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Qui était vraiment La Voisin ?
Portrait authentique de Catherine Deshayes dite La Voisin, estampe attribuée à Antoine Coypel, vers 1680 — Aeternum, blog & boutique ésotérique

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Qui était vraiment La Voisin ?

15 min de lecture

Catherine Deshayes, dite La Voisin, est l’une des figures les plus célèbres de l’Affaire des Poisons sous le règne de Louis XIV. Née vers 1640 et exécutée à Paris en 1680, elle exerce comme devineresse, chiromancienne, lectrice des visages et fournisseuse de préparations, tout en étant accusée d’avoir vendu des poisons et organisé des opérations magiques pour une clientèle allant des milieux populaires à la haute aristocratie.

Sa postérité a fait d’elle une « sorcière » presque légendaire, entourée de messes noires, de sacrifices, de philtres et de complots à Versailles. Les archives judiciaires montrent un tableau plus complexe. Certaines activités sont bien documentées : chiromancie, physiognomonie, vente de poudres, participation à un réseau d’empoisonnement, relations avec plusieurs devineresses, sages-femmes et prêtres compromis. D’autres récits reposent sur des dénonciations, des interrogatoires, des témoignages intéressés ou des déclarations faites après sa mort par sa fille et par d’autres accusés.

La Voisin ne peut donc être comprise ni comme une victime innocente transformée en sorcière par la cour, ni comme le personnage démoniaque des récits à sensation. Elle appartient à un monde parisien où consultation divinatoire, médecine empirique, commerce de substances toxiques, magie amoureuse, avortement clandestin et criminalité pouvaient se croiser au sein des mêmes réseaux.

Catherine Deshayes, une naissance mal documentée

Catherine Deshayes naît vers 1640. La Bibliothèque nationale de France retient elle aussi une naissance autour de cette date et une mort en 1680. Les détails de son enfance restent très mal connus. Les traditions qui lui attribuent une formation aux plantes, à l’alchimie ou à des pratiques familiales de sorcellerie plongent donc dans cette zone obscure de sa vie que les archives judiciaires n’éclairent qu’au moment où elle est déjà une praticienne réputée.

Elle affirme néanmoins lors des interrogatoires avoir appris très jeune la chiromancie et la physiognomonie. Les procès-verbaux de l’Affaire des Poisons montrent que ces deux pratiques occupaient une place réelle dans son activité. Catherine épouse Antoine Monvoisin, dont le nom devient celui sous lequel elle sera connue.

Les sources le décrivent comme marchand joaillier ou commerçant. Son activité se dégrade financièrement, et Catherine explique aux enquêteurs qu’elle commence à tirer revenu de la chiromancie lorsque son mari ne parvient plus à faire vivre correctement le foyer. Le nom « La Voisin » dérive donc du nom marital Monvoisin, selon l’usage courant de l’époque.

Chiromancie et physiognomonie

Les archives judiciaires documentent clairement la chiromancie et la physiognomonie de La Voisin. Elle lit les lignes de la main et interprète les traits du visage. Dans le Paris du 17ème siècle, ces pratiques se situent à la frontière entre divination, savoir du corps et lecture du caractère.

La cartomancie ne paraît pas occuper chez elle la place qu’elle prendra chez les voyantes du siècle suivant. Les sources de l’Affaire des Poisons parlent surtout de chiromancie, de physiognomonie, de recettes, de poudres et d’opérations magiques. Notre article Comprendre la divination à travers les âges replace ces pratiques dans leur chronologie.

La Voisin ne reçoit pas seulement des clients issus des classes populaires. À mesure que sa réputation augmente, des membres de la bourgeoisie puis de l’aristocratie viennent consulter des devineresses pour connaître l’avenir d’une relation, obtenir un avantage amoureux, faire revenir un amant ou éloigner une rivale.

La consultation peut déboucher sur la vente de poudres, de philtres, de talismans ou de préparations destinées à influencer une situation. Cette transition entre prédiction et intervention est capitale. Le client ne demande plus seulement ce qui va arriver, mais ce qu’il peut faire pour obtenir le résultat souhaité.

