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Qui était Paredros, cet esprit assistant des magiciens antiques ?
Papyrus magique grec du IIIe siècle, illustration d’un article sur le paredros

Les Carnets d'Aeternum

Qui était Paredros, cet esprit assistant des magiciens antiques ?

18 min de lecture

Dans les textes de magie antique, certains mots donnent immédiatement la sensation d’entrer dans un vocabulaire réservé aux initiés. Paredros appartient à cette catégorie. Le terme ne désigne ni un démon précis, ni une divinité particulière, ni une espèce d’esprit clairement définie. Il décrit d’abord une fonction : celle de « celui qui se tient à côté ». Dans les papyrus magiques gréco-égyptiens, cette proximité prend une portée rituelle remarquable. Le paredros devient l’assistant invisible de l’opérateur, celui qui répond, révèle, intervient, accompagne et prolonge son action dans un monde où les relations entre humains, dieux, daimones et puissances intermédiaires structurent toute la pratique.

Cette figure est fascinante parce qu’elle résiste aux catégories trop simples. Le paredros peut être rapproché d’un esprit familier, d’un génie personnel, d’un daimon ou d’un intermédiaire divin, mais aucune de ces traductions ne suffit à elle seule. Les sources antiques montrent au contraire une grande variété de formes. Dans un texte, l’assistant est présenté comme un daimon ; dans un autre, il est lié à Éros ; ailleurs, il dépend de Séléné ou reçoit des qualificatifs divins. Ce qui unit ces figures n’est pas leur nature, mais la place qu’elles occupent : elles se tiennent auprès de l’opérateur et deviennent les relais de son action.

Pour comprendre le paredros, il faut donc quitter l’image moderne d’un simple « guide spirituel » ou d’un compagnon invisible bienveillant. Les papyrus décrivent une relation beaucoup plus technique. L’assistant est acquis, appelé, reconnu, parfois nommé, parfois soumis à un serment ou placé sous l’autorité d’une puissance supérieure. Il répond à des demandes concrètes, transmet des informations, ouvre des passages, intervient dans certaines situations et permet à l’opérateur d’agir au-delà de ses capacités ordinaires.

Le paredros nous fait ainsi entrer au cœur d’une magie antique qui ne repose pas uniquement sur des formules. Elle repose sur des liens, des hiérarchies, des noms, des supports matériels et des alliances. Derrière ce terme discret se dessine une conception entière de l’art magique : le magicien ne cherche pas toujours à agir seul. Il cherche aussi celui qui se tiendra à ses côtés.

Paredros : « celui qui se tient à côté »

Le mot grec paredros vient d’une idée très concrète : être placé auprès de quelqu’un, siéger à ses côtés, l’assister dans une fonction. Dans le langage civique ou administratif grec, le terme pouvait désigner un adjoint, un assesseur ou un auxiliaire. Lorsque ce vocabulaire passe dans les textes rituels, il conserve cette logique fondamentale. Le paredros est l’être qui se tient auprès de l’opérateur et agit avec lui.

Cette nuance est essentielle. Parler « du paredros » comme s’il s’agissait d’une catégorie d’esprits comparable aux anges, aux daimones ou aux génies simplifie trop les sources. Les chercheurs qui ont étudié les papyrus magiques grecs montrent que le terme apparaît dans plusieurs contextes et qu’il ne désigne pas toujours le même type d’entité. La fonction d’assistance reste constante ; l’identité change.

Le cadre principal est celui des Papyri Graecae Magicae, généralement abrégés en PGM. Ce corpus moderne rassemble des manuscrits et fragments provenant de l’Égypte gréco-romaine, rédigés entre l’époque hellénistique et l’Antiquité tardive. On y trouve des hymnes, des invocations, des opérations de divination, des rites de protection, des pratiques d’attraction, des consécrations, des demandes de révélation et de nombreuses prescriptions destinées à agir sur le monde visible ou invisible.

Il ne s’agit pas d’un livre unique. Les PGM forment un ensemble de documents conservés dans plusieurs collections. Leur richesse vient justement de cette diversité. Un même texte peut employer la langue grecque, conserver des noms divins égyptiens, utiliser des mots hébreux ou des formules composées de syllabes difficiles à traduire, tout en intégrant des gestes, des matières et des logiques issues de traditions différentes.

