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La petite histoire des clous & des aiguilles en magie

La petite histoire des clous & des aiguilles en magie

AU SOMMAIRE...

 

1.  Clouer le destin de l’Antiquité au Moyen Âge
2. Fétiches cloués et pouvoirs percés en Afrique
3. Pointes sacrées et malédictions clouées en Asie
4. Épines rituelles et flèches invisibles dans les Amériques


Ils transpercent, ils fixent, ils marquent. Objets ordinaires du quotidien, les clous et les aiguilles semblent n’avoir pour fonction que l’utile. Pourtant, derrière leur apparente banalité, ils portent un héritage tenace dans les traditions magiques du monde entier, de l'Europe aux confins de l’Asie, de l’Afrique aux Amériques. Leur simple présence dans un rituel soulève une question : et si un morceau de métal pouvait contenir une volonté ? Éléments de réponse.

1. Clouer le destin de l’Antiquité au Moyen Âge

Dans l’Antiquité gréco-romaine, planter un clou était un geste chargé de sens. Les anciens voyaient dans l’acte de clouer le symbole d’une réalité fixée de manière irrévocable. Chez les Étrusques et les Romains, un rituel officiel consistait à enfoncer chaque année un clou dans le temple de Jupiter afin de conjurer le mauvais sort et de marquer le temps (le clavus annalis). Plus généralement, le clou s’impose comme instrument central des malédictions dans la magie romaine : les archéologues ont exhumé de nombreuses tablettes d’exécration (defixiones) en plomb qui étaient roulées ou pliées, puis percées d’un gros clou et enterrées pour maudire un ennemi, un lieu ou un groupe.

Il s’agit d’une plaque de plomb mince, parfois de terre cuite ou de cire, sur laquelle on écrivait le nom de la cible accompagné d’une formule rituelle destinée à invoquer une divinité ou une puissance souterraine pour nuire à cette personne. Après rédaction, la tablette était enroulée, pliée, clouée ou transpercée, puis déposée dans un lieu symbolique : une tombe, un puits, un sanctuaire, ou enterrée dans le sol. L’idée était de confier la malédiction aux esprits du monde souterrain, aux morts ou à des divinités chtoniennes (liées à la terre) capables de l’exécuter.

La petite histoire des clous & des aiguilles en magie

Tablettes d’exécration retrouvée dans des fouilles à Tongres. Source : The Conversation

Le clou, en « assujettissant » la tablette et ce qu’elle représente, garantissait l’inéluctabilité de la malédiction, clouant symboliquement la victime dans le monde souterrain. Parfois, une figurine représentant la cible accompagnait la tablette : ainsi au 4ème siècle ap. J.-C., une petite dagyde en argile figurant une femme enchaînée, percée de treize aiguilles de bronze, a été découverte dans un vase avec sa tablette de malédiction au plomb – un véritable sort jeté vieux de plus de 1600 ans, aujourd’hui conservé au Louvre​. Dans d’autres cas, le clou de malédiction était lui-même gravé de formules occultes ou de symboles (serpents, divinités, etc.), comme en témoignent plusieurs clous magiques romains retrouvés portant des inscriptions ésotériques.

Au-delà des cercles magico-religieux, les traditions populaires européennes ont largement employé clous, épingles et aiguilles dans la sorcellerie et la protection. Le Moyen Âge et la Renaissance abondent en récits de sorcières façonnant des poupées de chiffon, de cire ou de bois – appelées dagydes ou poppets – pour représenter une personne à envoûter, puis les transperçant d’épingles afin de lui causer douleur ou maladie. Des manuels de magie médiévaux et même des procès en sorcellerie décrivent comment « planter des épingles dans une image » pouvait servir aussi bien à jeter un sort qu’à enflammer l’amour. Lors des tristement célèbres procès des sorcières de Salem en 1692, on retrouva dans la maison de l’accusée Bridget Bishop plusieurs poupées de tissu trouées d’aiguilles, soupçonnées d’être des supports de maléfices. Inversement, ces mêmes objets pointus servaient à se défendre des envoûtements : en Angleterre au 17ème siècle, on enterrait sous l’âtre de la cheminée des bouteilles de sorcière (les véritables spelljar beaucoup moins instagrammables qu'aujourd'hui) remplies d’urine, de clous et d’épingles dans le but de piéger et neutraliser le mal envoyé par un sorcier. Des centaines de ces bouteilles cloutées ont été retrouvées par les archéologues, témoignant de cette pratique apotropaïque répandue.

