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Navet du Diable
Navet du Diable

Grimoire botanique

Navet du Diable

4 min de lecture

Sous les haies, le Navet du Diable grimpe par des vrilles fines tandis qu’une racine énorme demeure cachée dans la terre. Cette racine a servi de fausse Mandragore. Taillée en petite figure humaine, replantée pour produire des « cheveux » puis vendue comme talisman, elle révèle l’un des mystères les plus matériels de la magie végétale : le faux fabriqué peut lui aussi engendrer une longue tradition.

Le nom désigne ici Bryonia dioica, aussi traitée comme Bryonia cretica subsp. dioica selon les flores. Ce n’est pas une Solanacée mais une Cucurbitacée, parente des courges. La ressemblance avec la Mandragore vient de la racine, non de la botanique ni de la chimie.

Toutes les parties exigent de la prudence, surtout la racine et les baies rouges. Le jus frais irrite la peau et l’ingestion peut provoquer une atteinte digestive sévère. L’histoire des faux talismans se travaille avec une image, de l’argile ou du papier.

La liane des haies et sa racine cachée

Bryonia dioica Jacq. est une plante grimpante des Cucurbitaceae. Ses tiges s’accrochent aux haies grâce à des vrilles, portent des feuilles palmées et donnent de petites fleurs verdâtres. Les pieds mâles et femelles sont séparés ; seuls les seconds produisent des baies qui deviennent rouges.

La racine tubéreuse peut atteindre une taille impressionnante. Le Wildlife Trust décrit une plante des haies et lisières, toxique dans toutes ses parties, dont les racines ont été vendues comme Mandragores. Northumberland Wildlife Trust, Bryone.

Le nom français Navet du Diable réunit l’apparence potagère et l’interdit. Ce « navet » ne doit jamais être traité comme un légume ni déterré pour l’examiner.

La fabrique des fausses Mandragores

La Mandragore méditerranéenne était rare et coûteuse dans le nord de l’Europe. Des vendeurs ont utilisé les racines de Bryone pour répondre à la demande. John Gerard dénonce au 16ème siècle ceux qui les sculptaient en hommes et en femmes afin de tromper les acheteurs.

T. F. Thiselton-Dyer reprend ce passage et précise que des racines étaient aussi guidées pendant leur croissance pour obtenir des formes singulières utilisées comme charmes. Thiselton-Dyer, The Folk-lore of Plants.

L’objet vendu ne se contentait pas d’imiter une espèce. Il imitait une histoire : corps humain, fortune, oracle et puissance de la racine arrachée. La Bryone montre comment le marché de la magie fabrique de l’authenticité.

Cheveux de millet et figure d’Alraune

Pietro Andrea Mattioli décrit au 16ème siècle des figures issues de Bryone blanche. La racine était taillée, percée puis replantée avec des grains de millet afin que les pousses ressemblent à des cheveux. Habillée ou gardée dans une boîte, elle pouvait être présentée comme Alraune.

Une étude ethnobotanique de Bryonia alba montre que le savoir écrit sur la Mandragore et les récits oraux de Bryone se sont entremêlés en Europe du Nord et de l’Est. Étude sur la Bryone comme substitut de Mandragore.

Le talisman a une biographie. Sa matière, le geste du sculpteur, le discours du vendeur et l’attente de l’acheteur participent tous à son pouvoir social.

Le remède médiéval et la substitution dangereuse

Le Herbarius Latinus du 15ème siècle mentionne la Bryone comme purgatif, diurétique et abortif. Elle apparaît aussi dans une préparation anesthésique médiévale appelée dwale, vraisemblablement comme substitut de la Mandragore, alors qu’elle ne partage pas ses alcaloïdes narcotiques.

Le Metropolitan Museum of Art souligne ce décalage entre ressemblance et action réelle. The Met Cloisters, Bryone médiévale.

L’épisode rappelle qu’une substitution rituelle peut devenir médicalement catastrophique. La forme humaine et le nom d’« English mandrake » ne transforment pas la Bryone en Mandragore.

Sculpter le faux sans toucher la racine

Modelez une petite racine humaine en argile autodurcissante. Marquez sur son dos « Bryone » et sur son socle « fausse Mandragore ». Cette double inscription empêche l’objet de devenir une imitation trompeuse.

Placez la figure dans une boîte avec une copie du passage de Gerard. Ajoutez une étiquette qui raconte sa fabrication, sa date et sa matière. Vous créez un talisman dont la provenance reste lisible.

Utilisez cette boîte lors d’une étude sur les faux, les substitutions et le commerce des curiosités. La question rituelle devient : « qu’est-ce qui donne sa valeur à cet objet ? » Aucun fragment de Bryone n’est requis.

Correspondances historiques

Repère Correspondance
Nom botanique Bryonia dioica Jacq.
Famille Cucurbitaceae
Noms Navet du Diable, Bryone dioïque, fausse Mandragore
Textes Gerard, Mattioli, Herbarius Latinus et traditions d’Alraune
Domaines magiques Substitution, talisman fabriqué, fortune, oracle et commerce
Support sûr Argile, boîte, étiquette et reproduction de texte
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