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Qui était vraiment Anne Osmont ?
Portrait authentique d’Anne Osmont publié dans La Vie Heureuse en 1907 — Aeternum, blog & boutique ésotérique

Les Carnets d'Aeternum

Qui était vraiment Anne Osmont ?

17 min de lecture

Anne Osmont est l’une des figures les plus singulières de l’occultisme français du début du 20ème siècle. Poétesse, journaliste, critique, traductrice et conférencière avant de devenir une autrice reconnue dans les milieux ésotériques, elle occupe une place à part : moins organisatrice que Papus, moins doctrinaire qu’Éliphas Lévi, mais témoin direct d’un monde où littérature symboliste, salons occultistes, recherches psychiques, théosophie, physiognomonie et catholicisme se croisent.

Sa vie est d’autant plus intéressante qu’elle a laissé ses propres souvenirs. Publié en 1941 sous le titre Mes souvenirs, 50 années d’occultisme, mes voyages en astral, ce petit livre fournit un témoignage précieux sur Stanislas de Guaita, Joséphin Péladan, François-Charles Barlet, le colonel de Rochas, Charles Henry, les milieux théosophiques et les sociétés initiatiques qu’elle a fréquentés sans toujours vouloir y adhérer.

Ces mémoires doivent toutefois être lus comme un texte autobiographique. Anne Osmont y raconte des expériences de clairvoyance, de dédoublement et de « voyages en astral » qu’elle tient pour réels. L’histoire peut établir qu’elle les a relatés et qu’ils ont compté dans son parcours ; elle ne peut pas transformer ces expériences personnelles en phénomènes démontrés.

Naissance à Toulouse

Anne Françoise Eugénie Osmont naît à Toulouse le 2 août 1872. La Bibliothèque nationale de France confirme sa date de naissance, sa ville natale et sa mort à Paris le 13 mai 1953. Elle est la fille d’Athanase Eugène Osmont, négociant, et d’Antoinette Espérou. Elle grandit dans un environnement catholique et reçoit une éducation classique dans une pension religieuse toulousaine.

Cette culture catholique ne sera jamais simplement rejetée au profit de l’occultisme. Au contraire, l’un des traits les plus marquants de sa trajectoire est sa volonté de maintenir ses recherches ésotériques à l’intérieur d’une identité chrétienne qu’elle affirme encore avec force dans les dernières pages de ses mémoires. Anne Osmont suit ses études dans une pension toulousaine connue comme la pension Lafont, également associée au nom Montalembert-Notre-Dame dans les sources locales.

Elle y reçoit une formation en lettres classiques et développe très tôt un goût pour la poésie. Les biographies tardives lui attribuent dès l’enfance une transmission familiale de savoirs populaires, notamment autour des plantes, des astres ou de la divination. Ses propres souvenirs sont plus précis sur un autre point : elle affirme s’être intéressée très jeune aux sciences occultes et avoir développé sa clairvoyance par des essais personnels.

Dans Mes souvenirs, elle raconte que sa mère ignorait cet intérêt et qu’elle n’en parlait qu’à une amie. Cette réserve explique une partie de son attitude ultérieure : Osmont étudie l’occultisme, mais se méfie fortement de la mise en scène, du commerce de la voyance et des personnes qu’elle considère comme charlatans. Des archives civiles citées dans les travaux généalogiques consacrés à Anne Osmont indiquent qu’elle se marie à Toulouse en 1889 avec Jean-Marie Antoine Lafitte.

Elle est alors âgée de dix-sept ans. Ce mariage reste mal documenté dans les biographies littéraires et n’occupe pas une place importante dans l’image publique qu’elle construit ensuite. Elle continue à publier sous le nom Anne Osmont.

Cette zone d’ombre rappelle que sa biographie privée est moins bien connue que sa carrière de femme de lettres et ses souvenirs occultistes. Avant Paris, Anne Osmont travaille déjà dans la presse du Midi.

Une notice publiée vers 1908 dans Les Muses françaises indique qu’elle collabore à L’Art Méridional et au Messager de Toulouse. Le journalisme lui fournit une première activité professionnelle et lui permet de faire paraître ses textes. Elle ne commence donc pas comme occultiste professionnelle. Durant les premières décennies de sa vie publique, elle appartient avant tout au monde littéraire et journalistique.