Cette rencontre de plusieurs univers est fondamentale pour comprendre le paredros. L’Égypte romaine ne sépare pas proprement ce que nous appelons aujourd’hui religion, magie, astrologie ou théurgie. Ces domaines se chevauchent. Les noms des dieux, les corps célestes, les animaux sacrés, les prières, les fumigations, les substances et les signes écrits peuvent appartenir à une même opération.

Nous avons déjà exploré cette continuité dans L’héritage de la magie égyptienne, ainsi que le contexte gréco-romain dans La Thessalie, terre de magie grecque & romaine. Le paredros permet d’aller plus loin encore, car il ne nous renseigne pas seulement sur une tradition ou un système. Il nous montre la relation personnelle que certains opérateurs cherchaient à établir avec une puissance invisible.

Le vocabulaire employé pour cette puissance demande également de la prudence. Le mot grec daimôn, que l’on rencontre souvent dans ces textes, ne doit pas être automatiquement traduit avec le sens négatif que le mot « démon » a acquis dans le christianisme médiéval et moderne. Dans l’Antiquité, le daimôn peut désigner une puissance intermédiaire, un esprit, un agent divin ou une présence attachée à une personne, un lieu ou une fonction. Sa nature dépend du contexte.

Un paredros peut donc être qualifié de daimôn sans devenir pour autant une puissance mauvaise. Il peut même recevoir un titre divin. Dans certains textes, les frontières sont souples : l’assistant peut être présenté comme un dieu, un ange, un esprit ou un intermédiaire, sans que l’auteur semble percevoir la contradiction que nous y verrions aujourd’hui.

Cette souplesse vient probablement du fait que les textes s’intéressent moins à la classification abstraite qu’à l’efficacité de la relation. Ils veulent savoir quelle puissance agit, sous quelle autorité, comment on l’approche, quel nom on prononce, quel signe on emploie et ce qu’elle peut accomplir.

Le paredros se définit donc avant tout par sa position. Il est celui qui se tient auprès de l’opérateur. Il n’est pas simplement présent : il devient disponible. Cette proximité constitue sa fonction et son pouvoir. L’assistant sert de relais entre le praticien et des forces qui dépassent l’action humaine ordinaire.

Ce modèle relationnel est très éloigné de la vision moderne du « sort » conçu comme une formule autonome. Dans les textes anciens, une opération fonctionne parce qu’elle place l’opérateur au sein d’un réseau d’autorités. Des dieux dominent des puissances intermédiaires, des noms permettent d’atteindre certaines entités, des heures ouvrent certains moments, des matières correspondent à des forces particulières. Le paredros est l’un des éléments les plus personnels de cette architecture.

Le rituel de Pnouthios et l’acquisition d’un assistant

L’un des témoignages les plus importants concernant le paredros se trouve dans le premier papyrus du corpus PGM. Le manuscrit, connu sous le numéro P. 5025 pour sa partie berlinoise, est un rouleau magique daté de l’Antiquité tardive. Le catalogue de la Berliner Papyrusdatenbank le décrit comme un manuel contenant plusieurs opérations, dont deux destinées à recevoir un esprit prophétique pendant la nuit, des pratiques d’invisibilité, un travail de mémoire, une préparation d’encre rituelle et une invocation d’un daimon prophétique.

Parmi ces opérations figure le célèbre rituel de Pnouthios, conservé dans PGM I 42-195. Le texte est présenté comme un enseignement transmis par Pnouthios à un certain Keryx. Cette forme n’est pas anodine. Elle donne au rite la valeur d’un savoir reçu, conservé et transmis. L’opération ne se présente pas comme une improvisation, mais comme une méthode appartenant à une chaîne de connaissance.

Le but annoncé est ambitieux : acquérir un assistant surnaturel destiné à rester auprès de l’opérateur. Le verbe « acquérir » peut paraître brutal à notre oreille, mais il ne faut pas l’entendre comme la possession matérielle d’un être. Le rite cherche à établir une relation durable. L’assistant ne doit pas apparaître une seule fois puis disparaître. Il doit devenir accessible, reconnaissable et capable d’intervenir de nouveau.

Cette différence est capitale. Une invocation ponctuelle appelle une présence pour un moment. L’acquisition d’un paredros veut transformer cette présence en lien stable. Le résultat attendu n’est pas seulement une réponse. C’est une alliance rituelle.

