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Qui était vraiment Pierre Piobb ?
Portrait photographique authentique de Pierre Piobb publié dans L’Écho du Merveilleux le 15 juillet 1907 — Aeternum, blog & boutique ésotérique

Les Carnets d'Aeternum

Qui était vraiment Pierre Piobb ?

18 min de lecture

Pierre Piobb, pseudonyme de Pierre François Xavier Vincenti, occupe une place singulière dans l’occultisme français du début du 20ème siècle. Né à Paris le 12 avril 1874 et mort dans cette même ville le 12 mai 1942, il fut journaliste, traducteur, auteur de travaux sur l’astrologie, la magie, la géomancie, la mythologie et les textes prophétiques. Il chercha surtout à donner aux « sciences secrètes » une structure générale fondée sur les nombres, les correspondances, la géométrie et l’étude comparée des textes.

Le surnom moderne de « mage scientifique » résume assez bien son ambition. Piobb veut aborder les traditions occultes avec le même goût de l’ordre, du calcul, de l’observation et de la synthèse que les sciences de son époque. Pour lui, la magie n’est pas un chaos de superstitions mais un ensemble de lois, de nombres et de correspondances qu’un esprit méthodique peut tenter de retrouver.

Sa biographie a longtemps reposé sur une notice très favorable de Félix Cadet de Gassicourt publiée après sa mort. Les recherches généalogiques, les catalogues de la Bibliothèque nationale de France, les périodiques de l’époque et les documents de la Société des Sciences Anciennes permettent aujourd’hui de distinguer les faits bien établis des récits transmis par son entourage.

Pierre François Xavier Vincenti naît à Paris en 1874

La Bibliothèque nationale de France donne le 12 avril 1874 comme date de naissance de Pierre François Xavier Vincenti. Les recherches menées dans l’état civil parisien précisent qu’il naît au 14 rue Notre-Dame-de-Lorette, dans le 9ème arrondissement.

Sa mère, Louise Henriette Angélique Amélie Allard, meurt quatre jours après sa naissance. Son père, Jean Vincent Vincenti, exerce la médecine et avait servi comme chirurgien-major auprès des zouaves pontificaux. Piobb grandit donc sans sa mère, puis perd son père en février 1892.

La famille paternelle est liée à la Corse et au village de Piobetta, en Castagniccia. C’est de ce nom que viendra le pseudonyme « Piobb ». Les documents biographiques expliquent que ses camarades l’appelaient « Piobbeta » et qu’il en retint une forme abrégée pour signer ses articles. La BnF recense d’ailleurs plusieurs formes de son nom : Pierre Vincenti, Pierre Vincenti da Piobetta, P. V. Piobb et Pierre Piobb.

Plusieurs documents le présentent sous le titre de comte Vincenti ou comte Pierre Vincenti-Piobb. Ce titre appartient à l’identité sociale sous laquelle il apparaît dans une partie de la presse et sur sa sépulture.

Pour éviter d’entrer dans une généalogie nobiliaire difficile à reconstruire entièrement, il est plus sûr de retenir que le titre est employé dans les sources contemporaines et postérieures sans en faire le centre de sa biographie. Pierre Vincenti étudie au collège Stanislas à Paris.

Cette formation catholique et classique lui donne une bonne culture littéraire et scientifique. Les biographies issues de son entourage lui attribuent ensuite des études à la Sorbonne puis à la faculté de droit, avec des licences en lettres, sciences et droit.

Ces détails viennent principalement de sources biographiques posthumes et sont moins faciles à vérifier individuellement que ses publications ou son état civil. À la fin du 19ème siècle, Piobb voyage en Europe et dans l’Atlantique Nord.

Il séjourne notamment en Corse, en Italie, en Angleterre, en Écosse et en Islande. En 1904, il publie dans Le Tour du monde un long reportage sur l’Islande, accompagné de photographies qu’il a prises lui-même.

Cette activité montre qu’il est déjà journaliste et voyageur bien avant de devenir connu comme auteur occultiste. À dix-neuf ans, Pierre Piobb fonde ou dirige à Ajaccio un journal intitulé L’Écho de la Corse.

Les sources biographiques divergent sur la durée exacte de cette expérience, mais elles situent toutes son entrée dans le journalisme au début des années 1890. Il collabore ensuite à plusieurs titres parisiens et développe une carrière de journaliste politique, scientifique et parlementaire.