Paris en 1898

En 1898, Anne Osmont s’installe à Paris. Les Muses françaises confirme qu’elle collabore à La Fronde, quotidien fondé par Marguerite Durand et rédigé par des femmes. Ce passage compte dans son parcours. La Fronde ne se limite pas à la littérature : le journal traite du travail, de la politique, de la condition féminine et des questions sociales. Osmont y participe comme journaliste, dans un espace éditorial inhabituel pour les femmes de la fin du 19ème siècle.

Une enquête publiée sous son nom en 1901 sur le travail des ouvrières des conserveries de sardines montre qu’elle sait aussi écrire sur les réalités sociales et non uniquement sur la poésie ou l’occultisme.

À Paris, Anne Osmont fréquente des écrivains, critiques et artistes. Elle est proche d’Ernest Raynaud, poète et critique lié au symbolisme. Elle rencontre des figures issues de la génération de Verlaine et des milieux parnassiens et symbolistes.

Sa poésie est décrite au début du 20ème siècle comme sobre, visuelle et très attentive à la nature. Les contemporains insistent sur la lumière, les paysages nocturnes, les étangs, les roseaux, les arbres et les atmosphères de crépuscule. Cette sensibilité explique aussi son intérêt ultérieur pour le symbolisme des formes : chez elle, l’image précède largement l’ouvrage ésotérique.

Plusieurs biographies et notices consacrées au poète Laurent Tailhade indiquent une relation entre lui et Anne Osmont à la fin du 19ème siècle. Tailhade est alors une figure célèbre de la vie littéraire parisienne : poète, polémiste, anarchiste, journaliste et provocateur.

Leur relation est moins documentée que la carrière publique de chacun. Il convient donc d’éviter d’en faire l’explication générale de l’œuvre d’Osmont. Le lien demeure néanmoins visible jusque dans les années 1920 : Anne Osmont écrit la préface d’une édition des Poèmes élégiaques, Vitraux de Tailhade publiée en 1926.

En 1907 paraît Nocturnes, son principal recueil poétique. Le contexte mérite d’être précisé. Le jury féminin de La Vie Heureuse, à l’origine de ce qui deviendra le Prix Femina, organise parallèlement une sélection de manuscrits inédits destinés à être publiés par Hachette.

Les procès-verbaux du comité indiquent qu’en mars 1906 le jury arrête son choix sur le manuscrit de Nocturnes. Il est donc plus exact de dire que son recueil est sélectionné par le jury de La Vie Heureuse pour publication que de présenter Anne Osmont comme lauréate du Prix Femina lui-même.

La notice que lui consacre Alphonse Séché dans Les Muses françaises, vers 1908, montre qu’Osmont possède déjà une véritable reconnaissance littéraire. Le texte la présente comme une poétesse de la nature, attentive aux couleurs et aux formes, et signale sa collaboration à plusieurs journaux.

À cette date, elle séjourne aussi à Bruxelles et collabore au Journal du Matin, sous son nom et sous le pseudonyme Parabesse. Cette carrière internationale modeste mais réelle montre qu’avant ses grands livres occultistes des années 1930-1940, Anne Osmont a déjà passé plusieurs décennies dans le monde des lettres. En 1908, Hachette publie son roman Le Sequin d’or. L’ouvrage confirme qu’elle ne se limite pas à la poésie.

Au cours des décennies suivantes, elle publie nouvelles, romans, adaptations et traductions. Cette production littéraire explique pourquoi sa prose occultiste possède un ton très différent des manuels techniques de Papus ou de Piobb : Osmont écrit d’abord comme femme de lettres. En 1917 paraît Le Mouvement symboliste, avec une préface d’Ernest Raynaud. L’ouvrage traite notamment de Mallarmé, Villiers de l’Isle-Adam, Verlaine, Rimbaud, Jules Laforgue, René Ghil et Moréas.

Il constitue aujourd’hui un document intéressant sur la mémoire du symbolisme vue par une autrice qui avait fréquenté une partie de ce milieu. Ce livre éclaire aussi sa future approche de l’occultisme : Anne Osmont accorde une grande importance aux images, aux signes, aux correspondances et au pouvoir des formes.