Les préparatifs montrent que cette alliance exige une mise en condition précise. Purification, discipline, préparation du corps, choix du moment et organisation de l’espace participent au rite. L’opérateur ne se contente pas de prononcer un nom. Il se place lui-même dans un état adéquat. La magie antique accorde une grande importance à cette transformation préalable : le praticien doit devenir compatible avec la puissance qu’il cherche à approcher.

Le rituel de Pnouthios comporte également une dimension d’hospitalité. L’assistant n’est pas seulement convoqué sous la contrainte d’une formule ; il est reçu. Cette idée est très importante pour comprendre la logique antique. La relation magique peut prendre la forme d’un accueil, d’un échange et d’un engagement. Le lien se construit par une succession de gestes qui donnent à l’être une place auprès de l’opérateur.

La question du nom occupe une position centrale. Dans de nombreux textes rituels antiques, connaître le nom d’une puissance signifie pouvoir l’atteindre directement. Le nom ne fonctionne pas comme une simple étiquette. Il participe de l’identité et de la présence de l’être. Dans certains rites de paredros, obtenir le nom devient donc un moment essentiel : il fixe la relation et permet à l’opérateur de rappeler l’assistant.

Ce thème rejoint directement notre article consacré aux mots de pouvoir dans les grimoires. Les longues suites de noms, de voyelles, d’épithètes et de formules que l’on rencontre dans les textes anciens n’ont pas une fonction décorative. Elles constituent un langage rituel destiné à identifier, atteindre ou contraindre une puissance.

La parole ne sert donc pas seulement à appeler. Elle établit une position. L’opérateur parle au nom d’une autorité, cite des puissances supérieures, mobilise des noms sacrés et inscrit l’assistant dans une hiérarchie. C’est cette structure qui donne son efficacité à la conjuration.

Nous avons expliqué cette logique dans Qu’est-ce qu’une conjuration ?. Dans les textes de magie traditionnelle, une conjuration n’est pas une simple demande polie adressée à un esprit. C’est une parole d’autorité qui définit qui parle, à quel titre, au nom de quelles puissances et dans quel ordre invisible l’être appelé doit se situer.

Le paredros acquis par le rituel de Pnouthios reçoit alors des fonctions particulièrement larges. Il peut transmettre des informations, révéler ce qui reste caché, faciliter certaines actions, délivrer l’opérateur d’entraves, ouvrir des passages et agir dans des situations où la capacité humaine paraît insuffisante. Certaines interprétations du texte soulignent même son rapport à l’invisibilité ou à la possibilité de passer inaperçu.

Ce n’est donc pas un assistant symbolique. Dans la logique du papyrus, il agit réellement. Il devient un exécutant, un messager, un protecteur et un intermédiaire. Le praticien obtient avec lui une capacité d’action étendue.

Le texte va plus loin encore en donnant à cette relation une portée qui dépasse la vie ordinaire. Certains passages associent le paredros au destin de l’opérateur après la mort. Cette perspective montre que l’assistant n’est pas uniquement recherché pour résoudre un problème ponctuel. Le lien peut prendre une dimension existentielle et spirituelle.

Le rituel de Pnouthios révèle donc une ambition remarquable : changer la position de l’opérateur dans le monde invisible. Celui qui possède un paredros n’est plus simplement quelqu’un qui connaît une formule. Il devient celui auprès duquel une puissance se tient.

Éros, Séléné et les multiples visages du paredros

Le danger serait maintenant d’imaginer qu’il existe une doctrine unique du paredros. Les papyrus montrent exactement le contraire. Le même terme peut désigner des assistants de nature très différente. La fonction est stable, mais les identités varient.

Dans certains textes, le paredros est directement lié à Éros. Il ne s’agit alors plus seulement d’un esprit personnel obtenu pour répondre à toutes sortes de demandes. L’assistance prend place dans une opération où la puissance d’Éros devient elle-même l’agent principal. Le terme décrit la manière dont cette puissance est mise à disposition de l’opérateur.

Ailleurs, le paredros est associé à Séléné. La déesse conserve la place supérieure dans la hiérarchie et l’assistant agit sous son autorité. Cette structure est particulièrement importante : elle montre qu’un paredros peut être envoyé ou délégué par une divinité. L’opérateur ne capture pas nécessairement une puissance libre. Il peut recevoir un intermédiaire parce qu’une puissance supérieure l’accorde.