Piobb écrit pour Le Monde illustré, La Paix, Lectures modernes, Nos Loisirs, La Revue des Revues, La Liberté et L’Information, selon les notices biographiques de son entourage. Il couvre des sujets politiques, industriels, scientifiques et régionaux.

Cette activité explique sa grande facilité à produire des livres de vulgarisation structurés et à organiser des conférences. Il n’arrive donc pas dans l’occultisme comme un homme coupé du monde social : il connaît la presse, les institutions, les milieux parlementaires et les circuits de diffusion de l’information.

Piobb reste très attaché à la Corse. Il publie des articles consacrés à son économie, au déboisement, au paludisme et à la situation sociale de l’île. En 1909 paraît La Corse d’aujourd’hui, ses mœurs, ses ressources, sa détresse. Le livre montre une facette très éloignée des talismans et de l’astrologie : celle d’un journaliste préoccupé par les infrastructures, l’agriculture, les routes, l’émigration et les difficultés administratives.

Quand commence réellement son intérêt pour l’occultisme ?

Les biographies tardives ont tendance à faire commencer très tôt sa vocation ésotérique. Piobb lui-même donne une chronologie plus sobre dans un article de 1935 consacré à ses « 33 ans d’occultisme ».

Il y explique qu’en 1902 il ouvre à la Bibliothèque nationale un ouvrage hermétique du 15ème siècle qu’il ne comprend d’abord presque pas. Il situe ensuite vers 1903 le moment où il se met réellement à étudier systématiquement astrologie, magie, alchimie, Kabbale et hermétisme.

Cette origine est importante pour comprendre Piobb. Son entrée dans l’occultisme passe d’abord par les textes. Il travaille à la Bibliothèque nationale, à la Bibliothèque de l’Arsenal et consulte également des collections britanniques. Il se forme moins par la transmission d’un maître que par la comparaison de manuscrits, d’éditions anciennes et d’ouvrages techniques.

Le médecin et philosophe anglais Robert Fludd devient l’un des auteurs majeurs de ses recherches. La BnF confirme qu’en 1907 Piobb publie une traduction annotée d’une partie de l’Utriusque cosmi, consacrée à l’astrologie générale.

Une traduction du De geomancia est également associée à Piobb, mais l’édition française recensée par la BnF paraît après sa mort, en 1947. La traduction semble donc avoir été accomplie plus tôt, tandis que sa publication éditoriale définitive intervient après la mort de Piobb.

1907, le Formulaire de haute magie

En 1907, Pierre Piobb publie son premier grand livre occulte, Formulaire de haute magie. La Bibliothèque nationale de France en conserve l’édition originale publiée chez H. Daragon. Le livre rassemble invocations, talismans, correspondances, tables, procédés et références historiques. Son titre pratique pourrait laisser croire à un simple livre de recettes, mais Piobb cherche déjà à ordonner le matériau selon une logique générale.

Le Formulaire de haute magie connaîtra plusieurs versions. Piobb donne notamment en 1937 une nouvelle édition largement remaniée et augmentée. Cette évolution montre qu’il ne considère pas son premier livre comme un système achevé. Son travail progresse par reprises, corrections et réorganisation des correspondances.

La même année, Piobb publie dans L’Écho du Merveilleux un article consacré à des expériences réalisées avec le journaliste Henri Christian. Il interprète ces séances comme des expériences d’extériorisation des facultés sensorielles.

Le vocabulaire du temps parle de « sorties en astral ». Ces récits sont historiquement intéressants parce qu’ils montrent sa volonté d’expérimenter, mais ils ne constituent pas une démonstration scientifique de projection hors du corps.

En 1908 puis 1909 paraît L’Année occultiste et psychique. La BnF décrit la publication comme un exposé des observations et travaux menés en France et à l’étranger dans des domaines allant de l’astrologie au magnétisme, en passant par l’alchimie, le spiritisme et la symbolique. Ce projet résume bien son ambition : produire une revue d’activité comparable à un annuaire de recherches. En 1907, Piobb se rapproche de François-Charles Barlet.

Barlet appartient à la génération de Papus et de Stanislas de Guaita. Il anime alors un groupe de chercheurs intéressés par l’astrologie et les sciences occultes. Ce milieu contribuera directement à la formation de la Société des Sciences Anciennes.

1909, la Société des Sciences Anciennes

La Société des Sciences Anciennes est déclarée le 20 mars 1909 selon les documents conservés par les chercheurs consacrés à Piobb. Le bulletin de l’année 1909 donne Pierre Piobb comme président et Oswald Wirth comme vice-président.

