Le Nazar est l’amulette de verre en forme d’œil bleu que l’on rencontre aujourd’hui de la Turquie aux Balkans, au Proche-Orient et bien au-delà. Ses cercles concentriques bleus, blancs et noirs sont destinés à protéger contre le « mauvais œil », un regard chargé d’envie auquel la tradition attribue la capacité d’attirer le malheur. Une distinction est essentielle : le Nazar n’est pas le mauvais œil lui-même. Il représente un œil protecteur qui répond au regard dangereux, le capte ou le renvoie.
| Nom | Nazar boncuğu / perle du regard |
|---|---|
| Forme | Disque ou perle de verre à cercles concentriques bleus, blancs et noirs |
| Fonction | Protection contre le mauvais œil et l’envie |
| Diffusion | Anatolie, Méditerranée, Balkans, Proche-Orient et régions voisines |
| À distinguer | Le mauvais œil, menace ; le Nazar, amulette protectrice |
Comment reconnaître un Nazar ?
Le Nazar classique est une perle ou un disque de verre bleu. Un point sombre forme la pupille, entourée d’un cercle clair puis de plusieurs anneaux bleus. Les proportions changent selon les ateliers, mais l’impression générale reste celle d’un œil très stylisé.
Les Staatliche Museen zu Berlin décrivent le nazar boncuk comme un objet composé d’un point noir central encadré de cercles bleu clair, blanc et bleu foncé. Cette description correspond à la forme aujourd’hui immédiatement reconnaissable.
Le signe peut être porté en pendentif, cousu sur un vêtement, suspendu dans une maison, placé dans une voiture ou associé à d’autres amulettes. Sa petite taille facilite une diffusion très large dans la vie quotidienne.
Que désigne réellement le regard dangereux ?
Le mauvais œil correspond à l’idée qu’un regard envieux ou hostile peut entraîner une atteinte : maladie, perte, accident ou dépérissement d’une personne, d’un animal ou d’un bien admiré. Cette tradition est attestée dans de nombreuses régions du monde méditerranéen et asiatique.
Le Nazar répond à ce danger par un autre œil. L’objet ne cherche pas à représenter une divinité précise : il oppose au regard menaçant un regard protecteur et visible.
Le Science Museum Group conserve une perle de verre portée comme protection contre le mauvais œil par un soldat en Palestine pendant la Première Guerre mondiale. L’objet montre la continuité de cette fonction protectrice jusque dans les usages modernes.
D’où vient l’amulette en verre bleu ?
Les perles de verre en forme d’œil possèdent une longue histoire dans le bassin méditerranéen et au Proche-Orient. Il serait toutefois excessif d’affirmer que le Nazar turc contemporain descend sans rupture d’une seule amulette antique précise.
Les collections muséales permettent de suivre des objets plus récents de manière sûre. Un « œil bleu » en verre provenant d’Hébron et daté de la fin du XIXe ou du début du XXe siècle est conservé dans les collections présentées par Discover Islamic Art. Les musées berlinois montrent également la permanence du Nazar dans la culture contemporaine.
La couleur bleue reçoit plusieurs explications selon les régions. Plutôt que de choisir une origine universelle, il est plus juste de constater que le bleu est devenu un marqueur visuel central de cette famille d’amulettes.
Pourquoi l’œil accompagne-t-il la Hamsa ?
Le Hamsa et le Nazar remplissent une fonction voisine : protéger contre l’envie et le mauvais œil. Les réunir dans un seul pendentif ou un même décor renforce donc visuellement la protection.
La main agit comme geste d’arrêt et de défense ; l’œil répond au regard. Cette complémentarité explique la fréquence des Hamsas dont la paume contient un œil bleu.
Il ne faut cependant pas les confondre. La Hamsa possède une histoire de main-amulettes et plusieurs noms religieux ; le Nazar est une perle-œil de verre. Ils peuvent circuler ensemble sans partager la même généalogie.
L’œil d’Horus constitue encore une autre tradition. Sa fonction protectrice est ancienne, mais sa forme, son récit et son contexte égyptien n’ont pas pour origine le Nazar anatolien.
Comment son sens évolue-t-il aujourd’hui ?
Le Nazar est devenu un signe mondial de protection et de chance. Il apparaît sur des bijoux, objets décoratifs, textiles et supports numériques, parfois loin des régions où l’amulette a été transmise comme objet familial.
Cette diffusion transforme son statut : un objet rituel ou protecteur peut devenir motif de mode. Les deux usages peuvent coexister, mais le contexte change.
Pour une lecture historique, le point solide reste la fonction apotropaïque. Le Nazar est conçu pour protéger face au mauvais œil ; les interprétations de « troisième œil », de clairvoyance ou de vision intérieure relèvent d’autres systèmes et ne doivent pas lui être attribuées sans source.
Sources et repères historiques
Les Staatliche Museen zu Berlin décrivent la forme et la fonction du Nazar contemporain. Le Science Museum Group conserve une perle de verre protectrice portée en Palestine pendant la Première Guerre mondiale. Un exemplaire ottoman d’Hébron est présenté par Discover Islamic Art.






