Cette délégation permet de mieux comprendre la pensée rituelle antique. Le monde invisible n’est pas homogène. Il est organisé par degrés. Certaines puissances commandent, d’autres exécutent, certaines sont invoquées comme souveraines tandis que d’autres servent d’agents. L’opérateur efficace doit connaître cette organisation et savoir à quel niveau intervenir.

Le paredros occupe une place idéale dans ce système. Il se tient assez près de l’humain pour agir comme interlocuteur, mais il reste rattaché à un ordre divin plus vaste. Il appartient aux deux dimensions à la fois : proximité et puissance.

Certains textes rapprochent également l’assistant du domaine des morts ou de puissances chthoniennes. Cela ne signifie pas que tout paredros soit l’esprit d’un défunt. Les papyrus magiques emploient les morts de plusieurs manières, notamment dans des opérations de contrainte, de révélation ou d’attraction. Le paredros ne se réduit pas à cette catégorie. Il faut éviter de fusionner toutes les formes d’assistance surnaturelle sous un seul nom.

Cette prudence est d’autant plus nécessaire que le mot paredros peut décrire davantage une fonction qu’une nature. Deux êtres entièrement différents peuvent devenir paredroi s’ils occupent la même place auprès de l’opérateur. C’est exactement comme dans le monde humain : deux personnes peuvent être « assistants » sans partager la même origine, le même caractère ou les mêmes compétences.

Cette lecture explique aussi pourquoi certaines traductions modernes ont été trompeuses. Traduire chaque paredros par « démon assistant » donne l’impression d’une catégorie fixe. Or les textes peuvent parler d’un dieu, d’un daimon, d’un ange ou d’un agent dépendant d’une puissance supérieure. La classification chrétienne tardive des êtres invisibles ne correspond pas exactement à celle de l’Égypte gréco-romaine.

Pour l’occultiste contemporain, cette constatation est particulièrement instructive. Les systèmes modernes aiment les hiérarchies bien ordonnées : anges, démons, intelligences planétaires, génies, élémentals, morts, guides. Les textes antiques sont plus fluides. Ils s’intéressent d’abord à l’action. Quelle puissance faut-il approcher ? Quel nom faut-il employer ? Sous quelle autorité peut-on la joindre ? Quel résultat peut-elle produire ?

Le paredros révèle donc une magie profondément relationnelle. L’opérateur ne déclenche pas simplement une force impersonnelle. Il entre dans un ordre d’êtres, de noms et de fonctions. Sa réussite dépend de sa capacité à établir la bonne relation.

Cette logique rejoint également le véritable sens du cercle rituel. Nous l’avons développé dans Du véritable usage du cercle magique. Le cercle n’est pas seulement une barrière destinée à empêcher les esprits d’entrer. Il définit une place, une autorité et un ordre. Il situe l’opérateur. Le paredros joue un rôle similaire sur le plan relationnel : il situe une puissance auprès de lui.

Il ne faut pas non plus projeter sur le paredros l’image contemporaine du guide intérieur chargé d’encourager le développement personnel. Les papyrus lui demandent des actions concrètes. Il doit répondre, conduire, révéler, protéger, délivrer, transmettre ou intervenir. Sa fonction est opérative.

Cette efficacité n’exclut pas une dimension initiatique. Recevoir une puissance qui se tient durablement auprès de soi transforme forcément le statut de l’opérateur. Le rite ne donne pas seulement un outil. Il établit une nouvelle relation avec le monde invisible.

Cette dimension explique les rapprochements parfois établis avec la théurgie de l’Antiquité tardive. Il faut conserver une distinction entre les papyrus magiques et les systèmes philosophiques de la théurgie néoplatonicienne, mais les deux univers partagent une question fondamentale : comment l’être humain entre-t-il en relation avec une puissance qui dépasse sa condition ? La réponse passe par la purification, le rite, la parole sacrée, les matières et la présence divine.

C’est aussi pourquoi le paredros peut être rapproché de certaines formes de Haute Magie, sans prétendre qu’une ligne directe relie les papyrus gréco-égyptiens aux systèmes occidentaux beaucoup plus tardifs. La ressemblance de fonction est réelle. La transmission historique, elle, demande toujours à être démontrée.