Les clous furent aussi d’excellents soigneurs improvisés en Europe notamment. Une tradition voulait qu’on puisse transférer un mal physique dans un clou en le plantant ailleurs. Pour soigner un mal de dents, on conseillait de piquer la gencive jusqu’au sang avec un clou (aïe), puis de l’enfoncer dans le tronc d’un arbre (idéalement à l’aide d’un clou de cercueil, chargé de la puissance de la mort) : la douleur restait ainsi « clouée » dans l’arbre et quittait le patient. Attention : quiconque aurait la malchance de retirer ce clou ensorcelé se serait aussitôt approprié le mal de dents en question​. En Normandie, un toucheux (guérisseur traditionnel) pouvait encore, au 19ème siècle, poser un clou neuf contre la dent cariée en murmurant une formule, puis marteler ce clou dans une poutre afin d’y fixer la douleur une fois pour toutes. De même, pour se débarrasser de verrues (appelées... clous en vieux français), on plantait des clous de fer près d’une source sacrée ou dans un « arbre à clous » – chaque verrue étant symboliquement transférée dans le métal. Ces arbres à clous, témoins de la magie paysanne, ont perduré jusqu’au 20ème siècle dans certaines campagnes d’Europe. En Belgique, un vieux tilleul près du sanctuaire de Banneux était depuis des générations clouté d’innombrables clous par les pèlerins espérant une guérison. Des pratiques analogues existaient en Andalousie, où l’on clouait dans le portail d’une maison des pots remplis d’huile, de sel et de trois clous pour susciter l’amour d’une personne si celle-ci marchait dessus​, ou encore en Écosse, où l’on protégeait un navire en enfonçant un clou frotté au mât. Des clous pouvaient même être pliés en forme d’anneau porte-bonheur, rappelant les trois clous de la Passion du Christ, pour éloigner le mauvais sort.

2. Fétiches cloués et pouvoirs percés en Afrique

En Afrique sub-saharienne, l'utilisation rituelle des clous a pris des formes originales, liées aux statues de pouvoir et aux fétiches de protection. L’un des exemples les plus spectaculaires provient du royaume de Loango (Congo) aux 18 et 19ème siècles, où existaient les fameux nkisi nkondi (issu de la vision animiste de la religion kongo) : des statuettes anthropomorphes en bois, littéralement hérissées de clous et de lames métalliques. Chaque clou planté dans le nkondi correspondait à un litige ou un serment : on enfonçait le clou en invoquant l’esprit du fétiche pour sceller un pacte, résoudre un conflit ou punir un parjure (il s'agit dans ce cas d'un esprit particulièrement vindicatif ou chasseur). La figure ainsi cloutée matérialisait l’engagement de chacun – un peu comme si chaque pointe fixait la parole donnée. Chargé rituellement par le prêtre nganga dans le reliquaire ventral (en général un miroir encastré dans le buste), le nkondi agissait une fois activé : il était alors capable de pourchasser les malfaiteurs, de protéger le village des sorciers et de renvoyer les mauvais sorts à leur envoyeur. Ces statues cloutées impressionnaient tant les Européens qu’elles furent parfois qualifiées de « fétiches à clous » et ramenées dans des musées – vidées toutefois de la charge spirituelle que leur communauté d’origine leur attribuait.

La petite histoire des clous & des aiguilles en magie

Statuette nkisi nkondi en forme de chien. Source : Les Yeux d'Argus

Précision importante : pour les Congolais traditionnels, le clou n’était pas qu’un instrument de malédiction individuelle, mais il était surtout le support visible d’un contrat collectif, un rappel en fer de la présence protectrice (ou vengeresse) des ancêtres et esprits liés au nkondi.

Ailleurs sur le continent africain, on retrouve l’idée d’utiliser les clous pour fixer des influences bénéfiques ou maléfiques. En Afrique du Nord par exemple, jusqu’au début du 20ème siècle, les femmes de Blida en Algérie se rendaient en pèlerinage auprès d’un antique olivier sacré : chacune y enfonçait un clou pour conjurer ses peines et ses maladies, transférant symboliquement son mal dans l’arbre. Ce rite rappelle directement la tradition des arbres à clous européens que l'on a vu plus haut, preuve d’une convergence symbolique au-delà des cultures. De même, en pays berbère et jusqu’en Perse, on honorait autrefois certains arbres vénérés en les couvrant de clous ou d’objets pointus : le voyageur Jean Chardin rapporte qu’en Perse au 17ème siècle, le peuple clouait des morceaux d’étoffes ou des objets aux troncs des direkht-i-fazel (“arbres excellents”) comme offrandes votives accompagnant des vœux. Chaque clou planté était une prière matérialisée, un message confié à l’arbre sacré et aux esprits qui l’habitent.