La Voisin reçoit dans la zone de la Villeneuve-sur-Gravois, dans le quartier de Bonne-Nouvelle à Paris. Les sources localisent son environnement près de l’actuelle rue Beauregard. Sa maison devient un lieu de passage où se croisent clients, femmes en détresse, personnes cherchant des remèdes, devineresses, alchimistes, prêtres compromis et intermédiaires.

Sa réussite financière est assez importante pour lui permettre de tenir maison et d’organiser des réceptions. Cette prospérité montre que la divination et les services associés pouvaient former une activité très lucrative dans le Paris de Louis XIV.

Sage-femme et avortements clandestins

La Voisin est également liée à des activités obstétricales et à des avortements clandestins. Les interrogatoires font apparaître plusieurs femmes travaillant comme sages-femmes ou intermédiaires, notamment Catherine Lepère. Les chiffres spectaculaires attribuant à La Voisin des milliers d’avortements ou de corps d’enfants brûlés dans son jardin ne doivent pas être repris comme des données certaines. Ces affirmations apparaissent dans des témoignages hostiles, et l’enquête n’a pas fourni de comptabilité permettant de confirmer un nombre précis.

Il est donc plus sérieux de retenir l’existence d’une activité d’avortement clandestin sans transformer les nombres sensationnels en statistiques établies. Les mêmes réseaux qui vendent philtres amoureux, remèdes et poudres peuvent également fournir des substances toxiques.

Le poison présente un avantage évident pour un assassin du 17ème siècle : il peut être administré à distance, passer pour une maladie et éviter une confrontation directe. L’arsenic deviendra dans la mémoire populaire la « poudre de succession », mais les dossiers judiciaires évoquent aussi d’autres substances minérales et végétales.

La Voisin est accusée d’avoir servi d’intermédiaire et de fournisseuse à des clients cherchant à tuer un conjoint, un rival ou une personne gênante. Dans l’univers de La Voisin, le poison, le charme et la prière détournée peuvent appartenir à une même demande.

Un client peut vouloir obtenir l’amour d’une personne, renforcer un attachement, écarter une rivale puis chercher une solution plus dangereuse si les premières opérations échouent. Les dossiers judiciaires montrent ainsi une continuité entre consultation, poudre, conjuration, talisman et crime. Cette continuité explique pourquoi les autorités enquêtent simultanément sur empoisonnement, magie, avortement, blasphème et sacrilège.

Un réseau, mais pas une organisation parfaite

La Voisin n’agit pas seule. Marie Bosse, Marie Vigoureux, Catherine Trianon, Adam Lesage, plusieurs sages-femmes et plusieurs prêtres apparaissent dans l’enquête. Le terme de réseau est plus juste que celui d’une organisation parfaitement hiérarchisée. Les acteurs s’échangent clients, substances, informations et services. Les procédures conservées à la Bibliothèque de l’Arsenal montrent de nombreuses confrontations entre accusés, ce qui permet aux enquêteurs de reconstituer progressivement leurs relations.

L’affaire prend une nouvelle dimension en 1678-1679. Marie Bosse, autre devineresse parisienne, se vante au cours d’un repas des profits tirés du poison. L’information remonte aux hommes de Nicolas de La Reynie, lieutenant général de police de Paris.

La police organise un piège : une femme liée aux enquêteurs se présente comme une épouse désireuse d’empoisonner son mari et obtient une substance. Marie Bosse est arrêtée le 4 janvier 1679. Ses déclarations conduisent les enquêteurs vers plusieurs personnes, dont Catherine Deshayes.

La Voisin est arrêtée le 12 mars 1679. Le ministère français de la Justice situe son arrestation à cette date et rappelle que l’enquête menée par La Reynie découvre alors un réseau bien plus vaste que les premières affaires isolées.

Un document exceptionnel conservé par la Bibliothèque nationale de France porte la signature autographe de Catherine Deshayes et la date du 12 mars 1679. La tradition la montre arrêtée après avoir assisté à la messe à Notre-Dame-de-Bonne-Nouvelle. Gabriel Nicolas de La Reynie dirige l’enquête avec une attention constante aux contradictions des témoins. Les dossiers judiciaires conservés à l’Arsenal montrent interrogatoires, confrontations, saisies, ordonnances et déclarations successives.

Cette documentation permet de sortir des pamphlets et des récits romanesques. Elle montre aussi la difficulté du dossier : plusieurs accusés mentent, se contredisent, cherchent à sauver leur vie ou à compromettre des rivaux.