Paredros, esprit familier, daimon personnel et ange gardien

Le lecteur moderne cherche naturellement des équivalents. Le paredros ressemble-t-il à l’esprit familier des traditions européennes ? À un daimon personnel ? À un génie ? À un ange gardien ? La comparaison peut aider à comprendre, à condition de ne pas effacer les différences.

L’esprit familier constitue probablement le rapprochement le plus immédiat. Dans certains récits européens médiévaux et modernes, le familier est un esprit attaché à une personne et capable de l’aider. L’idée d’une présence invisible durable paraît très proche de celle du paredros. Pourtant, le contexte n’est pas le même. Les procès de sorcellerie, la théologie chrétienne et les représentations modernes du familier se développent bien plus tard et dans un autre univers religieux.

Le terme peut donc servir de comparaison, mais pas de traduction exacte. Dire qu’un paredros est « une sorte de familier antique » peut aider à visualiser la fonction ; affirmer qu’il s’agit du même phénomène serait aller trop loin.

Le daimon personnel grec offre un autre parallèle. Dans la philosophie et la religion grecques, l’idée d’une puissance attachée à la destinée ou à la conduite d’un individu est ancienne. Le célèbre signe divin de Socrate appartient à cet horizon. Mais le paredros des papyrus se distingue par son caractère acquis et opératif. Il n’est pas simplement une présence donnée avec l’existence. Il peut être recherché par une procédure rituelle.

Le genius romain présente lui aussi des ressemblances. Il peut être associé à la personne, au lieu ou à une collectivité. Là encore, il s’agit d’une présence qui accompagne et exprime une puissance propre. Mais les rites et les significations ne recouvrent pas exactement ceux du paredros.

La comparaison avec l’ange gardien chrétien est encore plus délicate. Certaines sources tardives utilisent le vocabulaire de l’ange, et le mot grec angelos signifie d’abord « messager ». Les circulations de vocabulaire entre les traditions sont réelles. Mais l’ange gardien chrétien protège en raison d’un ordre providentiel, alors que le paredros des PGM peut être obtenu par une opération précise destinée à établir son assistance.

La magie cérémonielle occidentale connaîtra plus tard une autre figure : celle du Saint Ange Gardien. Le rapprochement devient alors tentant. Dans les deux cas, une relation personnelle avec une intelligence supérieure peut transformer l’autorité et les capacités de l’opérateur. Cependant, les textes, les siècles, les cadres religieux et les objectifs diffèrent. Il faut parler d’analogie, non d’identité.

Cette distinction évite un travers fréquent dans l’histoire de l’occultisme : chercher une seule tradition immuable sous des noms différents. Les ressemblances existent, mais elles sont justement intéressantes parce qu’elles montrent comment chaque époque reformule une même question.

Cette question peut être formulée ainsi : comment établir une relation durable avec une puissance invisible capable d’assister l’être humain ?

Les réponses changent selon les milieux. Dans certains systèmes, l’assistant est lié à la naissance. Dans d’autres, il dépend d’un dieu ou d’un saint. Ailleurs, il vient d’une initiation, d’une consécration ou d’une opération prolongée. Dans les papyrus, il peut être obtenu par une procédure qui combine purification, appel, reconnaissance, nom, engagement et installation d’une relation.

Le paredros permet donc de distinguer l’invocation de l’acquisition. Invoquer consiste à appeler une présence. Acquérir un paredros consiste à faire de cette présence un interlocuteur durable. Ce changement explique pourquoi les rites correspondants sont plus élaborés qu’une simple demande ponctuelle.

Cette différence éclaire aussi certaines pratiques plus tardives de magie cérémonielle. Derrière les sceaux, les noms, les fumigations et les paroles de pouvoir, l’enjeu n’est pas toujours de « lancer un sort ». Il s’agit souvent d’établir une relation correcte avec une puissance et de définir l’autorité sous laquelle cette relation peut fonctionner.

Les objets rituels prennent alors un autre sens. Une image consacrée, une lampe, une fumigation ou un caractère magique ne sont pas de simples décorations. Ils donnent une forme sensible à la relation. Ils offrent un support, une présence matérielle, un lieu de manifestation ou un moyen de reconnaissance.