En 1922, Anne Osmont traduit en français A Short History of England de G. K. Chesterton sous le titre Petite histoire d’Angleterre. La Bibliothèque nationale de France conserve cette édition chez G. Crès et Cie. Cette activité de traduction rappelle sa maîtrise littéraire et sa connaissance du monde culturel britannique. Elle continue donc à mener de front littérature générale et recherche ésotérique.

À la fin des années 1920 et au début des années 1930, Osmont adapte également des scénarios de films sous forme de romans populaires. La BnF recense Le Passager en 1928, L’Amazone des mers, Le Bateau des rêves, Les Masques de Satan et Un soir de raffle.

Ces ouvrages sont illustrés de photographies tirées des films. Cette activité alimentaire et éditoriale montre une autrice capable de passer de la poésie symboliste au roman populaire avant de publier ses grands essais occultistes.

Anne Osmont affirme dans ses souvenirs avoir commencé « extrêmement jeune » à s’intéresser aux sciences occultes. Elle raconte avoir développé des expériences de clairvoyance et donné une première consultation improvisée à Toulouse.

Ces épisodes sont des témoignages autobiographiques, mais ils constituent aussi le cœur vivant de son parcours occultiste. Osmont raconte ses dédoublements et perceptions comme des expériences réelles, éprouvées de l’intérieur, et non comme de simples métaphores littéraires. Ce qui est historiquement certain est qu’elle rejoint très tôt les milieux parisiens où se rencontrent occultisme, magnétisme, recherches psychiques et symbolisme.

Chez Stanislas de Guaita

Dans Mes souvenirs, Anne Osmont raconte avoir fréquenté l’entourage de Stanislas de Guaita. C’est dans cet environnement qu’elle dit avoir rencontré Joséphin Péladan, dont elle livre un portrait mêlant amusement et respect.

Elle reconnaît son goût du spectacle mais considère aussi qu’il possédait une véritable culture symbolique et qu’il a contribué à pousser artistes et écrivains à chercher un sens derrière les formes. Ces souvenirs sont précieux car ils proviennent d’une personne qui a réellement connu cette génération.

La figure la plus importante de son parcours occultiste est probablement François-Charles Barlet, pseudonyme d’Albert Faucheux. Osmont lui dédie ses mémoires et écrit qu’elle lui doit plus qu’à toute autre personne dans le domaine des sciences occultes.

Elle le rencontre dans le cercle de Guaita et le décrit comme un homme d’une grande modestie, attaché davantage aux idées qu’aux manifestations spectaculaires. Barlet est alors l’un des grands organisateurs de l’occultisme français : lié à l’Ordre Kabbalistique de la Rose-Croix, au Martinisme et à plusieurs réseaux internationaux.

Anne Osmont ne se présente pourtant pas comme disciple d’une seule école. Elle retient de Barlet une méthode, un esprit critique et une exigence intellectuelle. Dans le même environnement, Anne Osmont rencontre Charles Henry, scientifique lié à l’École Pratique des Hautes Études et connu pour ses recherches sur la couleur, la sensation, le rythme et les rapports entre formes et perception. Elle le décrit comme un esprit encyclopédique mêlant mathématiques, physique, musique et arts. Cette relation éclaire plusieurs de ses travaux ultérieurs sur le rythme, les formes et la physiognomonie.

Osmont cherche en permanence des ponts entre symbolisme traditionnel et langage savant de son temps. Cette volonté de rapprocher l’expérience occulte des recherches sur la sensation, la couleur et le psychisme donne à son œuvre une tonalité très particulière.

Anne Osmont fréquente aussi le colonel Albert de Rochas, administrateur de l’École Polytechnique et expérimentateur dans le domaine du magnétisme, de l’hypnose et des phénomènes psychiques. Ses souvenirs décrivent des séances où se côtoient savants, militaires, curieux et personnes attirées par l’invisible.

Osmont admire les expérimentateurs qui cherchent à éliminer les fraudes et se méfie des personnes qui adoptent trop vite une posture d’initié. Ce regard critique ne l’empêche pas d’accepter elle-même des interprétations occultes très fortes. Il explique néanmoins pourquoi elle se tient à distance du commerce de la voyance et de certaines sociétés initiatiques.