La Chambre ardente

Devant l’ampleur du scandale, une commission spéciale est chargée de juger les affaires d’empoisonnement et de magie. Elle est connue sous le nom de Chambre ardente. L’Affaire des Poisons se déroule principalement entre 1679 et 1682. La Bibliothèque nationale de France conserve cette période comme un épisode judiciaire majeur du règne de Louis XIV. L’historienne Arlette Lebigre a montré l’ampleur du phénomène : plusieurs centaines de personnes sont impliquées ou citées au fil des procédures.

Les récits populaires présentent La Voisin comme chef d’une organisation criminelle parfaitement structurée. Cette image est trop nette. Elle occupe bien une position centrale dans plusieurs circuits de clientèle et connaît un grand nombre de personnes compromises. Mais les archives montrent plutôt des groupes qui se recoupent, des complicités temporaires et des services échangés qu’une hiérarchie formelle. Sa réputation et son réseau expliquent néanmoins pourquoi son arrestation devient l’un des tournants de l’affaire. Plusieurs ecclésiastiques apparaissent dans les dossiers. Des prêtres fournissent des hosties consacrées, prononcent des formules, participent à des opérations magiques ou célèbrent des cérémonies détournant des éléments de la liturgie catholique.

Le plus célèbre est Étienne Guibourg, prêtre âgé dont les déclarations deviennent centrales dans la construction du récit des « messes noires ». Les archives montrent bien des prêtres compromis, des cérémonies sacrilèges et des opérations où religion, magie et transgression se mêlent. La postérité les réunira sous l’image saisissante de la « messe noire », donnant à l’affaire une cohérence rituelle plus nette que celle que laissent entrevoir les interrogatoires.

Le terme « messe noire » est devenu indissociable de La Voisin. Les témoignages recueillis après son arrestation décrivent des messes détournées, célébrées avec des intentions amoureuses ou hostiles, ainsi que des usages sacrilèges de l’hostie et du rituel catholique.

Les récits les plus extrêmes parlent de nourrissons sacrifiés durant certaines cérémonies. Ces accusations demandent une grande prudence. Elles proviennent en partie de coaccusés soumis à la pression judiciaire et de témoignages recueillis dans un climat où le blasphème et la sorcellerie sont eux-mêmes des crimes. Il est donc possible d’établir l’existence d’opérations sacrilèges liées à plusieurs protagonistes, sans présenter chaque détail spectaculaire comme un fait démontré.

Madame de Montespan

Le nom qui donne à l’affaire sa dimension politique est celui de Françoise-Athénaïs de Rochechouart de Mortemart, marquise de Montespan, ancienne favorite de Louis XIV. Plusieurs personnes arrêtées affirment que des intermédiaires liés à Madame de Montespan ont eu recours à La Voisin et à d’autres membres du réseau.

Les accusations les plus graves — messes noires, demandes contre des rivales, tentative d’empoisonnement — apparaissent surtout dans des déclarations faites après l’exécution de La Voisin, notamment celles de sa fille Marguerite Monvoisin et de l’abbé Guibourg. Anne Somerset rappelle que Madame de Montespan ne fut jamais formellement jugée dans cette affaire et que son degré réel d’implication reste discuté.

Le dossier est politiquement explosif. Madame de Montespan a été la maîtresse du roi et la mère de plusieurs de ses enfants. À partir du moment où les interrogatoires commencent à la mettre en cause, Louis XIV cherche à limiter la publicité donnée aux accusations visant son entourage proche. Une partie des papiers les plus sensibles est soustraite à la justice ordinaire, et le roi ordonnera plus tard la destruction de certains documents compromettants. Tout n’a pourtant pas disparu : les notes de La Reynie et plusieurs dossiers judiciaires ont survécu.

Les accusations de sacrifices d’enfants

Les sacrifices d’enfants occupent une place centrale dans la légende noire de La Voisin. Les archives contiennent des accusations d’infanticide et des témoignages reliant des nourrissons à des pratiques rituelles. Mais les dossiers mêlent avortement clandestin, morts de nouveau-nés, accusations de sacrifices et dénonciations entre suspects. La formulation rigoureuse consiste donc à parler d’accusations et de témoignages, non à présenter un nombre précis de victimes sacrifiées comme statistique certaine.