Enfin, la symbolique du clou lié à la mort et aux esprits se retrouve également en Afrique. Chez certains peuples du Cameroun ou du Bénin, les féticheurs utilisaient des pointes de fer pour “attacher” une entité maléfique à un lieu ou pour clôturer un rituel funéraire. L’idée qu’un clou puisse emprisonner une âme errante n’est pas étrangère aux traditions africaines : on rapporte ainsi qu’au sud du Vietnam (culture influencée par la diaspora asiatique, mais aussi par des croyances locales africaines importées via le commerce), on fixait l’esprit d’un défunt inconnu dans sa tombe en enfonçant un gros clou de fer dans le tertre funéraire à l’emplacement de la tête. Cette pratique, bien que relevée au Vietnam, fait écho aux préoccupations universelles d’empêcher les morts de revenir tourmenter les vivants – une préoccupation que l’on retrouve également en Europe (où l’on clouait parfois les linceuls et bien plus couramment les cercueils, pour « retenir » les morts) et en Afrique traditionnelle.

3. Pointes sacrées et malédictions clouées en Asie

Les cultures d’Asie ont elles aussi intégré les clous et les aiguilles dans des usages magiques très variés, liés à la religion populaire ou aux pratiques locales. En Asie orientale, l’un des rituels de malédiction les plus connus est japonais : le Ushi no toki mairi, littéralement “visite du sanctuaire à l’heure du Bœuf”). Cette cérémonie secrète, attestée dès l’époque Edo, met en scène une personne – traditionnellement une femme délaissée ou vindicative – qui se rend au milieu de la nuit dans un sanctuaire shintō pour y effectuer un envoûtement plutôt inquiétant. Vêtue de blanc, coiffée d’un bandeau surmonté de trois bougies allumées, elle cloue sur l’arbre sacré du temple une effigie de paille représentant sa cible tout en psalmodiant sa malédiction. Chaque nuit, pendant sept nuits consécutives à “l’heure du Bœuf” (entre 1h et 3h du matin), le rite est répété, enfonçant un peu plus le sort. Si nul ne l’interrompt en la surprenant (car être témoin annulerait le sortilège, dit-on), la croyance veut qu’au terme du septième clou, la victime désignée meure inéluctablement... Des légendes racontent que la silhouette fantomatique de cette femme apparait sous les arbres sacrés, son visage tordu par la haine et éclairé par les flammes vacillantes, le marteau retentissant à chaque coup sur le clou qui scelle le destin de son ennemi. Il semblerait qu'à l’origine (selon certaines estampes du 18ème siècle), le rituel pouvait se faire sans poupée, les clous étant directement enfoncés dans l’arbre pour que l’esprit du sanctuaire exauce la vengeance. Ce n’est que plus tard que l’effigie de paille empalée devint courante dans la pratique, un peu à la manière des poupées d’envoûtement occidentales. Quoi qu’il en soit, Ushi no toki mairi illustre parfaitement le rôle symbolique du clou : instrument de canalisation de la rancune, il fixe la malédiction sur la cible sans retour possible.

La petite histoire des clous & des aiguilles en magie

Dessin du rite Ushi no toki mairi. Source : Hyakumonogatari

D’autres sociétés d’Asie de l’Est ont connu des usages analogues. En Chine ancienne, bien que les clous métalliques soient moins évoqués dans les textes, on parle de figurines en papier ou en tissu percées d’épingles pour jeter le mauvais œil, notamment dans la magie taoïste populaire. Des chroniques médiévales chinoises mentionnent des « poupées de malédiction » brûlées ou percées puis abandonnées sur les chemins de la personne visée. En Corée, certaines légendes font état de moines s’auto-clouant la paume ou l’oreille sur la porte d’un temple en signe d’extrême serment, ou de chamanes utilisant des aiguilles pour punir un esprit malfaisant logé dans le corps d’un malade (rappelant l’acupuncture, mais à des fins d’exorcisme). Si ces exemples asiatiques sont moins documentés archéologiquement, ils montrent néanmoins la diffusion du motif de la pointe magique en Orient.

