Saint Nicolas de Myre est un évêque de l'Antiquité chrétienne dont la mémoire a traversé les siècles, des églises d'Orient aux fêtes des enfants en Europe. Son image rassemble une crosse d'évêque, trois boules d'or, un bateau ou trois enfants sauvés du danger. Les récits de générosité expliquent pourquoi il est devenu un protecteur des personnes fragiles et des marins. La translation de ses reliques à Bari en 1087 a largement contribué à son rayonnement occidental. Comprendre Nicolas demande de retrouver derrière les traditions de décembre la figure d'un évêque de Lycie et l'histoire de son culte.
| Époque | 4ème siècle, selon la tradition |
|---|---|
| Lieu | Myre, en Lycie, actuelle Turquie |
| Charge | Évêque |
| Patronages | Enfants, marins et voyageurs |
| Attributs | Crosse, mitre, trois boules d'or, navire |
| Fête | 6 décembre ; translation des reliques à Bari le 9 mai |
Nicolas, évêque d’une cité de Lycie
Nicolas est rattaché à Myre, cité de l'ancienne Lycie sur la côte méditerranéenne de l'Anatolie. La tradition le situe entre la fin du 3ème et le 4ème siècle, dans une période qui voit le christianisme sortir des persécutions et s'organiser progressivement au sein de l'Empire romain. Les renseignements directement attestés sur sa personne demeurent limités, ce qui contraste avec l'abondance des vies rédigées bien après sa mort.
Les traditions anciennes le présentent comme un évêque attentif à ses fidèles et capable de secourir ceux qui sont victimes d'injustice. Son image épiscopale correspond à l'importance que prendra sa mémoire dans les Églises orientales. À partir des siècles suivants, ses sanctuaires deviennent des lieux de pèlerinage et les récits de son intercession circulent entre la Lycie et d'autres régions de l'Empire.
Il faut distinguer le personnage historiquement honoré et les épisodes que les auteurs ont progressivement rassemblés dans ses vies. Certains détails attribués à Nicolas de Myre proviennent de traditions concernant un autre Nicolas, abbé de Sion en Lycie. Cette histoire complexe explique les discussions des historiens sur plusieurs éléments de sa biographie.
Les trois bourses offertes en secret
L'un des récits les plus célèbres raconte qu'un père ruiné ne peut assurer l'avenir de ses trois filles. Nicolas, informé de la situation, fait parvenir de l'argent à la famille en dissimulant l'origine du don. Selon les versions, il laisse tomber des bourses par une fenêtre durant la nuit. Le père découvre finalement l'identité de son bienfaiteur et veut le remercier.
Cette histoire appartient à la littérature hagiographique. Elle a donné à Nicolas un attribut immédiatement reconnaissable : trois boules d'or, qui représentent les bourses et apparaissent sur de nombreuses statues occidentales. L'épisode illustre un idéal de charité qui respecte la dignité de celui qui reçoit et évite d'humilier la personne secourue.
Les récits de dons clandestins ont contribué à faire évoluer la figure de Nicolas vers les traditions de cadeaux destinés aux enfants. Leur portée religieuse vient cependant d'un geste de secours à une famille en difficulté, avant les célébrations domestiques qui se développeront bien plus tard.
Les marins sauvés de la tempête
D'autres récits montrent Nicolas venant en aide à des marins menacés par une tempête. L'évêque apparaît ou intercède, et les navigateurs parviennent à rejoindre la côte. Ces histoires expliquent son patronage des marins et la multiplication des églises qui lui sont dédiées dans les ports et les villes marchandes.
La mer Méditerranée occupe une place essentielle dans les communications de l'Antiquité et du Moyen Âge. Les risques de naufrage, les longues traversées et le transport des marchandises nourrissent les dévotions des populations côtières. Nicolas devient une figure de recours pour ceux qui partent loin de chez eux et doivent affronter les dangers de la navigation.