On y retrouve aussi Eudes Picard, Horace Choisy, Jacques Brieu et plusieurs spécialistes de symbolisme, astrologie et traditions anciennes. La BnF associe directement Pierre Piobb à cette société dans sa notice d’autorité.

Les biographies issues de l’entourage de Piobb affirment que la Société des Sciences Anciennes fut admise parmi les sociétés savantes reconnues par le ministère de l’Instruction publique. Cette formule a ensuite été transformée dans plusieurs notices modernes en « association reconnue d’utilité publique ».

Les deux statuts ne sont pas équivalents. Il est donc préférable de conserver la formulation des sources du temps et de ne pas attribuer à l’association un statut juridique plus fort que celui que les documents permettent d’établir.

La société organise des cours et des conférences au Palais du Trocadéro. Piobb y enseigne notamment les conceptions astrologiques du Moyen Âge. Des figures comme Oswald Wirth, Paul Vulliaud, Albert Jounet et plusieurs autres collaborateurs interviennent également. Ces séances donnent une dimension publique à des sujets jusque-là cantonnés à des revues et petits groupes ésotériques.

En novembre 1910, un Congrès international de psychologie expérimentale se tient à Paris. Un compte rendu de La Vie mystérieuse cite Pierre Piobb parmi les membres du comité dirigeant. Des publications contemporaines le présentent également comme président de la cinquième commission et vice-président du comité international. Ces intitulés montrent sa volonté de placer les recherches occultes et psychiques dans un vocabulaire expérimental, sans signifier que ses hypothèses aient été validées par la psychologie universitaire.

En 1911 paraît L’Évolution de l’occultisme et la science d’aujourd’hui. Piobb y compare plusieurs idées occultistes aux découvertes de la physique, de l’électricité, de la psychologie et des recherches psychiques de son temps.

Le livre appartient à une période où de nombreux auteurs pensent que les nouvelles sciences finiront par expliquer les phénomènes autrefois attribués à la magie. Il constitue donc un document sur l’optimisme scientifique de l’occultisme du début du 20ème siècle.

Pourquoi son occultisme se dit-il scientifique ?

Piobb emploie le langage de la science pour trois raisons. Il cherche des régularités plutôt que des révélations individuelles. Il classe les données dans des tableaux, rapports numériques et correspondances géométriques. Enfin, il veut soumettre les traditions à la comparaison plutôt que de les accepter uniquement parce qu’un ordre initiatique les déclare anciennes.

Cette méthode reste une démarche occultiste : elle ne transforme pas l’astrologie, la magie ou les correspondances symboliques en disciplines scientifiques reconnues. En 1908, Piobb publie Vénus, la déesse magique de la chair.

L’ouvrage devait ouvrir une série plus vaste consacrée à plusieurs figures divines. Piobb cherche dans les mythes des structures symboliques et des lois qu’il estime communes à plusieurs traditions.

La série complète projetée ne verra pas le jour de son vivant. Pour Piobb, les mythes ne sont pas de simples récits imaginaires. Ils contiennent selon lui un enseignement technique voilé par des personnages et des épisodes symboliques. Cette manière de lire la mythologie était répandue chez plusieurs occultistes de son époque.

Elle doit être distinguée des méthodes actuelles de l’histoire des religions et de la philologie. La guerre de 1914 brise l’activité de la Société des Sciences Anciennes. Plusieurs membres sont mobilisés ou disparaissent. Piobb réduit fortement ses publications occultistes pendant cette période. Sa carrière se déplace alors vers la presse, la diplomatie d’influence et les milieux politiques.

Le ministère des Affaires étrangères

Les biographies issues de son entourage indiquent qu’il travaille pendant la guerre dans des activités liées à la propagande et à l’information extérieure. La décoration de la Légion d’honneur qu’il recevra plus tard est attribuée au titre des Affaires étrangères.

Cette partie de sa vie rappelle encore son double profil : auteur ésotérique d’un côté, journaliste et homme de réseaux politiques de l’autre. Après la guerre, les notices biographiques le placent dans l’environnement du bureau de presse parisien du résident général de France au Maroc.

Il travaille ainsi dans les réseaux liés au maréchal Lyautey puis à ses successeurs. Les récits détaillés sur la distribution de fonds secrets à la presse viennent surtout de sources mémorielles et doivent être maniés avec prudence. Ce qui est assuré est son activité journalistique et politique durable au-delà du seul milieu occultiste. Pierre Piobb est fait chevalier de la Légion d’honneur le 19 août 1927.

