ses livres commencent précisément à toucher un public de plus en plus vaste.

Des livres publiés après sa mort

Plusieurs manuscrits paraissent après 1993. Cette publication posthume explique que la bibliographie de Cunningham continue à s’allonger après sa disparition. Les éditeurs et proches travaillent à partir de textes laissés inédits ou incomplets. Sa bibliographie réunit ainsi des livres qu’il a préparés lui-même et d’autres volumes assemblés après sa mort à partir de textes laissés inédits ou incomplets.

En 1996, David Harrington et deTraci Regula publient Whispers of the Moon: The Life and Work of Scott Cunningham. Cette biographie devient pendant longtemps la principale source consacrée à sa vie. Elle contient également une bibliographie détaillée de ses écrits. Le livre a contribué à préserver le souvenir de Cunningham au-delà de ses manuels.

En 2023, Christine Cunningham Ashworth publie Scott Cunningham—The Path Taken: Honoring the Life and Legacy of a Wiccan Trailblazer. Le livre apporte un regard familial absent des anciennes biographies : enfance, parents, voyages, habitudes, liens fraternels et dernières années. Il est particulièrement utile pour distinguer l’auteur public de l’homme privé. Cette publication contribue aussi à replacer Cunningham dans l’histoire queer de la sorcellerie américaine.

Quelle place occupe Scott Cunningham dans l’histoire de la Wicca ?

Il n’est ni le fondateur de la Wicca ni le premier Wiccan américain. Gardner construit la religion moderne en Grande-Bretagne. Raymond Buckland contribue à établir la Wicca gardnérienne aux États-Unis. Doreen Valiente et Alex Sanders participent eux aussi à ses transformations.

Le rôle de Cunningham vient ensuite : il contribue à faire passer la Wicca d’une religion principalement transmise par petits groupes à une voie que des lecteurs peuvent découvrir seuls. Cette mutation change profondément l’histoire du mouvement.

Ils sont accessibles, organisés et immédiatement utilisables. Un lecteur peut ouvrir son encyclopédie des plantes, trouver une correspondance, comprendre le cadre général et commencer à travailler sans disposer d’une bibliothèque spécialisée.

Cette simplicité est aussi sa limite historique : ses livres réunissent des traditions différentes, simplifient les sources et fixent des correspondances qui seront ensuite répétées comme si elles étaient immémoriales. Les lire aujourd’hui demande donc un double regard : comprendre leur influence tout en vérifiant l’histoire des matériaux qu’ils transmettent.

Sources et repères

Le LGBTQ Religious Archives Network fournit une synthèse biographique utile : naissance le 27 juin 1956 à Royal Oak, enfance à San Diego, orientation vers la Wicca dès le lycée, publication de Magical Herbalism en 1982, importance de Wicca: A Guide for the Solitary Practitioner, identité gay et mort le 28 mars 1993 après une méningite cryptococcique liée au VIH/sida.

L’éditeur Llewellyn conserve la page d’auteur de Cunningham et présente Wicca: A Guide for the Solitary Practitioner comme l’un des livres les plus importants de son catalogue wiccan. Son historique éditorial montre aussi la place prise par Cunningham aux côtés de Raymond Buckland dans les années 1980.

Pour sa trajectoire littéraire et magique, la notice de l’Encyclopedia of Occultism and Parapsychology rappelle ses années de fiction, ses pseudonymes, son passage par plusieurs covens, puis son choix d’une pratique solitaire et la chronologie de ses principaux ouvrages.

La biographie familiale la plus récente est Christine Cunningham Ashworth, Scott Cunningham—The Path Taken, Weiser Books, 2023. La présentation de l’éditeur souligne l’importance de ses archives familiales et son rôle dans la transformation de la Wicca américaine.

Enfin, Whispers of the Moon: The Life and Work of Scott Cunningham, publié en 1996 par David Harrington et deTraci Regula, reste une source biographique majeure pour ses années de formation, ses relations dans le paganisme américain et sa bibliographie.

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