Saint Luc est associé à deux œuvres essentielles du Nouveau Testament : le troisième Évangile et les Actes des Apôtres. Le premier raconte la vie de Jésus en donnant une place remarquable à la miséricorde, aux pauvres, à la prière et à des personnages dont d’autres récits parlent peu. Le second suit l’annonce de la Résurrection depuis Jérusalem jusqu’à Rome. La tradition chrétienne identifie leur auteur à Luc, compagnon de saint Paul, et le représente sous le signe du taureau ailé. Cette attribution, les particularités de son écriture et la naissance de sa dévotion offrent plusieurs chemins pour découvrir l’évangéliste.
| Époque | 1er siècle |
|---|---|
| Rôle | Évangéliste selon la tradition chrétienne |
| Textes | Évangile selon Luc et Actes des Apôtres |
| Attribut | Taureau ailé, livre et à certaines occasions instruments de peinture |
| Patronages | Artistes, peintres et professions de soin |
| Fête | 18 octobre |
Un auteur qui s’adresse à Théophile
Le troisième Évangile commence par un prologue singulier. Son auteur explique que plusieurs récits ont déjà été composés et qu’il souhaite présenter à Théophile un exposé suivi afin de confirmer l’enseignement reçu. Les premières lignes témoignent d’une volonté de mettre en ordre les traditions transmises sur Jésus. Elles ne se présentent pas comme la transcription immédiate d’un témoin présent à chacune des scènes racontées, mais comme un ouvrage fondé sur la transmission de témoignages.
Les Actes des Apôtres commencent eux aussi par une adresse à Théophile et renvoient au premier livre. Cette continuité littéraire explique que les deux ouvrages soient fréquemment étudiés ensemble sous le nom de « Luc-Actes ». L’Évangile s’achève sur la Résurrection et l’Ascension ; les Actes ouvrent sur la mission des apôtres et l’effusion de l’Esprit à la Pentecôte.
L’identité exacte de Théophile n’est pas connue. Il peut s’agir d’un destinataire particulier ou d’une figure qui évoque plus largement celui qui aime Dieu. Ce nom, comme les indications de l’auteur sur sa méthode, permet de comprendre l’ambition de l’œuvre : transmettre la mémoire de Jésus et montrer comment elle devient le fondement d’une annonce portée à de nouveaux peuples.
Luc, compagnon de Paul dans la tradition
La tradition ancienne associe l’évangéliste à un homme nommé Luc dans certaines lettres du Nouveau Testament. Colossiens 4, 14 mentionne « Luc, le médecin bien-aimé », tandis que Philémon 24 cite un Luc parmi les collaborateurs de Paul. La deuxième lettre à Timothée contient également une allusion à sa présence. Ces passages ont joué un rôle majeur dans l’identification de l’auteur chrétien.
Dans les Actes, certaines parties du récit des voyages de Paul emploient la première personne du pluriel, le « nous ». Les lecteurs anciens y ont vu le souvenir d’un compagnon de voyage. Les spécialistes étudient cependant la fonction littéraire de ces passages et les conditions dans lesquelles les deux livres ont été rédigés. Il convient donc de distinguer l’attribution traditionnelle à Luc des questions historiques encore examinées concernant l’auteur.
Luc ne figure pas parmi les douze apôtres nommés dans les Évangiles. Son titre d’évangéliste désigne sa place dans la transmission écrite de la vie de Jésus. Le nom de saint Luc appartient ainsi au monde des premiers témoins chrétiens, tout en renvoyant à une œuvre littéraire dont la composition révèle une véritable culture de l’écriture.
Les récits de l’enfance de Jésus et la place de Marie
Luc raconte l’annonce faite à Zacharie, puis celle adressée à Marie par l’ange Gabriel. Son récit de la naissance de Jésus fait apparaître Bethléem, les bergers et les paroles prononcées au Temple. Il accorde à Marie une place importante, notamment à travers le Magnificat, hymne de louange où la miséricorde divine est proclamée envers les humbles. Ces scènes ont exercé une influence immense sur la liturgie, le chant et l’art chrétien.
L’épisode des bergers, qui reçoivent les premiers l’annonce de la naissance, manifeste une attention particulière aux personnes modestes. Luc met également en scène Élisabeth, Anne la prophétesse et plusieurs autres figures féminines. Elles participent à la réception de la parole de Dieu et à la reconnaissance du Christ. Le récit ne construit pas seulement une généalogie familiale : il montre une communauté de personnages qui accueillent et transmettent une promesse.
La tradition a rapproché saint Luc de la Vierge Marie et lui a attribué des portraits anciens de la Mère de Dieu. C’est l’origine de son patronage des peintres et de la représentation de l’évangéliste devant une icône mariale. La relation personnelle et les tableaux attribués à Luc appartiennent à des traditions artistiques postérieures ; ils ne sont pas décrits dans le Nouveau Testament.