La notice du cimetière du Père-Lachaise renvoie au dossier de la base Léonore et précise que la distinction est accordée au titre des Affaires étrangères. L’inscription figure également sur son monument funéraire.

Le retour public à Nostradamus

Dans les années 1920, Piobb revient à l’occultisme par l’étude des textes prophétiques. Charles Blech lui ouvre en 1924 la salle de la Société théosophique du square Rapp pour une première conférence consacrée à Nostradamus. Il reprend le sujet en 1927 dans une série de conférences. Le livre Le Secret de Nostradamus paraît la même année chez Adyar.

Piobb refuse de lire les Centuries comme un simple ensemble de visions spontanées. Il recherche des procédés de calcul, des structures géométriques et un système chrono-cosmographique derrière le texte.

Il défend aussi des hypothèses relatives à une origine templière et à des directives historiques codées. Ces thèses appartiennent à son système personnel et ne sont pas retenues par la recherche universitaire actuelle sur Nostradamus.

Le livre reste néanmoins précieux pour comprendre une étape de l’histoire de la réception de Nostradamus. Il montre comment un occultiste du début du 20ème siècle cherche à remplacer l’interprétation intuitive des quatrains par une méthode géométrique et astrologique. Ce projet est cohérent avec toute l’œuvre de Piobb : transformer les textes occultes en structures calculables. En 1939, Piobb publie Le Sort de l’Europe.

Il y rapproche Nostradamus, la prophétie des papes attribuée à saint Malachie et d’autres corpus prophétiques. Le contexte européen est évidemment déterminant : la guerre approche et les textes prophétiques connaissent un regain d’intérêt. Piobb réévalue lui-même certaines positions défendues en 1927, signe que son système continue à évoluer.

L’astrologie au centre de sa pensée

L’astrologie reste l’un des axes les plus constants de ses recherches. Il ne la réduit pas à la production d’horoscopes individuels. Il cherche à comprendre les structures géométriques, temporelles et astronomiques qui, selon lui, organisent les correspondances entre ciel et événements. Cette astrologie sert ensuite de matrice à sa lecture de la magie, de la mythologie et des prophéties.

Piobb développe l’idée que les faits humains peuvent être replacés dans un « moment cosmique » défini par plusieurs rapports célestes et géométriques. Il présente cette théorie au congrès de psychologie expérimentale de 1910.

Le terme de déterminisme donne à son système une apparence de loi générale. Il ne faut cependant pas confondre cette construction astrologique avec un déterminisme démontré par les sciences expérimentales.

Au fil des années, les figures géométriques prennent une place croissante dans son travail. Le cercle, les divisions angulaires, les polygones et les rapports numériques servent à relier astrologie, tarot et symbolisme.

Piobb cherche ainsi une grammaire commune derrière plusieurs traditions. La postérité de Piobb retient particulièrement ses rapprochements entre les vingt-deux arcanes majeurs du tarot et des constructions géométriques.

Il interprète les lames moins comme de simples cartes divinatoires que comme éléments d’un système numérique. Cette lecture appartient à l’occultisme mathématisant du 20ème siècle et ne correspond pas à l’histoire médiévale réelle des cartes.

Notre article Comprendre le tarot permet de distinguer l’histoire du jeu et ses réinterprétations occultistes. Les milieux associés à Piobb diffèrent fortement de l’orientation prise par René Guénon.

Guénon critique l’occultisme moderne, les sociétés psychiques et les tentatives de traiter les traditions comme des sciences expérimentales. Piobb, Wirth, Francis Warrain et plusieurs auteurs de son entourage représentent au contraire une approche très occidentale et rationalisante du symbolisme. Il est donc plus exact de parler de deux conceptions opposées de l’ésotérisme que d’une simple querelle personnelle.

Piobb et la franc-maçonnerie

Des documents maçonniques cités par ses biographes indiquent que Piobb appartenait à la Grande Loge de France au début des années 1910. Cette affiliation cadre avec ses relations avec Oswald Wirth et plusieurs membres de la Société des Sciences Anciennes. Elle reste moins centrale dans son œuvre publique que l’astrologie et la magie. Piobb connaît le même environnement intellectuel que Papus sans être son disciple direct.

Il fréquente Barlet, Wirth et plusieurs collaborateurs du mouvement papusien. Des récits postérieurs ont même inventé une hostilité occulte entre Piobb et Papus, allant jusqu’à l’accuser d’avoir provoqué la mort de ce dernier par magie. Aucune source solide ne permet de retenir cette histoire. Une partie de la postérité de Piobb passe par le médecin Pierre Mabille.