Non. Les interrogatoires montrent une accusée qui reconnaît certaines activités et en conteste d’autres. Elle parle de chiromancie, de physiognomonie, de clients, de préparations et de relations avec plusieurs personnes du réseau. Elle ne livre pas aux juges une confession totale correspondant au récit ultérieur d’une grande prêtresse d’un culte satanique. Sa fille et d’autres détenus ajouteront après sa mort plusieurs accusations majeures qui n’avaient pas été pleinement établies pendant son propre procès. Les récits sur ses derniers jours sont contradictoires.

Une autorisation de « question » existe dans la procédure, mais La Reynie indique que La Voisin n’a pas subi les tortures extrêmes que certains récits lui attribuent. Madame de Sévigné, qui rapporte son exécution dans une lettre célèbre, décrit une femme encore très énergique le jour de sa mort.

Il est donc préférable de ne pas reproduire sans nuance l’image d’une torture prolongée ayant produit l’ensemble de ses aveux. La Voisin est jugée en février 1680. Elle est reconnue coupable dans le cadre de l’affaire d’empoisonnement et des pratiques de sorcellerie poursuivies par la Chambre ardente. La peine prononcée est le bûcher.

Cette condamnation n’est pas celle d’une simple voyante persécutée pour avoir voulu aider. Les procédures judiciaires la relient directement à des activités criminelles et à un commerce de substances destinées à tuer.

La Voisin est brûlée vive en place de Grève à Paris le 22 février 1680. Madame de Sévigné décrit son exécution dans une lettre écrite le lendemain à sa fille. Son récit insiste sur le refus de La Voisin de coopérer avec le confesseur et sur sa résistance jusqu’au bûcher. Cette lettre est l’un des témoignages les plus proches de l’événement, même si elle reflète le regard aristocratique et moral de Madame de Sévigné.

La mort de Catherine Deshayes ne met pas fin aux révélations. Sa fille Marguerite Monvoisin est interrogée à son tour. Durant l’été 1680, elle fournit des déclarations qui lient plus directement Madame de Montespan aux opérations de sa mère. D’autres accusés, notamment Guibourg, apportent des récits convergents sur certains points.

Ces déclarations deviennent si sensibles qu’elles modifient la manière dont le roi gère l’affaire. À mesure que les accusations atteignent l’entourage royal, Louis XIV préfère soustraire certaines procédures à la publicité. Des suspects ne passent plus devant la Chambre ardente mais sont enfermés par lettres de cachet. La Chambre est finalement supprimée en 1682.

La même année, un édit royal renforce la lutte contre les devins, les empoisonneurs et les pratiques qualifiées de superstitieuses. Les recherches historiques montrent ici une évolution importante : l’État tend davantage à traiter la magie comme fraude, superstition ou activité criminelle lorsqu’elle s’accompagne d’autres délits.

La Voisin était-elle réellement une « sorcière » ?

Le mot doit être utilisé avec prudence. La Voisin pratique la divination, vend des charmes et participe à des opérations qualifiées de magiques. Dans ce sens, elle appartient bien au monde des spécialistes de l’occulte du Paris du 17ème siècle.

Mais le mot « sorcière » transporte aussi tout l’imaginaire du sabbat, du pacte démoniaque et du culte organisé du Diable. La Voisin déborde pourtant cette caricature : devineresse, fournisseuse de préparations, intermédiaire, femme de réseau et opératrice rituelle, elle appartient à un monde magique beaucoup plus vaste que la seule figure de l’empoisonneuse.

La présence de grands noms dans les interrogatoires explique la portée exceptionnelle de l’affaire. Les clients ne cherchent pas nécessairement un poison dès la première visite. Ils viennent pour un mariage, une liaison, une faveur, un héritage, une rivalité ou une prédiction. La consultation peut ensuite mener à des demandes plus lourdes. L’Affaire des Poisons révèle ainsi la circulation des services occultes entre quartiers populaires et élites de cour.