La théosophie comme bibliothèque et lieu de conférences

Anne Osmont fréquente les milieux théosophiques parisiens. Dans ses mémoires, elle explique y avoir donné des conférences, notamment sur la physiognomonie, et avoir utilisé leur bibliothèque. Elle ne décrit pas cette fréquentation comme une adhésion doctrinale complète. Plus tard, après la lecture de René Guénon, elle adopte une vision extrêmement hostile de la Société Théosophique et reprend plusieurs accusations politiques et conspiratoires de son époque. Ces jugements appartiennent à sa pensée tardive et doivent être étudiés comme tels, non comme des preuves historiques sur le fonctionnement réel de la Société.

Des sources secondaires rattachent Osmont au milieu du Mouvement cosmique de Max Théon, principalement par l’intermédiaire de Barlet. Ce lien est plausible dans la mesure où Barlet joue un rôle majeur dans la réception française de Théon.

Les souvenirs d’Osmont ne font cependant pas de Max Théon un personnage central de sa propre formation. Il est donc préférable de parler d’un contact indirect avec ce courant plutôt que de la présenter comme membre affirmée d’une organisation théonienne.

Un trait constant de ses souvenirs est sa résistance aux affiliations institutionnelles. Elle connaît des francs-maçons, fréquente des théosophes, travaille avec des occultistes membres d’ordres initiatiques, mais refuse de se laisser enfermer dans une obédience. Cette indépendance lui permet d’écrire sur plusieurs courants tout en conservant une identité catholique. Elle peut se montrer extrêmement critique à l’égard des institutions tout en respectant certains de leurs membres.

L’approche de l’O.T.O. en 1922

Un épisode de 1922 est raconté directement dans Mes souvenirs. Anne Osmont reçoit Georges Monti, ancien secrétaire de Péladan selon son propre récit, qui lui propose de participer à un projet initiatique lié à l’Ordo Templi Orientis. Monti lui parle de l’O.T.O. et de Aleister Crowley, dont Osmont reconnaît la grande culture mais rejette violemment l’orientation religieuse et magique. Elle refuse finalement toute affiliation.

Cet épisode permet de corriger une confusion fréquente : Anne Osmont n’est pas une membre connue de l’O.T.O. ; elle raconte au contraire avoir décliné une tentative de recrutement. La religion reste au centre de sa conception du monde.

Anne Osmont porte une croix franciscaine venue d’Assise et affirme dans les dernières pages de ses mémoires n’avoir jamais voulu accomplir quoi que ce soit qui la sépare de sa foi catholique. Cette position peut sembler contradictoire avec la projection astrale, la divination ou les études kabbalistiques qu’elle pratique.

Elle ne la vit pas ainsi. Pour elle, les sciences occultes doivent permettre de mieux comprendre un univers créé et ordonné par Dieu. Cette tension la rapproche de plusieurs auteurs chrétiens de l’occultisme français sans la faire entrer dans un système identique au Martinisme ou à la Rose-Croix.

Les voyages en astral

La partie la plus célèbre de ses mémoires concerne ce qu’elle appelle ses « voyages en astral ». Osmont affirme pouvoir projeter un « double » hors de son corps et se déplacer à distance. Elle raconte plusieurs expériences au cours desquelles elle pense percevoir des lieux, des personnes ou des événements éloignés. Ces récits doivent être attribués clairement à leur autrice. Ils appartiennent à son expérience et à son interprétation personnelle ; ils ne disposent pas d’une vérification indépendante permettant de les présenter comme des faits établis.

Pour replacer ce vocabulaire dans l’histoire de l’occultisme, notre article sur la magie astrale distingue les doctrines historiques des usages contemporains. Osmont cherche néanmoins à donner à certaines expériences une forme de contrôle.

Elle décrit des tentatives où un observateur doit vérifier un détail qu’elle affirme avoir perçu à distance. La méthodologie reste très éloignée des protocoles expérimentaux modernes : absence de conditions aveugles, petits groupes liés entre eux et interprétation commune du phénomène.

Mais ces récits montrent la mentalité d’une époque où une partie des occultistes français cherchent à faire passer leurs expériences du domaine du témoignage vers celui de l’observation contrôlée. Anne Osmont consacre aussi une partie de ses souvenirs à la divination.

Elle raconte des consultations, des perceptions intuitives et plusieurs épisodes qu’elle interprète comme des manifestations de clairvoyance. Elle reste très dure envers la voyance commerciale et les personnes qui exploitent la crédulité du public.