Plusieurs témoignages indiquent que Mabille suivit ses enseignements et transmit ensuite certaines de ses idées dans des milieux proches du surréalisme. André Breton possédait et lisait plusieurs ouvrages de Piobb. Il faut cependant distinguer cette circulation des livres d’une influence directe et systématique de Piobb sur l’ensemble du mouvement surréaliste.

La Clef universelle des sciences secrètes

Dans les dernières semaines de sa vie, Piobb travaille à ce qui deviendra Clef universelle des sciences secrètes. Les sources biographiques situent la rédaction finale entre janvier et mars 1942. La Bibliothèque nationale de France confirme que le premier volume ne paraît qu’en 1950, suivi de volumes en 1951 et 1954. L’ouvrage est donc entièrement posthume dans sa publication.

Le premier volume porte un sous-titre indiquant que Piobb travaille « d’après les indications de la Polygraphie de Jean Trithème ». Il considère les systèmes de chiffrement, les nombres et les correspondances de Trithème comme une clé permettant de relire de nombreuses traditions. L’objectif est ambitieux : proposer un langage commun pour magie, alchimie, astrologie, mythologie et symbolisme. Le titre Clef universelle exprime la conviction de Piobb.

Il pense avoir identifié des structures communes qui permettraient de passer d’une science secrète à une autre. Cette architecture appartient d’abord au regard synthétique de Piobb : il cherche derrière l’alchimie, l’astrologie, la Kabbale et les grimoires une trame commune que les traditions elles-mêmes ne formulent pas toujours explicitement. Les alchimistes, astrologues, kabbalistes et auteurs de grimoires n’ont pas tous travaillé à partir d’un seul système géométrique universel.

Mort à Paris en 1942

Pierre Piobb meurt le 12 mai 1942 à Paris. La BnF précise le 7ème arrondissement ; des recherches d’état civil donnent le 8 rue Sédillot. Il a soixante-huit ans. Ses obsèques ont lieu le 16 mai en l’église Saint-Pierre-du-Gros-Caillou.

Piobb est inhumé au cimetière du Père-Lachaise. La notice actualisée des Amis et Passionnés du Père-Lachaise situe sa sépulture dans la **49ème division**, avenue Transversale n°1. Le monument porte l’inscription « homme de lettres et de science » et rappelle sa Légion d’honneur. Notre Guide des occultistes au Père-Lachaise permet de replacer Piobb parmi les auteurs ésotériques liés au cimetière parisien.

Piobb n’a pas de descendance directe selon les biographies spécialisées. Une partie de ses papiers est dispersée après 1942. Maurice Francis Nouveau, qui prendra le nom Nouveau-Piobb, publiera ensuite plusieurs textes présentés comme issus de cet héritage. Ces publications doivent être distinguées des ouvrages directement rédigés et publiés par Pierre Piobb.

Son œuvre se trouve entre plusieurs mondes. Elle est trop occultiste pour entrer dans l’histoire classique des sciences. Elle est également moins liée aux grandes lignées initiatiques que celles de Papus, Guaita ou Wirth. Enfin, ses systèmes numériques et géométriques demandent une lecture plus technique que les livres de vulgarisation ésotérique ordinaires.

L’originalité de Piobb réside moins dans une doctrine magique particulière que dans sa manière de travailler. Il veut comparer, ordonner, calculer et établir des correspondances. Il traite l’occultisme comme un ensemble de problèmes à résoudre plutôt que comme une révélation transmise par un maître. Cette attitude explique aussi bien son intérêt pour les manuscrits que ses tentatives de dialogue avec la psychologie expérimentale.

Ses livres sont particulièrement intéressants comme témoins d’un moment où certains occultistes pensaient pouvoir rapprocher science moderne et traditions anciennes. Le Formulaire de haute magie montre l’effort de compilation et de classement.

L’Évolution de l’occultisme montre son dialogue avec le vocabulaire scientifique de 1911. Le Secret de Nostradamus et la Clef universelle montrent enfin la recherche d’une structure cachée derrière histoire, symboles et prophéties.

Ces ouvrages gagnent à être lus comme les constructions d’un auteur du 20ème siècle, et non comme la restitution intacte d’une science secrète transmise depuis l’Antiquité. Le 18 novembre 1904, Pierre Vincenti épouse à Levallois-Perret Marguerite Juliette Dagouret, appelée Suzanne dans plusieurs documents familiaux.