En Asie du Sud et en Himalaya, on retrouve surtout les clous dans des pratiques thérapeutiques et votives. Au Népal, un antique sanctuaire de Katmandou dédié à Vaisha Dévi était célèbre pour son tronc couvert de pièces de monnaie clouées : les personnes souffrant de rage de dents (encore ce mal) y enfonçaient une roupie dans le bois avec un clou, afin de calmer la douleur en l’offrant à la déesse des dents. Des milliers de pièces tapissaient ainsi le tronc, chacun de ces clous monétaires représentant l’espoir d’une guérison. De même, en Inde rurale, il existe des coutumes où l’on cloue une lime (outil tranchant) au seuil de la maison pour repousser les bhuts (esprits malins) ou où l’on transperce de petites effigies de cire pour détourner un sort. Dans l’ancien monde perse et centre-asiatique, comme mentionné plus haut, on avait pris l’habitude de fixer des ex-voto sur des arbres ou des murs sacrés à l’aide de clous, pratique qui se retrouve aussi en Anatolie et jusqu’en Asie centrale chez certaines populations nomades qui clouaient des amulettes sur des “arbres à prières”.

Enfin, dans le Sud-Est asiatique, au confluent des influences indiennes, chinoises et locales, on trouve des usages étonnants des clous. Au Viêt Nam méridional par exemple, une tradition voulait que l’âme errante d’un étranger mort sur une terre inconnue puisse apporter le malheur. Le remède était de clouer cette âme dans sa sépulture : un long clou ou une barre de fer planté verticalement dans le tumulus, à l’emplacement de la tête du défunt, suffisait à immobiliser son spectre. Cette coutume avait pour but d’apaiser l’esprit en l’empêchant de sortir troubler les vivants. Elle montre, là encore, le pouvoir conféré au clou comme un sceau.

4. Épines rituelles et flèches invisibles dans les Amériques

Sur le continent américain, les traditions autour des objets pointus ont pris des formes diverses. Chez les civilisations amérindiennes précolombiennes, qui ne connaissaient pas le clou métallique avant l’arrivée des Européens, ce sont plutôt des épines végétales ou des pointes d’os qui jouaient un rôle équivalent dans les rituels. Les Mayas et les Aztèques pratiquaient par exemple l’autosacrifice sanguin : rois, nobles ou prêtres se perçaient la langue, les oreilles ou les membres à l’aide d’épines d’agave (maguey) ou de pointes affûtées en os et obsidienne, pour offrir leur sang aux dieux. Ces épines sacrées étaient ensuite déposées dans des paniers ou plantées sur des supports en guise d’offrande sanglante. Des fresques de Teotihuacán, au Mexique, montrent des prêtres brandissant des épines d’agave ensanglantées lors de cérémonies. Ce don de sang par la piqûre rituelle avait une signification spirituelle importante : il permettait d’entrer en communication avec le divin et de renouveler le pacte. Comme l’ont noté les chercheurs, « l’utilisation des épines d’agave dans les rites de pénitence [...] faisait entrer les pénitents dans l’univers de la guerre, du sacrifice et de la mort » – en d’autres termes, en s’ouvrant la peau avec une épine, le fidèle rejoignait symboliquement les dieux dans leur sacrifice, fixant par le sang l’harmonie entre les mondes. Ainsi, bien que ce ne soient pas des clous de fer, les aiguillons végétaux des Mesoaméricains jouaient un rôle magique similaire, à mi-chemin entre l’offrande et l’auto-envoûtement pour le bien de la communauté.

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Offrande de sang aux épines d'agaves. Source : Musée d'art de Cleveland

Parallèlement, de nombreuses cultures indigènes d’Amérique du Nord et du Sud attribuaient les maladies ou la malchance à l’intrusion de petits objets pointus envoyés par un sorcier. Chez les peuples amazonIens, par exemple, on redoutait la "flèche invisible" du sorcier ennemi. Si une personne tombait gravement malade sans cause apparente, on pensait qu’un chaman malveillant lui avait littéralement tiré un dard offensif dans le corps, dard qui restait logé et provoquait le mal. Le rôle du chaman guérisseur était alors de retrouver et extraire cette pointe surnaturelle par la succion, le massage ou la cérémonie, ou bien de la renvoyer à l’expéditeur pour le neutraliser​. Ce concept de projectile occulte se retrouve chez les Yagua du Pérou, les Jivaros d’Équateur (qui parlaient de minuscules fléchettes de quartz logées dans le corps), ou encore chez certaines tribus nord-américaines comme les Penobscot, qui redoutaient les "flèches sorcières" invisibles. Bien sûr, ces aiguilles spirituelles ne sont pas des objets tangibles manipulés comme un clou ou une épingle, mais elles montrent comment l’idée de la perforation magique est universelle : pour nuire à quelqu’un, on lui envoie une pointe (réelle ou invisible) qui blesse l’âme ou le corps; pour guérir quelqu’un, on retire la pointe maligne qui s’y serait nichée. Les récits amérindiens abondent de chamanes vomissant ou exhibant de petites pierres pointues ôtées du corps du patient – preuve de leur victoire sur le mal.