Cette opposition entre « recherche » et « commerce de l’occulte » revient à plusieurs reprises dans son œuvre. Dans les années 1920, Anne Osmont publie dans plusieurs revues liées à l’occultisme.

Les tables du Voile d’Isis recensent notamment La Nuit en 1927, Le Fou en 1928 et Balzac occultiste la même année. Elle collabore également avec Initiation et Science, revue liée à Hector Durville et à son environnement. Cette activité la replace au cœur du milieu occultiste parisien entre les deux guerres.

Le Langage des formes

En 1930, Henri Durville publie une série de fascicules d’Anne Osmont consacrés au symbolisme des formes. La BnF recense des volumes sur la colombe, la coupe, la croix, le disque, le glaive, le sceptre et le serpent.

Osmont ne traite pas ces formes comme de simples ornements. Elle cherche à retrouver derrière elles des structures religieuses et symboliques communes. Cette démarche prolonge directement son travail littéraire sur le symbolisme et sa fréquentation de Charles Henry.

En 1942 paraît Le Rythme, créateur de forces et de formes. L’ouvrage poursuit ses recherches sur les rapports entre structure, mouvement, perception et symbolisme. Le titre montre son ambition : trouver des lois générales qui relieraient esthétique, nature et occultisme. Ces spéculations appartiennent à la philosophie ésotérique de son époque et ne doivent pas être assimilées aux sciences physiques contemporaines. En 1944, Anne Osmont publie Plantes médicinales et magiques, l’un de ses livres les plus réédités aujourd’hui. Elle y réunit usages médicinaux traditionnels, folklore, symbolisme et correspondances occultes.

Le livre constitue une source intéressante sur la réception ésotérique des plantes au milieu du 20ème siècle. Il ne doit pas être traité comme un manuel médical contemporain. Les indications thérapeutiques historiques ne remplacent ni la pharmacologie actuelle ni un avis médical.

En 1946 paraît son Traité de physiognomonie. La physiognomonie prétend interpréter le caractère d’une personne à partir des traits du visage et de la morphologie. Elle possède une longue histoire mais n’est pas reconnue aujourd’hui comme une science permettant de déduire de manière fiable la personnalité à partir de l’apparence. L’ouvrage reste intéressant pour comprendre les liens qu’Osmont établissait entre forme visible, tempérament et symbolisme. En 1947, Dervy publie Clartés sur l’occultisme. Le titre résume son ambition tardive : rendre compréhensibles des domaines qu’elle estime encombrés de confusion, de peur et de mise en scène.

Elle y défend une approche morale de l’occultisme et maintient sa critique des pratiques qu’elle considère comme dangereuses ou intéressées. Le livre arrive après plus d’un demi-siècle de fréquentation de ces milieux.

En 1949 paraît Le Pater, commentaires ésotériques. Ce texte montre une nouvelle fois que son catholicisme et son occultisme ne sont pas deux périodes séparées. Osmont lit la prière chrétienne à travers un langage symbolique et ésotérique tout en restant attachée à sa foi. Cette démarche la distingue fortement des courants néopaïens ou thélémites qui se développent au même moment.

Mes souvenirs, document capital sur l’occultisme français

Mes souvenirs, 50 années d’occultisme, mes voyages en astral paraît en 1941. Le livre possède une valeur documentaire remarquable parce qu’Osmont y décrit des personnalités qu’elle a connues directement. Ses souvenirs mêlent naturellement mémoire, jugement personnel et interprétation occulte. C’est précisément ce mélange qui en fait un document précieux sur cinquante années d’ésotérisme vécues de l’intérieur, même lorsque ses jugements tardifs reflètent les polémiques et les inquiétudes de leur époque. Le texte est donc précieux comme témoignage, mais pas comme archive neutre.

Dans le dernier chapitre, Anne Osmont adopte un ton très hostile envers la franc-maçonnerie, la théosophie et certains réseaux initiatiques. Elle reprend aussi des accusations venues de René Guénon et cite des publications politiques de 1941 pour expliquer la mort de Georges Monti.