Les recherches généalogiques consacrées à Piobb permettent de fixer cette date grâce à l’état civil. Le couple n’a pas de descendance connue. Cette absence d’héritier direct contribuera, après 1942, à la dispersion d’une partie des papiers et objets conservés par Piobb.

Piobb ne limite pas ses travaux à l’astrologie et à la magie cérémonielle. En 1908, il publie dans La Revue des Revues un article consacré à la fabrication de l’or et aux théories alchimiques.

Son objectif n’est pas de raconter l’alchimie comme une succession de miracles. Il cherche à comparer les anciennes doctrines de transmutation avec les transformations de la matière discutées par la physique et la chimie de son temps.

Cette démarche sera reprise dans L’Évolution de l’occultisme et la science d’aujourd’hui. Elle constitue un exemple clair de sa méthode : rapprocher un vocabulaire ancien d’un langage scientifique contemporain, quitte à établir des analogies que la science actuelle ne reprendrait pas.

Il est régulièrement présenté comme indépendant des grands ordres occultistes, ce qui est juste si l’on parle de sa position doctrinale. Cette indépendance ne signifie cependant pas absence totale d’affiliation. Les recherches documentaires consacrées à Piobb citent La Lumière maçonnique de 1910 et 1912 pour attester une appartenance à la Grande Loge de France, au Rite Écossais.

Piobb ne construit pas son œuvre comme le porte-parole d’une obédience, mais il connaît directement le monde maçonnique et ses réseaux, qui nourrissent son goût des symboles, des grades et des architectures initiatiques. Après la Première Guerre mondiale, son activité publique se déplace nettement vers le journalisme politique et les réseaux liés aux Affaires étrangères.

Les biographies issues de son entourage lui attribuent un rôle important dans le bureau de presse parisien du résident général au Maroc. Elles indiquent également qu’il combat, dans les années 1920 et 1930, les revendications irrédentistes italiennes sur la Corse et cherche à rapprocher des responsables corses de tendances opposées sur cette question.

Ces épisodes sont moins abondamment documentés que sa bibliographie occultiste, mais ils montrent qu’il ne se retire jamais dans une carrière exclusivement ésotérique. Après sa mort, plusieurs auteurs se réclament directement ou indirectement de Piobb.

Maurice Francis Nouveau adopte le nom Nouveau-Piobb et publie des textes qu’il rattache à l’héritage de son « père spirituel ». D’autres auteurs, notamment Pierre Mabille, Jean Carteret ou Raymond Abellio, ont été rapprochés de ses recherches sur les structures, les nombres et la géométrie.

Ces influences ne possèdent pas toutes le même degré de preuve. La lecture de Piobb dans certains milieux intellectuels est attestée ; l’idée d’une filiation doctrinale continue doit, elle, être examinée auteur par auteur.

Sources et repères

La Bibliothèque nationale de France fournit la base biographique la plus solide : Pierre Piobb est le pseudonyme de Pierre François Xavier Vincenti, né le 12 avril 1874 et mort le 12 mai 1942 à Paris 7ème. La BnF le décrit comme auteur d’ouvrages de magie et d’ésotérisme et traducteur du latin.

Le catalogue de la BnF permet également de suivre sa bibliographie : Formulaire de haute magie en 1907, L’Année occultiste et psychique en 1908-1909, Le Secret de Nostradamus en 1927, Le Sort de l’Europe en 1939, puis les trois volumes posthumes de la Clef universelle des sciences secrètes en 1950, 1951 et 1954.

Le site documentaire Matemius rassemble actes d’état civil, articles de presse et reproductions de documents concernant Piobb. Il est particulièrement utile pour sa carrière journalistique, la Société des Sciences Anciennes et son article autobiographique de 1935, tout en reprenant aussi des traditions issues de disciples qu’il faut contrôler séparément.

Le compte rendu du Congrès international de psychologie expérimentale de 1910, publié dans La Vie mystérieuse, cite Pierre Piobb parmi les membres du comité dirigeant et documente le contexte dans lequel il cherche à rapprocher recherches psychiques et méthodes expérimentales.

La notice des Amis et Passionnés du Père-Lachaise confirme sa Légion d’honneur du 19 août 1927 et situe sa tombe dans la 49ème division.

Enfin, la photographie utilisée en couverture est un portrait authentique de Pierre Piobb publié dans L’Écho du Merveilleux, n°253, le 15 juillet 1907. Elle appartient à la documentation d’époque consacrée à ses premières publications occultistes.

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