Enfin, mentionnons l’influence des traditions importées en Amérique à l’époque coloniale, qui ont pu se mêler aux pratiques indigènes. Les esclaves africains déportés vers les Caraïbes et l’Amérique ont apporté avec eux leurs spiritualité (dont le vaudou), tandis que les colons européens amenaient la sorcellerie de l’Ancien Monde. De cette rencontre est née, notamment aux Antilles et en Louisiane, l’image populaire de la poupée “vaudou” percée d’épingles – en réalité un mélange de la dagyde européenne et du rituel vaudou local. Historiquement, les prêtres vaudou haïtiens (bokor) utilisaient plutôt des sachets de charmes (wangas) que de véritables poupées pour jeter des sorts. Mais l’idée de l’effigie à percer s’est imposée dans l’imaginaire occidental, surtout au 19ème siècle, en assimilant à tort ces pratiques à de l'exotisme. En fait, ce type de poupée cloutée relève d’une tradition magique britannique vieille de plusieurs siècles, importée en Amérique du Nord par les colons : oui, la poupée vaudou est en fait anglaise​. Qu’elle prenne la forme d’un gant rempli de clous trouvé sous le seuil d’une porte en Jamaïque (pratique d’empoisonnement dans l’Obeah caribéen), d’une poupée de chiffon piquée découverte dans le grenier d’une ferme de Nouvelle-Angleterre, ou encore des clous croisés sous le paillasson pour protéger une maison en Louisiane, la magie des pointes s’est perpétuée outre-Atlantique en épousant de nouveaux visages. Ces usages appartiennent cependant davantage à la mixité coloniale et afro-américaine qu’aux traditions strictement amérindiennes.

La petite histoire des clous & des aiguilles en magie


À travers ces pratiques, les clous, aiguilles, épingles et pointes se révèlent comme des prolongements de la volonté humaine sur l’invisible. Leur capacité à transpercer, fixer ou verrouiller en a fait des outils d’interaction entre le monde tangible et celui des forces agissantes, qu’elles soient protectrices, vengeresses ou curatives. Loin des caricatures ou des récupérations modernes, ces usages témoignent d’un regard ancien sur le monde, où chaque chose avait sa place, son poids, et son pouvoir. Aujourd’hui, interroger ces gestes, c’est aussi rouvrir le dossier de tous ces outils silencieux qui ont accompagné les rituels pendant des siècles. Et se demander : que reste-t-il, dans nos mains modernes, de cette mémoire piquée au fer ?

Sources : les informations et exemples mentionnés s’appuient sur des travaux historiques, archéologiques et anthropologiques tels que le Dictionnaire des Antiquités de Daremberg & Saglio, des études de folklore européen (notamment le recueil de Charles Frémont sur les clous, 1912), des recherches contemporaines publiées en 2023 sur les pratiques funéraires romaines​, ainsi que sur des sources muséales (Musée du Quai Branly, Musée of Witchcraft & Magic) et des archives ethnographiques (Jean Chardin, notes de terrain en Afrique du Nord). Ces références soulignent la richesse documentaire autour de la magie des clous, confirmant que chaque clou planté dans le passé, qu’il soit gage de guérison ou instrument de maléfice, a laissé une trace historique tangible que chercheurs et conservateurs ont pu étudier​.

Olivier d'Aeternum
Par Olivier d'Aeternum

Pagan encore en formation, je tâche de vous faire découvrir la richesse des pratiques, rituels, sabbats, esbats, déités et bien d'autres en les "vulgarisant" car je sais que ce n'est pas facile de bien faire ou même de savoir faire. J'espère que mes articles vous aideront à vous connecter encore mieux au monde spirituel. Je vous parle de la Wicca bien sûr, mais j'aborde aussi toutes les spiritualités comme les types de magies, le Vaudou, les magies religieuses et plus encore. Bon voyage !

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