Certains passages reprennent des motifs antimaçonniques et antisémites répandus dans la littérature conspirationniste de l’époque. Ces affirmations ne constituent pas des preuves historiques. Elles doivent être replacées dans le contexte politique français de 1941 et dans l’évolution idéologique tardive de l’autrice.

Les mentionner est nécessaire pour éviter une image hagiographique d’Anne Osmont tout en distinguant ces pages de son travail sur le symbolisme et l’occultisme. Envoûtements et exorcismes à travers les âges paraît après sa mort, en 1954.

La BnF indique que le volume est précédé de souvenirs personnels sur l’autrice par Sonia Bentkowski-Lavritch. Ce livre appartient donc à sa postérité éditoriale plutôt qu’aux ouvrages qu’Osmont a pu superviser elle-même jusqu’à leur publication.

Il contribue néanmoins fortement à sa réputation d’autrice spécialisée dans la magie défensive et les phénomènes occultes. En 1955 paraît une nouvelle édition de ses souvenirs sous le titre 60 années d’occultisme vécu, mes voyages en astral.

La BnF précise que cette édition est complétée par des souvenirs des dix dernières années de l’autrice et une biographie par Sonia Bentkowski-Lavritch. La revue Initiation et Science signale également cette publication en 1955. Cette édition posthume doit elle aussi être distinguée du texte de 1941 directement publié par Osmont.

Mort à Paris

Anne Osmont meurt à Paris le 13 mai 1953, à l’âge de quatre-vingts ans. La Bibliothèque nationale de France confirme la date et le lieu. Des biographies secondaires attribuent sa mort à une intoxication accidentelle au gaz dans son logement parisien. En l’absence d’une source d’archive aussi solide que pour ses dates d’état civil, il est préférable de conserver cette cause avec prudence plutôt que d’en faire un fait central de sa biographie. Plusieurs raisons expliquent son effacement relatif.

Elle n’a pas fondé d’ordre initiatique, ne possède pas de disciples organisés comparables à ceux de Papus et ne construit pas un système doctrinal portant son nom. Sa carrière est également répartie entre plusieurs domaines : poésie, journalisme, roman, traduction, symbolisme, occultisme, botanique et physiognomonie. Cette dispersion a rendu son œuvre moins facile à classer. Elle représente pourtant un témoin de premier plan de l’occultisme français entre la Belle Époque et l’après-guerre.

Son intérêt historique tient moins à la création d’une doctrine nouvelle qu’à sa position de carrefour. Elle connaît les derniers grands représentants de l’occultisme lévien, fréquente les cercles rosicruciens, les chercheurs psychiques et les théosophes, collabore avec des revues spécialisées et conserve une identité catholique.

Elle offre également un témoignage féminin sur un milieu dominé dans les histoires classiques par les noms de Papus, Guaita, Péladan, Barlet et leurs successeurs. Notre article L’Occultisme, une histoire de France permet de replacer Anne Osmont dans cette génération sans la réduire à un simple personnage secondaire.

Sources et repères

La Bibliothèque nationale de France fournit les repères biographiques les plus sûrs : Anne Osmont naît à Toulouse le 2 août 1872 et meurt à Paris le 13 mai 1953. La BnF recense plus de trente ressources liées à son œuvre, de la poésie aux essais occultistes.

La notice publiée dans Les Muses françaises vers 1908 constitue une source contemporaine majeure pour sa première carrière : arrivée à Paris en 1898, collaboration à La Fronde, débuts dans la presse méridionale, séjour à Bruxelles et publication de Nocturnes.

Les procès-verbaux du jury de La Vie Heureuse confirment que le manuscrit Nocturnes est sélectionné pour publication par Hachette en 1906.

La source principale pour son parcours ésotérique reste Mes souvenirs, 50 années d’occultisme, mes voyages en astral, publié en 1941. Osmont y décrit directement Barlet, Péladan, Charles Henry, de Rochas, la théosophie, les sollicitations maçonniques et l’épisode de l’O.T.O.

Enfin, le catalogue de la BnF permet de vérifier la chronologie de ses ouvrages : Le Mouvement symboliste en 1917, les fascicules du Langage des formes en 1930, Mes souvenirs en 1941, Le Rythme en 1942, Plantes médicinales et magiques en 1944, Traité de physiognomonie en 1946, Clartés sur l’occultisme en 1947 et Le Pater en 1949.

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