C’est l’une des grandes constantes de l’occultisme traditionnel : la matière et l’invisible ne sont pas séparés. La matière sert de médiation. L’huile, l’encens, le métal, le dessin, le nom écrit, la lampe ou la pierre peuvent participer à l’établissement d’un lien. Le paredros représente presque l’aboutissement personnel de ce principe : la puissance n’est plus seulement associée à un objet ou à un signe, elle devient un interlocuteur qui se tient auprès de l’opérateur.

Ce que le paredros révèle de la magie antique

Le paredros est fascinant parce qu’il oblige à reconsidérer la manière dont nous imaginons la magie antique. Elle ne se réduit ni aux malédictions gravées sur du plomb, ni aux amulettes, ni aux invocations spectaculaires. Les PGM montrent aussi des opérations dont l’objectif est de transformer durablement la position de celui qui les accomplit.

Le rituel de Pnouthios en est un excellent exemple. L’opérateur ne demande pas seulement une vision ou une réponse. Il veut un allié. Il cherche une puissance qui puisse rester auprès de lui, intervenir de nouveau, transmettre des informations et agir lorsque sa propre capacité ne suffit plus.

Ce modèle révèle une conception profondément relationnelle du pouvoir magique. Les plantes possèdent des affinités, les astres gouvernent certains moments, les noms ouvrent l’accès à des puissances, les dieux délèguent des agents, les morts peuvent servir d’intermédiaires et les objets consacrés deviennent des points de contact. Le praticien efficace est celui qui comprend ces rapports et sait se placer correctement au milieu d’eux.

Le paredros est la forme la plus personnelle de cette logique. Il est la relation devenue présence.

Cette présence reste pourtant ambivalente. L’assistant est proche de l’opérateur, mais il ne devient jamais banal. Les textes insistent sur la purification, l’autorité des noms et le sérieux de l’engagement. Même lorsqu’il sert, le paredros appartient à un ordre supérieur. La relation repose donc sur une tension constante entre proximité et puissance.

C’est précisément pourquoi le mot mérite d’être conservé. « Familier », « génie », « daimon » ou « assistant » n’en donnent chacun qu’un aspect. Paredros exprime quelque chose de plus simple et de plus fort : celui qui se tient auprès de quelqu’un.

Dans un univers rituel où la place compte autant que la nature, cette proximité n’est pas secondaire. Celui qui se tient auprès d’un roi participe à son autorité. Celui qui se tient auprès d’un dieu peut transmettre sa volonté. Celui qui se tient auprès du magicien devient le prolongement de son action.

Cette idée explique la persistance, sous des formes différentes, de la figure de l’assistant surnaturel dans l’histoire de l’occultisme. Les époques changent, les noms changent, les systèmes changent, mais la question reste : peut-on établir avec l’invisible une relation assez forte pour que la puissance appelée ne soit plus seulement de passage ?

Les papyrus magiques gréco-égyptiens répondent parfois oui. Ils décrivent les moyens par lesquels une présence peut être appelée, reconnue et intégrée à une pratique. Leur langage est ancien, leurs catégories ne sont pas les nôtres, mais leur ambition reste immédiatement compréhensible.

Le paredros ne vient pas simplement apporter une réponse. Il vient modifier la condition de celui qui l’obtient. Le praticien n’est plus seul face aux puissances qu’il cherche à atteindre. Une entité se tient désormais auprès de lui, porte son message, accomplit certaines tâches et lui ouvre des possibilités nouvelles.

Voilà sans doute la meilleure manière de comprendre ce terme. Le paredros n’est pas une créature unique cachée dans une ancienne hiérarchie. C’est une fonction rituelle, une proximité organisée, une alliance entre un opérateur et une puissance invisible.

Et c’est précisément cette alliance qui rend le sujet si important pour l’histoire de la magie. Elle montre que l’occultisme antique ne pensait pas seulement en termes de forces ou de formules. Il pensait en termes de relations.

Sources principales : Hans Dieter Betz (dir.), The Greek Magical Papyri in Translation, University of Chicago Press ; Leda Jean Ciraolo, travaux consacrés aux assistants surnaturels des papyrus magiques grecs ; Eleni Pachoumi, The Concepts of the Divine in the Greek Magical Papyri, Mohr Siebeck ; Berliner Papyrusdatenbank, P. 5025 A+B, « Magisches Handbuch » ; William M. Brashear, « The Greek Magical Papyri: An Introduction and Survey », Aufstieg und Niedergang der römischen Welt.

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