Le navire miniature que l'on trouve dans certaines représentations du saint renvoie à cette mémoire. Une médaille ou une image de Nicolas accompagne la prière, mais ne dispense pas des précautions nécessaires à un voyage. Dans la dévotion chrétienne, il s'agit de demander l'intercession d'un saint auprès de Dieu.
Les enfants et la légende du saloir
Dans l'Europe médiévale, Nicolas devient le héros de récits de protection des enfants. Une légende très connue en France raconte que trois petits garçons assassinés sont ramenés à la vie par son intervention. Elle a donné naissance à des images montrant le saint auprès d'un baquet ou d'un saloir. Ce récit apparaît dans la tradition populaire et ne peut être présenté comme un épisode du 4ème siècle attesté par des documents contemporains.
La place accordée à Nicolas dans les familles s'explique par la force de ces histoires et par sa réputation de bienfaiteur. Le 6 décembre, des cadeaux ou des friandises sont remis aux enfants dans plusieurs régions d'Europe. La fête a pris des formes différentes selon les pays, qui associent coutumes locales, images religieuses et pratiques domestiques.
Il serait néanmoins réducteur de faire de Nicolas le simple ancêtre d'un personnage des fêtes de fin d'année. La mémoire de l'évêque de Myre possède une histoire ecclésiale et liturgique très ancienne, distincte des usages modernes qui se sont greffés sur son nom.
Le voyage des reliques de Myre à Bari
L'événement historique le mieux connu de la diffusion occidentale du culte est la translation des reliques à Bari en 1087. Des marins de cette cité italienne emportent à Myre les restes attribués à Nicolas et les conduisent de l'autre côté de la Méditerranée. L'arrivée des reliques donne naissance à un grand sanctuaire dont la basilique devient le centre.
La translation doit être replacée dans le contexte des relations et des rivalités entre cités maritimes et territoires méditerranéens. Le déplacement est célébré par les habitants de Bari mais n'a pas le caractère d'une simple cérémonie pacifique organisée entre deux communautés. Il constitue néanmoins un tournant majeur dans la présence de Nicolas en Occident et dans la naissance de grands pèlerinages.
La basilique Saint-Nicolas de Bari est aujourd'hui un lieu important pour les catholiques et les chrétiens orthodoxes. Jean-Paul II y a rappelé le lien spirituel entre Orient et Occident en 1984. La présence des reliques explique pourquoi le nom de Nicolas de Bari est devenu aussi répandu que celui de Nicolas de Myre.
La crosse, les trois boules et les habits rouges
Les images religieuses représentent Nicolas en évêque, portant la crosse, la mitre et les vêtements de sa charge. Les trois boules d'or rappellent les bourses de la légende des jeunes filles pauvres. Un navire évoque le secours aux marins, tandis que les scènes d'enfants secourus appartiennent aux traditions populaires diffusées au Moyen Âge.
La figure moderne du Père Noël entretient des liens historiques avec la fête de saint Nicolas, en particulier à travers les transformations du nom néerlandais Sinterklaas en Santa Claus. L'apparence contemporaine du personnage résulte cependant de développements littéraires et commerciaux postérieurs. Il ne faut donc pas attribuer directement à l'évêque antique les vêtements, les animaux et les histoires de la célébration actuelle.
La fête chrétienne de saint Nicolas demeure le 6 décembre. À Bari, le 9 mai commémore également la translation de 1087. Pour connaître le saint, il est utile de comparer les récits anciens de sa charité, l'histoire du sanctuaire et les usages régionaux. Son héritage relie la protection, le secours discret et la vie des communautés chrétiennes.
Sources et références historiques
Basilique Saint-Nicolas de Bari, histoire de la diffusion du culte du 5ème siècle à la translation de 1087, étude de Gerardo Cioffari OP.
Jean-Paul II, discours à la basilique Saint-Nicolas de Bari, 26 février 1984, mémoire chrétienne d'Orient et d'Occident.
Nominis, notice de Nicolas de Myre, fête et traditions.






