Le Paris de La Voisin abrite astrologues, devineresses, guérisseurs, alchimistes, sages-femmes et vendeurs de charmes. La demande vient de personnes de toutes conditions. Le succès de ces activités ne signifie pas que toute la société du 17ème siècle accepte leur efficacité. Il montre qu’une partie importante du public est prête à payer pour obtenir information, protection ou intervention sur un avenir incertain. Notre article L’Occultisme, une histoire de France permet de replacer ce marché de services dans une histoire plus large.

La mémoire populaire associe La Voisin à la belladone, à l’arsenic, à la ciguë et à d’autres substances dangereuses. Les dossiers de l’Affaire des Poisons attestent bien un commerce de substances toxiques, mais les recettes précises rapportées par les récits tardifs ne sont pas toutes également fiables.

Il faut aussi éviter de transformer les « plantes de sorcières » en catégorie botanique cohérente : certaines plantes possèdent un usage médical historique, d’autres sont toxiques et plusieurs changent d’effet selon la dose. Notre article sur les plantes de sorcières distingue histoire, folklore et toxicité. La nécromancie lui est régulièrement attribuée dans les récits modernes. Les sources judiciaires la documentent beaucoup plus nettement comme chiromancienne, physiognomoniste et intermédiaire pour des opérations rituelles.

Il serait donc exagéré de faire de la communication avec les morts l’une de ses principales spécialités. Notre article sur l’histoire de la nécromancie permet de distinguer cette tradition du vaste ensemble des pratiques magiques de l’époque moderne.

Plusieurs estampes la représentent autour de son procès ou dans les décennies suivantes. L’un des portraits les plus célèbres est attribué à Antoine Coypel et montre Catherine Deshayes au centre d’un décor chargé de symboles de mort, de crime et de sorcellerie.

Cette image n’est pas un document neutre sur son apparence. C’est une estampe de condamnation morale, produite dans le contexte de sa réputation criminelle. Elle reste néanmoins un document authentique de la manière dont son image publique s’est construite à la fin du 17ème siècle.

Du dossier judiciaire à la légende

Après 1680, La Voisin devient un personnage de littérature. Les historiens du 19ème siècle, les romanciers, le théâtre, le cinéma et la télévision reprennent l’affaire et amplifient les scènes les plus spectaculaires.

La messe noire, les poisons, Madame de Montespan et le bûcher forment un récit presque parfait pour la fiction historique. Cette popularité explique pourquoi certains détails imaginaires finissent par être répétés comme des faits.

Catherine Deshayes exerce réellement une activité de divination rentable. Elle connaît plusieurs personnes impliquées dans la vente de poisons et d’autres services clandestins. Elle est arrêtée le 12 mars 1679, interrogée dans le cadre d’une procédure exceptionnelle puis exécutée le 22 février 1680. Les liens entre son réseau et des personnes proches de la cour sont bien établis.

Ce qui reste beaucoup plus difficile à mesurer est l’étendue exacte des meurtres auxquels elle a contribué, le nombre des avortements, la véracité de chaque récit rituel et le degré précis d’implication de Madame de Montespan.

Sources et repères

La Bibliothèque nationale de France classe Catherine Voisin, née vers 1640 et morte en 1680, parmi les figures centrales de l’Affaire des Poisons de 1679-1682. La BnF conserve également des dossiers biographiques et des documents autographes liés à Catherine Deshayes.

Les manuscrits judiciaires de la Bibliothèque de l’Arsenal conservent les interrogatoires et confrontations de 1679 : La Voisin, Marie Bosse, Catherine Lepère, Catherine Trianon et d’autres suspects y apparaissent directement.

Le ministère français de la Justice retrace le déclenchement de l’enquête menée par La Reynie, l’arrestation de Marie Bosse puis celle de La Voisin le 12 mars 1679, ainsi que la découverte progressive d’un réseau d’empoisonnement parisien.

Arlette Lebigre, L’Affaire des Poisons, 1679-1682, replace les protagonistes dans la procédure de la Chambre ardente au lieu de réduire l’affaire aux seuls récits de messes noires.

Anne Somerset, The Affair of the Poisons: Murder, Infanticide, and Satanism at the Court of Louis XIV, utilise lettres, archives et travaux antérieurs pour examiner les accusations qui atteignent la haute aristocratie, notamment Madame de Montespan.

Enfin, la lettre de Madame de Sévigné du 23 février 1680 constitue un témoignage contemporain majeur sur l’exécution de La Voisin la veille, place de Grève.

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