Le bon Samaritain, le fils retrouvé et la miséricorde
Plusieurs paraboles parmi les plus célèbres du christianisme se trouvent dans l’Évangile selon Luc. Au chapitre 10, Jésus raconte l’histoire du bon Samaritain pour répondre à une question sur le prochain. L’homme blessé au bord de la route reçoit l’aide de celui dont le groupe était tenu à distance. Le récit déplace ainsi le regard : l’amour du prochain se reconnaît à un acte de secours et de responsabilité.
Au chapitre 15, les paraboles de la brebis perdue, de la pièce retrouvée et du père accueillant son fils organisent un enseignement sur la joie du pardon. La scène du fils qui revient après avoir perdu son héritage a inspiré de nombreuses peintures et méditations. Elle n’est pas seulement une histoire d’indulgence : le père, le fils cadet et le fils aîné révèlent des manières différentes de vivre la relation et de comprendre la miséricorde.
Luc insiste également sur la prière, sur le danger de l’attachement aux richesses et sur le renversement des situations sociales. Les récits de Zachée et de la femme pécheresse accueillie par Jésus donnent à ces thèmes une forme narrative. La miséricorde n’y est pas présentée comme une idée abstraite, mais comme une relation qui transforme les décisions et les comportements.
De Jérusalem jusqu’à Rome dans les Actes des Apôtres
Les Actes des Apôtres prolongent la narration en décrivant les débuts des communautés chrétiennes. Le chapitre 2 présente la Pentecôte, où les disciples annoncent le Christ à des personnes venues de différentes régions. Pierre occupe une place importante dans la première partie, puis l’ouvrage suit davantage la mission de Paul, ses déplacements et les rencontres qui accompagnent la diffusion du message.
Les récits donnent à voir une Église confrontée aux questions d’identité, de justice et d’ouverture aux nations. La rencontre de Pierre et de Corneille, la réunion de Jérusalem et les voyages missionnaires soulignent les transformations provoquées par l’accueil de croyants non juifs. Le livre se termine sur la présence de Paul à Rome, où la proclamation de l’Évangile se poursuit malgré sa captivité.
La dimension géographique ne suffit pas à rendre compte de la structure des Actes. L’auteur veut montrer comment l’Esprit Saint guide la communauté et rend possible l’annonce au-delà des frontières initiales. La continuité entre Jésus et ses témoins constitue ainsi le véritable fil conducteur des deux ouvrages.
Le taureau ailé et les traditions artistiques
Dans l’iconographie chrétienne, saint Luc porte un livre et se trouve accompagné d’un taureau ailé. L’attribution des quatre êtres vivants aux évangélistes, issue d’une lecture de la vision d’Ézéchiel et de l’Apocalypse, s’est stabilisée dans la tradition occidentale. Le taureau renvoie notamment à l’ouverture de son Évangile sur les fonctions sacerdotales de Zacharie et sur le langage du sacrifice.
La plume, le pupitre et le manuscrit désignent le travail de l’évangéliste. Dans d’autres tableaux, Luc peint Marie tenant l’Enfant Jésus. Ces œuvres sont particulièrement intéressantes pour l’histoire de l’art chrétien : elles associent l’auteur d’un texte à la tradition des images mariales, en donnant aux peintres un saint patron de leur propre activité.
Les symboles iconographiques ne permettent pas de reconstituer le visage historique de Luc. Ils enseignent au spectateur la place qui lui est attribuée dans la transmission de l’Évangile et dans la mémoire de l’Église.
La fête du 18 octobre et la lecture de ses œuvres
Saint Luc est fêté le 18 octobre dans le calendrier romain. Sa mémoire est associée aux évangélistes, aux artistes et à ceux qui exercent des professions de soin, en relation avec le Luc médecin mentionné dans la tradition paulinienne. Ces patronages prolongent la réception chrétienne de son nom.
Pour découvrir cet auteur, la lecture conjointe des premiers chapitres de l’Évangile et du début des Actes offre un parcours éclairant. Elle montre comment les annonces de la naissance de Jésus se prolongent dans le récit de la mission apostolique. Les paraboles du bon Samaritain et du fils retrouvé permettent ensuite d’explorer son écriture de la miséricorde.
La mémoire de Luc est ainsi double : celle d’un compagnon des premières communautés selon l’identification traditionnelle, et celle d’un narrateur qui a donné à la vie de Jésus et aux commencements de l’Église une forme littéraire durable.
La relation entre le récit de Jésus et l'histoire des premières communautés peut être approfondie dans la fiche consacrée à la Bible et sa transmission. Elle permet de situer les deux ouvrages attribués à Luc dans l'ensemble des écrits reçus par les Églises.
Sources et références
Évangile selon Luc : chapitre 1 (prologue et annonces), chapitre 10 (bon Samaritain) et chapitre 15 (paraboles de la miséricorde).
Actes des Apôtres : chapitre 1 (adresse à Théophile) et chapitre 2 (Pentecôte).
Témoignages de la tradition : Colossiens 4, 14, mention de Luc médecin ; Irénée de Lyon, Contre les hérésies, III, 1, 1, pour l’attribution ancienne des Évangiles.
Illustration : Le Greco, Saint Luc peignant la Vierge (16ème siècle), œuvre ou photographie historique du domaine public.






























